Page mise en ligne le 29 Décembre 2003 - Page dernièrement modifiée le Lundi 29 Août 2005

VIE ET BIOLOGIE DE L'AIGLE ROYAL

Nous parlerons donc de la vie et de la biologie de l'aigle royal, à travers plusieurs paragraphes :

 


DESCRIPTION

L'aigle royal est un rapace de grande taille.

A grande distance, sa silhouette peut être confondue avec celle de la buse variable, même s'il est beaucoup plus grand et s'il a une tête plus proéminente. L'aigle royal possède deux caractéristiques principales : son bec et ses yeux. Son bec, très épais, crochu, de couleur gris-bleu à la racine - noir au bout, mesure entre 4 et 5 cm de long. Ses yeux sont volumineux (ils sont plus gros que les yeux humains !) et l'iris de l'oeil est brun-roux. C'est son arcade sourcilière saillante qui donne un regard "féroce" à ce rapace.

Comme chez beaucoup d'autres espèces de rapaces, la femelle est plus grande que le mâle (mâle = 80% de la femelle). Elle pèse entre 3,5 et 6,5 kg ; elle mesure 90 à 95 cm de long (dont 32 à 36 cm pour la queue) pour une envergure de 215 à 230 cm. Le mâle, quant à lui, pèse entre 2,8 et 4,5 kg (il est 30% plus léger en moyenne) ; il mesure 80 à 87 cm (dont 28 à 33 cm pour la queue) et possède une envergure de 190 à 215 cm. Par contre, mâle et femelle sont de colorations identiques.

Chez l'adulte, le plumage est brun avec des variations plus ou moins fauves ou foncés. La queue, toujours plus sombre à son extrémité, est brune noirâtre. Le dessus de la tête, la nuque et les couvertures ailaires supérieures sont d'un brun jaunâtre, presque doré. La mue a lieu tous les ans, entre mars et septembre. Elle est progressive mais les plumes servant au vol ne sont pas remplacées chaque année.

Le juvénile arbore un plumage facilement reconnaissable car plus contrasté que celui de l'adulte. L'oiseau est brun noir, sans plumes dorées, et possède de larges "cocardes" blanches sur le dessus et le dessous des ailes, ainsi qu'à la racine de la queue. Celle-ci est terminée par une barre noire de 10-15 cm de large. Enfin, la nuque est légèrement rousse. Le plumage adulte définitif n'est acquis qu'entre 6 et 8 ans. Entre temps, le plumage s'éclaircie, les plages blanches diminuent, la barre de la queue devient moins large puis disparaît...

En vol, on le reconnaît par ses longues ailes, pas particulièrement large et rétrécies à la base. Elles présentent aussi des extrémités fortement digitées et légèrement retroussées.

Le record de longévité dans la nature est de 26 ans, alors qu'il est de 46 ans en captivité.

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MODE DE VIE

Dans nos régions d'Europe Occidentale, l'aigle royal adulte est sédentaire. En effet, une fois établi sur un site, il y reste fidèle toute sa vie.

Aigle royal en prospection.

Photo : © Guy Bourderionnet

Comme chez tous les aigles, l'aigle royal est strictement territorial, même s'il est peu combatif. En effet, le comportement territorial se limite généralement à de simples manoeuvres d'intimidation ou de simples poursuites. Cependant, il arrive que de véritables combats éclatent lorsqu'un oiseau étranger pénètre sur le territoire d'un couple territorial. Lors de la reproduction, l'espacement entre deux aires occupées est en moyenne de 10 km dans les Pyrénées, de 14 km dans les Corbières, de 6 km en Corse et varient de 2,5 à 21 km dans les Alpes.

L'aigle royal est un rapace strictement diurne. En été, l'aigle royal quitte son gîte nocturne un heure environ après le lever du soleil, si le temps est beau ; plus tard, si le temps est mauvais. Les vols crépusculaires et matinaux sont ainsi très rares. La chasse (qui sera abordée dans un prochain paragraphe) a surtout lieu en milieu de journée. Toutes ces périodes de chasse et de vols sont entrecoupées de phase de repos où l'oiseau reste perché sur un promontoire rocheux, voire sur la cîme d'un grand conifère.

