Page mise en ligne le 10 Septembre 2005 - Page dernièrement modifiée le Samedi 10 Septembre 2005

VIE ET BIOLOGIE DE LA CHOUETTE HULOTTE

Nous parlerons donc de la vie et de la biologie de la chouette hulotte, à travers plusieurs paragraphes :

 


DESCRIPTION

La chouette hulotte est la plus grosse chouette de notre pays.

Chouette hulotte (phase grise) à l'entrée de sa cavité de nidification.

Photo : © David Allemand

D'une envergure de 0,90 à 1 mètre, elle mesure en moyenne 37 à 46 cm. Par contre, la femelle est légèrement plus grosse que le mâle : elle pèse 336 à 695 kg, contre 331 à 490 kg pour le mâle.

Sa silhouette est ronde et trapue. Sa queue et ses ailes sont sont larges, courtes et carrées. Ses ailes présentent deux taches blanc pur. Sa tête est très ronde et grosse, bien sûr sans aigrettes, avec un bec jaunâtre. Ses grands yeux, totalement noirs, lui donnent un regard très doux.

Les pattes sont grises, avec des griffes claires à la base et gris-noir à l'extrémité.

L'espèce présente sous une phase rousse et une autre grise, avec les mêmes dessins sur son plumage. Tandis que le dessus est presque uniformément brun-roux ou grisâtre (selon la phase de l'individu), le dessous est fortement rayé de flammes sombres. Le disque facial de la hulotte, large et complet, est plus ou moins marqué de blanc entre les yeux et le menton. Les sexes sont de coloration identique. Ses plumes souples sont frangées de duvet, ce qui lui permet de voler silencieusement pour surprendre ses victimes.

Les jeunes sont irrégulièrement barrés.

Cette chouette peut être confondue avec l'hibou moyen-duc. Mais ce dernier est légèrement plus petit, possède deux aigrettes et ses yeux sont orange.

Le record de longévité de l'espèce dans la nature fut de 19 ans. Mais c'est sans doute exceptionnel.

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MODE DE VIE

La chouette hulotte vole avec d'amples battements d'ailes. Elle plane aussi juste avant de se poser ou de capturer une proie. Elle peut aussi effectuer des vols battus sur place.

Contrairement à la chevêche et à la chevêchette, la hulotte est nocturne et crépusculaire. Pendant l'élevage des jeunes, la chouette hulotte part chasser avant le coucher du soleil et revient à son lever. Par contre, pendant la journée, elle reste branchée contre le tronc d'arbres (souvent couverts de lierre) ce qui rend son observation très difficile de jour. La journée toujours, elle apprécie particulièrement les bains de soleil devant sa cavité de nidification ou de repos.

Le chant caractéristique de l'espèce est doux et tremblé : "hououh-hoû houououououh". Ce chant lui a valu son nom de "chat-huant". Ce chant territorial est réalisé au début de la période de reproduction, ainsi qu'en automne. D'autres cris sont également émis : cris d'alarme, cris des jeunes à l'automne, cris de contact...

Quant elle est inquiète, la hulotte se fait aussi mince que possible, sans perdre de vue le danger potentiel grâce à sa rotation de 270° de sa tête. Au contraire, lorsqu'elle est agressive, elle gonfle son plumage pour paraître plus grosse.

Enfin, la chouette hulotte est un oiseau très sédentaire. Même lors d'hivers extrêmement rigoureux, elle restera sur son territoire. D'où des pertes importantes lors d'hivers très froids et neigeux...

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BIOTOPE ET DOMAINE VITAL

Elle est peu difficile quant au choix de son habitat et s'adapte partout où il y a des arbres.

Exemple d'un biotope apprécié par la chouette hulotte. Ici forêt mixte des Gorges du Verdon.

Photo : © Mathieu Krammer - 23 octobre 2004 - gorges du Verdon (Var/Alpes-de-Haute-Provence).

Les grands massifs forestiers - feuillus, mixtes ou de résineux - constituent son biotope préféré. Alors que l'espèce semblait surtout fréquenter les massifs de feuillus, on s'est aperçu qu'elle ne dédaignait pas les plantations de conifères suffisamment âgées pour lui procurer quelques cavités de nidification. Ainsi, malgré la régression des bois de feuillus, l'augmentation récente des boisements de conifères lui a été bénéfique.

