Page mise en ligne le 28 Juin 2005 - Page dernièrement modifiée le Mardi 28 Juin 2005

VIE ET BIOLOGIE DU MILAN ROYAL

Nous parlerons donc de la vie et de la biologie du milan royal, à travers plusieurs paragraphes :

 


DESCRIPTION

Le milan royal est un rapace de taille moyenne à grande. Il est ainsi plus grand que la buse variable, avec des ailes beaucoup plus longues et une queue fourchue.

Il mesure 60 à 66 cm de longueur, pour une envergure de 1,40 à 1,70 mètres et un poids compris entre 800 et 1200 grammes. Les femelles sont un peu plus grandes et un peu plus lourdes que les mâles, mais les sexes ne se laissent pas différencier sur le terrain.

Milan royal en vol. On remarque immédiatement les marques blanches sur le bout des ailes, ainsi que la queue blanche échancrée.

Photo : © Jules Fouarge

Le milan royal a fière allure, du fait de ses proportions harmonieuses et de la richesse de ses couleurs. Les parties supérieures du corps sont de couleur brun-roux, tandis que le ventre est d'un roux vif, flammeché de noir.

Sur les ailes, il présente du noir à leurs extrémités, ainsi que du blanc sur la face inférieure du poignet. Ce sont ces larges marques blanches des ailes qui attirent le regard lorsqu'on observe un milan royal en vol. La queue est roux pâle avec les extrémités noires. Celle-ci, à la fois longue, large et très échancrée, est également un des meilleurs moyens de reconnaissance. En effet, que la queue soit complètement ressérée ou largement étalée, l'entaille est visible.

La tête du milan royal, grise clair à blanchâtre et finement rayée de noir, est également caractéristique de l'espèce.

Les deux sexes sont de coloration identique.

Les jeunes se laissent distinguer des adultes par les bordures claires des couvertures sus et sous-alaires. De même, dans les semaines suivant leur envol, leur queue est plus courte et moins échancrée, tandis que leur poitrine et leur ventre présentent des motifs clairs (en forme de gouttes).

La mortalité lors de la première année de vie est estimée à 45%, celle en deuxième année à 33% et celle en troisième année à 22% (d'après des reprises d'oiseaux bagués). Le plus vieux milan royal vivant en liberté a atteint l'âge de 29 ans et 10 mois, alors qu'en captivité le plus vieux a atteint l'âge de 38 ans. Mais l'espérance moyenne de vie dans la nature n'est que de l'ordre de 3 ans. La mortalité est plus élevée chez les jeunes car ils se déplacent plus et ont moins d'expérience que les individus plus âgés. Au contraire, les adultes connaissent mieux les territoires de chasse, les meilleurs endroits pour se nourrir, les dangers dans leur région...

Ses ennemis naturels sont peu nombreux. Il peut s'agir de l'autour des palombes pour un jeune milan. Plus fréquemment, des nichées sont détruites à cause des corneilles ou des martres.

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MODE DE VIE

Le milan royal peut être capable de figures aériennes étonnantes, précises et rapides : piqués, voltes rapides, chandelles...

Milan royal en vol.

Photo : © Serge Hänzi - www.nature-photo.ch

Cependant, c'est surtout un adepte de l'économie d'énergie. Ses ailes - larges, longues et très souples - conservent rarement la même position en fonction de la force et l'évolution du courant aérien. Idem pour sa queue, utilisée comme gouvernail : tantôt déployée, tantôt resserrée, elle est toujours orientée verticalement, à la recherche du moindre appui.

En vol battu, ses battements sont amples, lents, très puissants et appuyés mais toujours souples et fluides. L'extrémité digitée de ses ailes appuie alors fortement sur les couches d'air. Le corps montant et descendant à chaque coup d'ailes, son vol ressemble alors à celui d'une grande sterne. Enfin, il lui arrive d'utiliser les courants aériens ascendants pour monter, extrêmement haut, en larges orbes. Ses ailes et sa queue lui offrent un maximum de portance.

Mais ce rapace aime se livrer à la paresse, en passant l'essentiel de sa journée à dormir sur un arbre. De temps à autre, il lisse son plumage ou étire une aile ou ses pattes.