Comme tous les rapaces, c'est un excellent voilier qui pratique, sans se fatiguer, le vol plané. Peu utilisé, le vol battu est rarement prolongé et la vitesse atteinte lors de ce type de vol est d'environ 70 km/h. Le vol plané ascentionnel est permis par les courants ascendants. C'est la raison pour laquelle ces vols sont surtout pratiqués par beau temps et en milieu de journée. Lorsqu'il plane, l'aigle royal a une position relevée (à l'inverse du gypaète barbu), ses rémiges primaires s'écartent comme les doigts d'un main du fait de la pression de l'air et sa queue fait office de gouvernail.

L'aigle a des endroits favoris pour prendre ses thermiques et peut voler de longues heures au dessus de sont territoire en épousant chaque relief du terrain, à basse altitude. Mais les vents ascendants peuvent lui faire rapidement gagner de l'altitude et il arrive que le rapace disparaisse totalement dans le bleu du ciel !

Lors de ses chasses, l'aigle royal pratique aussi le piqué : les ailes rabattues sur le corps, les poignets en avant, l'oiseau descend comme une pierre à une vitesse dépassant parfois les 250 km/h !

Différentes techniques sont aussi utilisées par le rapace telles que : le vol plané glissé ; le vol à contre courant qui lui fait faire du sur-place ; le vol onduleux aussi appelé de "festons" qui alterne des piqués et des ressources vers son altitude de départ...

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BIOTOPE ET DOMAINE VITAL

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'aigle royal est avant tout un rapace des vastes régions de plaines boisées, comme c'est encore le cas en Europe Orientale.

Biotope typique de l'aigle royal dans les Alpes. Il s'agit ici d'un secteur montagnard de la Vallouise, dans le Parc National des Ecrins

Photo : © Michel Krammer - été 1991 - vallon des Bans (Hautes-Alpes).

En Europe Occidentale, l'homme l'a pourchassé et contraint à se réfugier dans les vastes espaces montagneux, qui ne sont pas son milieu de prédilection. D'ailleurs, lorsqu'il n'est ni dérangé ni pourchassé, on le voit revenir dans des terrains de plaines, comme c'est actuellement le cas dans l'Aude, par exemple.

En France, deux types de biotope semblent occupés : les hautes montagnes et les massifs préalpins de moyenne montagne ou basse montagne.

En haute montagne, il fréquente les étages forestiers et les versants herbeux et rocailleux d'altitude, jusqu'à plus de 3000 mètres parfois, même s'il ne niche qu'aux environs de 1500 mètres d'altitude en moyenne, sur de grandes parois verticales (record de nidification réussie dans les Alpes : 400 mètres en Isère - 2600 mètres dans les Hautes-Alpes). Ses terrains de chasse, au dessus de la limite supérieure des arbres et de son site de nidification, correspondent aux vastes espaces ouverts alpins situés jusqu'à plus de 3000 mètres. Les hautes vallées montagnardes semblent plus attractives pour plusieurs raisons : le relief accidenté permet la présence de nombreux sites de nidification tranquille, il y existe une relative tranquilité, la population de proies sont nombreuses...

Dans les Préalpes de moyenne à basse montagne, son territoire couvre de vastes paysages ouverts (garrigues basses, prairies, cultures), semi-ouverts voire boisés, étendus, avec un relief escarpé et la présence de falaises. L'altitude n'a guère d'importance puisqu'il peut s'installer sur des sites situés à 200 mètres d'altitude seulement.

La taille de son territoire dépend directement de la topographie et des ressources alimentaires. Globalement, les territoires montagnards, riches en proies, varient de 35 km² (Mont Vallier en Ariège) à 150 km², alors que les territoires de basse montagne varient de 40 km² (Corbières) à 400 km² (Massif Central). On constate cependant qu'une faible partie du territoire est régulièrement utilisée. Ainsi, le domaine vital estival d'un couple varie entre 22 et 48 km² seulement, le territoire de chasse pendant la nidification n'était que de 6 à 16 km² et le domaine vital hivernal varie entre 9 et 29 km².