Mais on la rencontre aussi dans les régions ouvertes parsemées de boqueteaux ou de haies avec quelques grands arbres pour nicher, aux abords des cultures, dans de vieux vergers, dans des zones de marais ou des ripisylves de fleuves et rivières, ainsi que dans des zones rocheuses. En région méditerranéenne, elle fréquente aussi les pinèdes littorales, ainsi que les chênaies des collines. Enfin, elle apprécie également les cimetières, les parcs et les jardins, jusqu'au coeur des grandes villes, tant qu'il existe de vastes espaces verts pourvus de vieux arbres porteurs de cavités.

Elle est aussi bien présent dans les régions de plaine, de plateaux ou de moyenne montagne. Baudvin (1995) déclare qu'elle ne monte pas au dessus de 1500 mètres d'altitude, c'est-à-dire à la limite inférieure de l'étage subalpin, cet étage étant surtout occupé par la chouette de Tengmalm ainsi que par le hibou moyen-duc, plus tolérant. Marbot (1980) fait état de nombreuses observations en mai-juin jusqu'à 1900 mètres en Suisse. Dans les Alpes du Haut Dauphiné, elle a été observée jusqu'à 2300 mètres d'altitude, le 16 juin 1991. Dans les Pyrénées enfin, elle monte jusqu'à 1800 mètres (Bertrand et Faure, 1997). Cependant, les preuves de reproduction font défaut à ces altitudes.

Les densités dépendent essentiellement du type d'habitat et des ressources alimentaires disponibles. Une étude réalisée en Bourgogne sur 3200 ha de forêts donne un chiffre de 1 couple / 64 ha. En forêt de résineux ou dans les bocages, la densité est comprise entre 1 couple / 150 ha et 1 couple / 200 ha. Mais localement, dans des forêts de feuillus riches en proies, la densité peut monter jusqu'à 1 couple / 20-30 ha.

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NOURRITURE ET TECHNIQUES DE CHASSE

La chouette hulotte se nourrit principalement de petits rongeurs (campagnols ou mulots principalement, selon les régions), qui représentent près de 50 % du régime alimentaire. Mais elle est beaucoup moins tributaire de telle ou telle espèce, à la différence du hibou moyen-duc ou du hibou des marais, et peut varier passablement son menu. Ainsi, une étude effectuée en Bourgogne a montré que le mulot et le campagnol roussâtre représentent respectivement 45,5 et 18,9% des ses proies (soit 64,4% au total). Au contraire, en Europe centrale, les campagnols constituent 50% de son alimentation. D'autres mammifères de petite taille - tels les jeunes rats surmulots, les jeunes taupes, les lapereaux, les belettes et même des chauves-souris - peuvent être également consommés.

Les oiseaux fournissent également une part non négligeable de nourritures. En ville, ils représentent jusqu'à 96% de son alimentation (moinaux, étourneaux et pigeons principalement). Enfin, elle ne dédaigne pas les grenouilles, les escargots et les limaces, les gros insectes, les vers de terre ou les poissons. Enfin, par mauvais temps, elle mange parfois des cadavres (animaux tués sur les routes par exemple).

La chouette hulotte chasse principalement dans des espaces dégagés au sein de son domaine : clairières, coupes forestières, bordures de chemins... Elle est une adepte de la chasse à l'affût depuis un perchoir (piquet de cloture, basse branche, voire au sol).

Elle peut aussi chasser via un vol de prospection, lent et à quelques mètres de haut seulement, en lisière de forêt. De même, elle vole souvent sur place face à un taillis dont elle bat les abords pour réveiller les oiseaux endormis et les capturer à leur envol. A l'occasion, elle pille des nids d'autres oiseaux cavernicoles, après avoir effrayé les adultes qui réchauffaient les oisillons. Enfin, lors de nuit chaude et humide, la hulotte repère les lombrics qui viennent facilement à la surface, écoute, sautille et les saisit.

Bien qu'elle est une bonne vue, ses proies sont d'abord localisées à l'ouïe. Les bruits de sa proie entendus, elle tourne très lentement la tête afin de mieux la localiser, puis se précipite sur elle.

Les petits mammifères sont directement avalés, entier et par la tête. Les proies plus grosses sont transportées sur un perchoir pour être dépecées. Les oiseaux quant à eux sont préalablement plumés. Comme de nombreux rapaces, la chouette hulotte recrache par le bec des pelotes de rejection, boulettes de poils et d'os.