Le milan royal est un rapace migrateur, qui passe l'hiver dans le centre et l'ouest de l'Espagne, voire l'Afrique du Nord. La migration postnuptiale débute en août, avec le départ des jeunes milans royaux, culmine fin septembre - début octobre et s'achèvent en novembre. Mais bien avant, les milans royaux se rassemblent et peuvent rester ensemble plusieurs semaines. Beaucoup d'oiseaux voyagent seuls, d'autres le font en petits groupes. On a vu que généralement les jeunes migrent plus tôt, mais ils hivernent aussi plus loin que les adultes. Le retour s'effectue dès la fin janvier mais culmine en mars.

Depuis les années 1960, d'abord lors des hivers doux puis maintenant chaque hiver, un certain nombre d'oiseaux nichant en France n'entament pas de véritables migrations mais se livrent à un erratisme conditionné par les conditions météorologiques et les disponibilités alimentaires. Ces hivernages, sur notre pays, sont souvent conditionnés à la présence de ressources de nourriture faciles d'accès et abondantes, tels que les déchets d'abattoir. Les effectifs d'hivernants sont également gonflés par l'arrivée d'oiseaux venus d'Europe du Nord et de l'Est.

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BIOTOPE ET DOMAINE VITAL

Le milan royal est un rapace lié aux activités humaines génératrices de déchets (voir : Nourriture et techniques de chasse). En effet, il est surtout lié à l'agriculture extensive, dominée par l'élevage traditionnel.

Son biotope est composé de paysages naturels et agricoles ouverts, pour la rercherche de nourritures et de boisements, pour la nidication. Ces boisements servent aussi de perchoirs et de dortoirs pour les oiseaux hivernants.

Exemple d'un biotope apprécié par le milan royal. Ici dans l'est de la Haute-Loire.

Photo : © Mathieu Krammer - 20 juillet 2004 - Plateau de l'est de la Haute-Loire.

Les milieux ouverts correspondent aux pelouses naturelles non pâturées (sèches ou humides), aux prairies et pâturages à faible recouvrement. La présence de cultures ne lui est guère favorable si leur surface est majoritaire par rapport aux herbages. Au contraire des prairies de fauche lui sont particulièrement favorables lors de la fenaison (récolte du foin). En effet, cette pratique tue un nombre important d'animaux, à une période où les besoins alimentaires de la nichée du milan royal sont à leur maximum.

L'aire de nidification est généralement installée dans des bois de faible superficie, entouré de milieux ouverts. Mais le milan royal peut nicher dans des haies présentant de gros arbres ou en pleine forêt. D'une manière générale, la présence de forêts, même de faible superficie, paraît indispensable à l'installation d'un nid.

Cette mosaïque de milieux se rencontre surtout dans les zones collinéennes et de moyenne montagne des piémonts des massifs montagneux (Est de la France, Massif Central, Pyrénées, Corse). L'espèce ne fréquente pas la montagne au dessus de 1200 mètres d'altitude, mais se rencontre également en plaine, notamment dans les grandes vallées alluviales. Ici, le milan royal apprécie les rives boisées des fleuves, parsemés d'îlots, et des lacs. Si la présence d'un grand cours d'eau favorise l'implantation de l'espèce, elle ne paraît pas indispensable. Effet, ce rapace est beaucoup moins lié à l'eau que le milan noir, avec qui il peut constituer des colonies mixtes.

Le couple reproducteur recherche sa nourriture dans un rayon de 3-4 kilomètres autour du nid, mais peut s'éloigner jusqu'à 15 kilomètres de celui-ci à la recherche de nourriture. Les domaines vitaux de couples voisins se chevauchent fortement. La territorialité ne se manifeste qu'aux abords immédiats du nid. Ainsi, sur des sites favorables, on voit souvent plusieurs milans royaux en même temps.

Si le biotope lui est favorable, les densités peuvent atteindre 1 couple pour 400 à 600 hectares. De même, sous des conditions optimales (ressources de nourritures particulièrement abondantes), des regroupements à caractère semi-colonial peuvent s'observer, avec des nids occupés distant de 100 à 300 mètres seulement.

Enfin, dans leurs quartiers d'hiver, les milans royaux fréquentent aussi les paysages ouverts ou semi-ouverts.

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NOURRITURE ET TECHNIQUES DE CHASSE

Son régime alimentaire est très varié. Il dépend essentiellement des ressources locales et du moment. Dans certaines régions, il est largement tributaire des activités humaines pour rechercher sa nourriture : maintien des espaces ouverts par le pâturages, carcasses de bétail, labours, décharges.