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NOURRITURE ET TECHNIQUES DE CHASSE

L'aigle royal est très éclectique quant à son régime alimentaire. Les besoins journaliers sont d'environ 250 g de nourriture pour le mâle et 300 g pour la femelle. Durant le séjour au nid, un aiglon consomme entre 150 et 200 g de nourriture par jour.

En France, on distingue globalement deux types de populations :

La marmotte alpine est la principale proie des aigles royaux alpins et pyrénéens.

Photo : © Mathieu Krammer - 25 juillet 2004 - vallon de la Selle, Vallouise (Hautes-Alpes).

Globalement, dans les massifs de haute montagne, c'est la marmotte qui est la base de l'alimentation de l'aigle royal pendant près de la moitié de l'année (mai à octobre). Elle représente ainsi près de 65% des prises. Dans les Alpes, des études ont montré qu'après la marmotte, les proies favorites sont les gallinacés (tétras-lyres et lagopèdes alpins), les lièvres variables, les jeunes ongulés (cabris de chamois et de bouquetin ; faons de chevreuil et de cerf) et les carnivores (renards, mustélidés et même, dans les Alpes suisses et italiennes, jeunes lynx et ourson). Il lui arrive, rarement certes, de s'attaquer à des ongulés adultes (chamois et bouquetins) engagés sur des passages délicats (zone abrupte avec une neige abondante, passage à flanc de falaise...). Comme on le verra plus bas, il peut prélever d'autres proies, non spécifiques à la montagne. Il capture à l'occasion des animaux domestiques (cabris, agneaux, chats, chiens...). Enfin, dans ces régions aux hivers rudes, les charognes (de cerf, chevreuil, chamois, bouquetin, sanglier, renard...) constituent une part importante du régime alimentaire hivernal et printanier, du fait de la forte mortalité hivernale due aux avalanches et aux dures conditions météorologiques.

Dans les massifs de plus basse altitude, c'est les lagomorphes (lièvres et lapins) qui sont le plus consommés : 56% des proies des aigles royaux du Languedoc sont des lapins de garenne et 50% des proies des aigles royaux des Préalpes du Sud sont des lagomorphes. Dans ces régions, son régime alimentaire devient plus éclectique et les carnivores arrivent en seconde position (renard, mustélidés...). La plus grande diversification du régime alimentaire est observée en Corse, où la faune est appauvrie : ici, 29 espèces de proies ont été identifiées. Si durant les premiers temps de l'élevage du jeune, les grands mammifères fournissent l'essentiel des proies (sangliers, renards, chèvres...) ; à la fin de l'élevage, des proies plus petits sont capturés, comme des corvidés ou la couleuvre verte et jaune qui est l'espèce la plus prisée en Corse (16,6% des proies).

Globalement, si l'on doit généraliser sur le régime alimentaire de l'aigle royal en France, on peut dire que :

L'aigle royal est un rapace très important dans la chaîne alimentaire puisqu'à l'affût d'animaux imprudents ou faibles, il participe à la selection naturelle. De plus, en chassant les animaux malades, il diminue les risques d'épizootie.

L'aigle royal est un prédateur dit de "bas vol". Lors de ces chasses, il plane à flancs de coteaux en rasant le sol, en effleurant les crêtes ou les arbres. Son attaque est donc basée sur l'effet de surprise : l'aigle fond alors à l'improviste sur sa proie, les ailes repliées contre le corps. Parfois, il pratique aussi la chasse à l'affût depuis un perchoir bien placé.