La chouette hulotte stocke son surplus de poids. Ces réserves servent à nourrir les jeunes pendant la journée.

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REPRODUCTION

Les couples de hulottes se forment à l'automne (septembre-novembre) avec les manifestations vocales des mâles. Ils choisissent rapidement une cavité de nidification. Lors de la parade nuptiale, le mâle apporte des proies à sa femelle, plusieurs semaines avant l'accouplement. Ils se lissent souvent le plumage mutuellement. Il arrive que les deux partenaires se dandinent latéralement en se faisant face. Le couple serait uni pour la vie.

Cette espèce cavernicole niche surtout dans des spacieuses cavités d'arbres, dans des anfractuosités de bâtiments ou de rochers. A l'occasion, elle peut s'établir dans d'anciens nids (rapaces, corvidés ou écureuils), dans une ancienne cavité de pic noir voire dans des terriers au sol. Elle ne dédaigne pas les nichoirs installés à son intention.

A l'intérieur de sa cavité, la femelle gratte une cuvette, garnie ensuite de pelotes de réjection. Elle pond 1 à 9 oeufs (2 à 5 en moyenne), généralement en mars (entre janvier et juin selon le biotope et les régions). L'incubation dure 28 à 30 jours. Alors que la femelle couve, le mâle lui apporte 2 à 4 proies par nuit. Sachant que la couvaison débute au premier oeuf, il existe une forte disparité d'âge et donc de taille entre les jeunes de la fratrie. D'autant plus que le plus fort est généralement le premier servi... Le nombre de jeunes élevés dépend des ressources alimentaires : lors d'années où les micromammifères abondent, un nombre important de jeunes chouettes sont élevées ; au contraire, lors d'années de pénuries, seuls un ou deux jeunes sont élevés par les parents.

Les jeunes restent 29 à 35 jours au nid. Ils sont capables d'avaler entièrement une proie de la taille du campagnol à partir d'une quinzaine de jours. Comme toutes les mères du monde, la hulotte défend farouchement sa progéniture et peut même à cette occasion attaquer l'homme. Les jeunes hulottes, à l'instar des autres espèces de chouettes, quittent le nid avant de savoir voler, vers l'âge d'un mois donc, généralement au début du mois de mai. Ils s'égayent alors sur les branches alentours. Souvent, ces jeunes sont ramassés car l'on croit qu'ils sont abandonnés. Mais en fait, les parents continuent à les nourrir dès la nuit venue. La meilleure solution consiste à les replacer sur une branche basse, pour être à l'abri des regards des promeneurs ou des prédateurs potentiels.

A l'âge de 3 mois (correspondant généralement au mois d'août), ils sont indépendants, quittent le territoire de leurs parents et cherchent dans leur propre domaine. Les jeunes manifestent alors un léger erratisme à la recherche d'un nouveau territoire. Exceptionnellement, ils peuvent se déplacer à plus de 200 km de leur lieu de naissance. Mais en moyenne, ils sont d'une dizaine de kilomètres seulement. A cette période, la mortalité chez les jeunes chouettes hulottes est très importante. Si les jeunes ne parviennent pas à trouver un territoire propre rapidement, ils meurent souvent de faim lors d'hivers rigoureux.

Le cycle de reproduction de la chouette hulotte est un des plus longs chez les rapaces nocturnes : il dure près de 5 mois. Ainsi, dès le départ des jeunes, le mâle reprend ses manifestations territoriales.

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Sources :

  • Les Oiseaux de France - Jean-Claude Chantelat - Guide vert SOLAR (2003).
  • L'Ami des Oiseaux - Robert Burton - Bordas (2003).
  • Faune du Mercantour - Les Editions du Cabri et le Parc National du Mercantour (2001).
  • Rapaces de France - Pierre Darmangeat - collection Faune de France - Artémis Editions (1999).
  • Faune Sauvage des Alpes du Haut-Dauphiné - Atlas des Vertébrés Tome 2 - les Oiseaux - Parc National des Ecrins et CRAVE (1999).
  • Oiseaux menacés et à surveiller en France - LPO et SEOF (1999).
  • Atlas des Oiseaux Nicheurs de Rhône-Alpes - CORA, Région Rhône-Alpes, Université de Bourgogne (1997)..
  • Rapaces diurnes et nocturnes -Jürgen Nicolai - Nathan Nature (1993).
  • Chouettes et hiboux - Atlas Visuels Payot Lausane (1976).

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