Le milan royal a besoin d'environ 130 grammes de nourriture par jour.

Ainsi, la proportion de mammifères varie entre 13 et 68%, celle des oiseaux entre 22 et 82%, celle des poissons entre 4 et 42%. Mais reptiles (lézards, orvets), batraciens et insectes (criquets, sauterelles, coléoptères, chenilles) sont également consommés.

Milan royal prospectant, à basse altitude, un champ à la recherche de nourriture.

Photo : © Jules Fouarge

Chez les mammifères, les rongeurs constituent les trois quarts des proies. Les mammifères de plus grosse taille ne sont capturés que s'ils sont en très mauvais état physique. Chez les oiseaux, la volaille domestique est surtout consommée (la grande majorité de celle-ci est trouvée morte), même si les petits corvidés (pies, geais et corneilles) paient un lourd tribut au rapace.

S'il est relativement eclectique, il peut néanmoins se spécialiser pour exploiter une ressource alimentaire localement abondante :

S'il est vrai qu'il a un tempérament plus chasseur que le milan noir, le milan royal est néanmoins un rapace charognard, qui ne dédaigne ni les carcasses de grands animaux, ni les décharges, ni les animaux victimes de la route. Cependant, le rôle de charognard des carcasses de grands ongulés, joué par le milan royal, est de plus en plus anecdotique, hormis en Corse et dans le piémont pyrénéen.

Par ailleurs, dans les milieux prairiaux, le milan royal est également fortement tributaire du parasitage d'autres rapaces (autour, faucon pélerin, balbuzard) et des hérons. De même, les individus hivernant en France parasitent les corvidés et les laridés sur les décharges.

Dans ses quartiers d'hiver espagnols, le milan royal profitent des cadavres provenant d’abattoirs, d'établissements agricoles ou encore de décharges. Mais comme en France, la présence de tels charniers ouverts est maintenant interdite et de plus en plus de décharges sont fermées.

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REPRODUCTION

Le couple est plutôt fidèle. En effet, bien qu'ils aient passé l'hiver séparés l'un de l'autre, les deux partenaires se retrouvent souvent chaque année sur le même territoire. Le milan royal est en outre très attaché à son site de nidification, ainsi qu'aux nids des années précédentes. Ainsi, le taux de réoccupation des nids d'une petite population de Franche-Compté est de 80%, pour 13 années consécutives. (Source : Rapaces nicheurs de France - Distribution, effectifs et conservation - Jean-Marc Thiollay et Vincent Bretagnolle (Résultats de l'Enquête Rapaces 2000)).

Milan royal houspillé par un corvidé en vol. On remarque ici l'extrême agilité et souplesse de ce rapace, qui vole sur le dos !

Photo : © Jules Fouarge

Le couple reprend possession de son territoire dès le mois de janvier pour les individus sédentaires du sud de la France ; en mars dans le reste de la France. A fin février ou en mars, débutent les parades nuptiales. Lors de celles-ci, les acrobaties aériennes sont impressionnantes de grâce. L'oiseau prend de l'altitude en montant en spirales puis se laisse tomber presque à la verticale en formant des boucles sinueuses. Parfois, d'un vol plané il descend en piqué, puis se redresse brusquement et remonte en flèche. On peut également observer des offrandes de proies ou de matériaux de construction du nid, en vol.

Le milan royal édifie une aire mais s'approprie ou consolident fréquemment les aires d'autres rapaces (buse variable notamment). Si le mâle assure l'essentiel de la découverte et le transport des matériaux destinés à la construction du nid, la femelle se charge de les assembler.

Le nid est généralement installé à moins de 100 mètres de la lisière d'un petit bois isolé au milieu d'espaces ouverts, souvent à flanc de coteau. Mais l'aire de nidification peut se trouver à l'intérieur d'une grande forêt claire. Les conifères (épicéas notamment) ont la préférence du milan royal mais il peut utiliser des feuillus.L'aire est située à grande hauteur, entre 18 et 30 mètres et sur une fourche de grosse branche, près du tronc. Le nid est généralement plus grand que celui du milan noir : le diamètre varie entre 60 et 90 centimètres et la profondeur entre 30 et 50 centimètres. La coupe, peu profonde, est garnie de chiffons, de papiers ou de morceaux de plastique !