A l'approche de l'animal, il tend ses serres ouvertes vers l'avant qui lui servent à saisir et tuer sa proie. Même de grosses proies (ongulés de plus de 6 mois) présentent des perforations dues aux griffes, sur le crâne. Le bec ne sert qu'à découper la proie morte. Après un piqué foudroyant, il arrive que le rapace culbute avec sa victime à cause de la violence du choc. La proie maîtrisée, l'aigle reste un moment les ailes ouvertes, couvrant sa prise. Une partie est consommée sur place et certains morceaux sont emportés. Les petits animaux sont généralement enlevés sans marquer d'arrêt au sol. L'aigle chasse parfois en couple : un adulte disperse une harde de chamois pendant que l'autre "cueille" un cabri isolé du reste de la harde. Par contre, l'aige royal n'est pas capable de transporter des proies plus lourdes que lui sur de grands parcours. Lorsqu'il emporte des proies de plus 3 kg, il est obligé d'emprunter une trajectoire descendante. Malgré sa puissance, il est incapable de transporter, même sur de courtes distances, de proies supérieures à 4-5 kg. Autant dire que la tradition populaire, voulant que l'aigle s'attaque à l'homme ou emporte moutons et enfants, en prend un sacré coup !

Comme beaucoup de prédateurs, l'aigle royal rate la plupart de ses chasses, avec un taux de réussite moyen de 9% seulement dans les Alpes.

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REPRODUCTION

L'aigle royal est une espèce monogame mais des trios sont parfois signalés.

Les parades nuptiales débutent en janvier - février en haute montagne, décembre - janvier dans les zones aux hivers plus cléments. Le couple marque fortement son territoire et réalise alors toutes sortes d'acrobaties aériennes : simulations d'attaques, vols en festons, poursuites, piqués suivis de ressources... Les accouplements débutent 6 semaines avant la ponte mais peuvent avoir lieu jusqu'à la période de l'incubation. Se déroulant de janvier à fin avril, les accouplements ont surtout lieu de février à la mi-mars.

Le couple est uni pour la vie, même si, en cas de disparition d'un des adultes, un remplaçant (immature ou subadulte) est vite trouvé. En général, si le mâle disparaît, la femelle a tendance à aller chercher ailleurs tandis que le mâle reste plutôt sur son territoire. Ainsi, des territoires sont occupés depuis plus d'un siècle par des couples d'aigles royaux.

Aigle royal adulte en vol au dessus d'un vallon de haute montagne du Parc National des Ecrins.

Photo : © Mathieu Krammer - 19 août 2005 - vallon du Prantiq, Valgaudemar (Hautes-Alpes).

Le couple dispose généralement de plusieurs aires, 3 à 5 généralement, mais allant de une à 14. Elles sont utilisées alternativement, même si une aire peut être utilisée plusieurs années consécutives. La distance entre les aires d'un même couple est très variable : de moins de 100 mètres à plus de 3 km. Par contre, la distance minimale entre les aires occupées par deux couples voisins est de 3,8 km dans les Alpes françaises, mais il est de 8,8 km en moyenne dans le Parc National des Ecrins. L'aire est composée d'un enchevêtrement de branches, qui doit être consolidé chaque année. Ainsi, le mois de mars est généralement la période de la réfection du nid, avec l'apport de grosses branches ou de rameaux verts (mélèze, sapin...) pour la partie supérieure du nid.