Certains couples restent fidèles à leur nid pendant plusieurs années, d'autres peuvent construire de nouvelles aires chaque année, parfois distantes de quelques centaines de mètres les unes des autres. Le changement de nid est généralement de mise après une nidification qui a échoué. Le nid peut être une construction neuve, de l'année précédente ou une ancienne aire de buse.

La ponte de 2-3 oeufs (extrêmes : 1 à 4) intervient entre fin mars et début mai. Les oeufs sont pondus à 2 à 4 jours d'intervalle. La couvaison commençant souvent dès la ponte du premier oeuf, les jeunes éclosent de manière différée et sont donc de taille inégale durant les premières semaines. C'est la femelle qui assure l'essentiel de l'incubation, parfois relayée par le mâle lorsque la femelle se livre à quelques ablutions. Celui-ci se chargeant de nourrir la femelle au nid. Cette incubation dure 28 à 30 jours.

Lors des 20 premiers jours, la femelle reste au nid pour protéger sa progéniture et nourrit les jeunes des proies apportées par le mâle. Mais après 20 jours, la mère aussi commence à chasser. Pendant les 3-4 premières semaines, la femelle nourrit les jeunes directement dans le bec, puis dépose ensuite la nourriture sur le nid, les jeunes dépeçant eux-mêmes de petits morceaux. Contrairement à d'autres rapaces comme l'aigle royal, les jeunes milans royaux sont pacifiques entre eux. Ainsi, la mortalité des jeunes au nid est plus faible que chez d’autres rapaces.

A 45 jours, les jeunes quittent occasionnellement le nid bien qu’ils ne sachent pas encore voler. Ils restent toutefois dans les environs immédiat du nid. Puis, vers l’âge de 60 jours, ils entreprennent leurs premières tentatives de vol. Cependant, ils restent encore 3-4 semaines en famille après leur envol.

Si de jeunes milans s'émancipient en août en vagabondant sur une dizaine de kilomètres avec d'autres jeunes, certaines familles peuvent partir ensemble en migration.

La première reproduction intervient à l'âge de 3-4 ans. Les jeunes de première année restent jusqu'en mars, parfois jusqu'en avril, dans leurs quartiers d'hiver ibériques. Bien qu’ils soient encore trop jeunes pour nicher, la majorité des oiseaux âgés d’un an reviennent en France. Ils y prospectent probablement leur futur site de nidification et se déplacent constamment pendant tout l’été. Seuls quelques rares oiseaux âgés d’un an passeront l’été dans leurs quartiers d’hiver.

Paramètres de la reproduction du milan royal dans différentes régions de France (Source : Rapaces nicheurs de France - Distribution, effectifs et conservation - Jean-Marc Thiollay et Vincent Bretagnolle (Résultats de l'Enquête Rapaces 2000)) :

Régions (période)
Proportions de nichées en échec
Taille de la ponte
Taille des familles à l'envol
Nombre de jeunes / couple territorial
Lorraine (1966)
26 %
2,2 (20)
1,25 (20)
0,9 (27)
Corse (1996-1998)
19 %
2,44 (79)
1,62 (51)
1,47 (98)

Haute-Marne (1996-2003)

53 %
-
1,61 (39)
0,75 (84)
Alsace (1997-2001)
19 %
-
1,88 (17)
1,52 (21)
Loire (1999-2003)
28 %
-
1,4 (5)
1,0 (7)

PS : La taille de l'échantillon est indiquée entre parenthèses.

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Sources :

  • Dossier pédagogique sur le Milan royal - Musée d'Histoire Naturelle de Fribourg (octobre 2003).
  • Les Oiseaux de France - Jean-Claude Chantelat - Guide vert SOLAR (2003).
  • Rapaces nicheurs de France - Distribution, effectifs et conservation - Jean-Marc Thiollay et Vincent Bretagnolle (Résultats de l'Enquête Rapaces 2000).
  • Faune Sauvage des Alpes du Haut-Dauphiné - Atlas des Vertébrés Tome 2 - les Oiseaux - Parc National des Ecrins et CRAVE (1999).
  • Rapaces de France - Pierre Darmangeat - collection Faune de France - Artémis Editions (1999).
  • Oiseaux menacés et à surveiller en France - LPO et SEOF (1999).
  • Atlas des Oiseaux Nicheurs de Rhône-Alpes - CORA, Région Rhône-Alpes, Université de Bourgogne (1997).
  • Rapaces diurnes et nocturnes - Jürgen Nicolai - Nathan Nature (1993).

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