L'aire est toujours située à plus basse altitude que les terrains de chasse. En montagne, elle est donc généralement située dans la partie supérieure d'une paroi rocheuse verticale de l'étage subalpin, dans une zone d'accès difficile où le couple se sent en sécurité. Mais le nid peut également être édifié sur des blocs rocheux de quelques mètres carrés seulement. L'aire est généralement protégée des intempéries par une anfractuosité ou un surplomb. Même si l'on constate que les trois quarts des aires sont situées sous la limite supérieure des arbres, il semble que l'altitude de l'aire a peu d'importance. Elle varie généralement entre 1300 et 2000 mètres dans les Alpes (jusqu'à 2600 m dans le Parc National des Ecrins et 2500 m dans le Parc National de la Vanoise), entre 500 à 900 mètres dans le Massif Central et même à 200 mètres d'altitude dans le département de l'Aude. Enfin, l'exposition a, elle-aussi, peu d'importance puisque toutes les expositions sont utilisées. On constate cependant qu'en dessous de 1800 m d'altitude, les aires sont surtout exposées au nord - nord-ouest (peut-être pour protéger l'oisillon des fortes chaleurs estivales), tandis qu'au dessus de 1800 m, aucune aire n'est exposée au nord. Il faut également signaler les rares cas de nidification dans les arbres, notamment dans les Pyrénées et le Valais suisse. Les aires sont alors construites dans la partie supérieure d'un grand conifère. Il semble que les nidifications dans les arbres ont lieu lorsque les possibilités de nicher en paroi sont restreintes. Alors qu'une aire nouvellement créée a une épaisseur de 20 à 30 cm, après plusieurs années d'utilisation, les aires peuvent avoir des dimensions considérables : plus de 2 mètres de diamètre sur 3 ou 4 mètres de hauteur. On a même vu des aires de plus de 5 mètres de haut ! Enfin, les aigles royaux ont besoin de beaucoup de tranquilité pour mener à bien la reproduction. De ce fait, les perturbations diverses (surtout d'origine humaine) les obligent à fuir des sites séculaires pour s'installer dans des falaises isolées et exposées à des conditions climatiques beaucoup plus sévères.

La ponte d'un à trois oeufs (généralement 2) a lieu à l'intervalle de 2 à 5 jours. Un cas exceptionnel a été constaté à Sixt-Fer-à-Cheval (Haute-Savoie) où un trio (composé d'un mâle et 2 femelles) a pondu au moins 4 oeufs et donné l'envol à 4 jeunes ! Si cette ponte intervient en mars-avril en altitude (en moyenne durant la deuxième quizaine de mars), elle est plus précoce en moyenne ou basse montagne (fin février en moyenne dans les Crobières). Comme chez beaucoup d'espèces de rapaces, un ponte de remplacement peut avoir lieu en cas de dérangement ou de destruction, mais cela reste très rare. L'incubation, réalisée par la femelle mais parfois relayée par le mâle pendant une trentaine de secondes, dure 43 à 44 jours. La femelle, lors de l'incubation, n'est pas ravitaillée par le mâle. Lorsqu'elle chasse pour elle, elle laisse les oeufs sans surveillance si le mâle n'est pas là. Cette absence peut durer plus d'une heure.

L'éclosion intervient au début du mois de mai. Les poussins, d'un poids de 100 g environ, sont revêtus d'un duvet blanc, progressivement remplacé par d'autres duvets, les premières plumes n'apparaissant qu'à l'âge d'un mois. Les 15 premiers jours, les poussins sont couverts continuellement par leur mère qui leur donne la becquée. A 30 jours, l'oisillon est capable de se nourrir seul. Dès la quatrième semaine, le jeune reste seul à l'aire pendant que les parents chassent. Les deux parents chassant, ils rapportent plus de proies que nécessaire et l'aiglon dispose ainsi de réserves importantes pour les périodes de mauvais temps, parfois longues en montagne.

Si 2 oeufs éclosent en général, dans 80% des cas (75% des cas dans le Parc National des Ecrins) seul l'aîné survivra. Comme l'incubation débute dès la ponte du premier oeuf, le premier aiglon naît plusieurs jours plus tôt que son cadet. Il est donc plus grand et vigoureux que son petit frère. L'aîné attaque son cadet dès l'éclosion. La différence de taille est très importante, notamment lorsque l'aîné est une femelle et le cadet un mâle. Ce comportement très agressif, appelé le caïnisme, a principalement lieu entre la deuxième et la cinquième semaine. Les attaques de l'aîné, lors du nourrissage principalement, par poursuites et coups de bec sur la tête et le dos, empêchent le cadet de se nourrir convenablement. Pas suffisamment nourri, il finit par mourir. Il arrive cependant que le cadet réussisse à survivre. Dans ce cas là, les agressions s'arrêtent dès que les jeunes sont emplumés (vers un mois environ). Enfin, les parents sont indifférents lors de ces agressions et n'interviennent jamais.

A partir de la sixième semaine, les passages des parents au nid sont de moins en moins fréquents. Dans les dernières semaines de présence, les adultes ne restent que quelques secondes au nid.

Le séjour au nid dure un peu plus de 11 semaines (77 à 81 jours). Avant l'envol, le juvénile effectue régulièrement sa gymnastique ailaire. Il quitte habituellement le nid début juillet dans les zones méditerranéennes, à la fin de mois de juillet ou dans les premiers jours du mois d'août en montagne, jusqu'à la mi-août pour les quelques attardés. Lors de pontes intervenues tôt dans la saison en montagne, les envols peuvent être très précoces, c'est à dire avoir lieu au début du mois de juillet. Les derniers jours de présence sont caractéristiques : les parents ne nourrissent plus le jeune. Parfois, ils essaient même de l'attirer au dehors avec une proie.

Au cours du mois d'août, le jeune revient parfois au nid mais sans y séjourner. Pendant 3 mois encore, il reste dépendant de ses parents pour la nourriture. Il quitte réellement le domaine parental qu'à la fin de l'année ou l'année suivante si le couple ne niche pas. Lorsque le domaine parental est quitté, le jeune va vagabonder à la recherche d'un territoire vacant. Il acquiert un plumage adulte à 5-6 ans mais certains couples peuvent se reproduire alors que l'un des partenaire n'est âgé que de 3-4 ans.

La productivité (nombre de jeunes élevés jusqu'à l'envol par un couple reproducteur) varie suivant les années et les populations. Elle est surtout corrélée à l'abondance des ressources alimentaires. Globalement, celle de la population montagnarde est assez faible : de l'ordre de 0,48 jeune / couple / ans dans les Alpes ou de 0,53 dans les Pyrénées. Ces valeurs peu élevées sont le signe de populations saturées. Plus précisément, elle varie de 0,18 à 0,70 dans les Alpes du Nord, elle est moyenne de 0,62 dans le parc de la Vanoise, de 0,40 dans celui du Mercantour et de 0,63 dans les Pyrénées-Orientales. Au contraire, dans les régions de faible altitude, la productivité en jeunes est plus élevée que celle de la population montagnarde : 0,77 jeune par an dans le Massif Central, 0,79 jeune par an dans les Corbières. Il s'agit ici d'indices de populations non encore saturées. En Corse, la productivité reste faible en raison de la faiblesse des ressources alimentaires : 0,52 jeune / couple / an en moyenne. Plusieurs facteurs contribuent à abaisser la productivité : des conditions climatiques défavorables lors de l'incubation, des densités élevées, la présence d'oiseaux célibataires sur le territoire du couple, des dérangements liés aux activités humaines ...

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Sources :

  • Rapaces nicheurs de France - Distribution, effectifs et conservation - Jean-Marc Thiollay et Vincent Bretagnolle (Résultats de l'Enquête Rapaces 2000).
  • Faune Sauvage des Alpes du Haut-Dauphiné - Atlas des Vertébrés Tome2 - les Oiseaux - Parc National des Ecrins et CRAVE (1999).
  • Oiseaux menacés et à surveiller en France - LPO et SEOF (1999).
  • Atlas des Oiseaux Nicheurs de Rhône-Alpes - CORA, Région Rhône-Alpes, Université de Bourgogne (1997).
  • La vie sauvage dans les ALPES - Eric Dragesco - Edition Delachaux et Niestlé (1995).
  • Les Oiseaux de France - Jean-Claude Chantelat - Guide vert SOLAR (2003).
  • Faune du Mercantour - Les Editions du Cabri et le Parc National du Mercantour (2001).
  • Rapaces de France - Pierre Darmangeat - collection Faune de France - Artémis Editions (1999).
  • Rapaces diurnes et nocturnes -Jürgen Nicolai - Nathan Nature (1993).

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