Page mise en ligne le 7 Octobre 2006 - Page dernièrement modifiée le Vendredi 27 Octobre 2006
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TROIS
LOUPS VONT ETRE EQUIPES DE COLLIERS EMETTEURS DANS LE MERCANTOUR -
07/10/2006
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Pour la première fois en France, trois loups vont être capturés dans les prochains mois au sein du Parc national du Mercantour, afin d'être équipés de colliers permettant un suivi télémétrique.
L'opération commencera à la mi-octobre, avec l'arrivée dans le Mercantour d'un trappeur américain spécialisé dans la capture des loups, l'une des étapes les plus délicates de l'opération.
Carter Niemeyer, âgé de 59 ans, est une légende vivante de la protection du loup. "Je suis né dans le Montana et je suis trappeur depuis l'âge de 9 ans" déclare-t-il. Jeune retraité, il travaillait depuis 1973 au sein de l'administration américaine chargée de la protection de la faune sauvage, au "Fish and wildlife service" (l'équivalent de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, en France). C'est à ce titre qu'il a participé en 1995-1996 à la réintroduction du loup dans le Parc national du Yellowstone. Ainsi, il indique : "j'ai dû attraper deux cents loups dans ma carrière, quelques ours bruns et des grizzlys aussi". Il effectuera un séjour de trois semaines pour former une équipe française d'agents de l'ONCFS et du Parc national du Mercantour au piégeage du prédateur et pourquoi pas tenter de capturer un premier loup avant le début du mois de novembre. Les animaux seront capturés grâce à des lacets à patte, le Belisle, seule technique de capture homologuée en Europe, bien que le trappeur préfère le piège à mâchoires en caoutchou, interdit par la Commission européenne. Après s'être entraîné avec cette technique depuis début juillet, l'américain le trouve moins réglable et pense qu'il pourrait piéger des animaux plus légers que le loup, tel le renard. Carter Niemeyer compte attirer les canidés avec sa "potion magique" toute droit venue des Etats-Unis : une substance odorante qui attire le loup. Placée dans un trou, les loups vont gratter la terre et avec un peu de chance, une de leurs pattes sera piégée. Une fois attrapés, les animaux seront équipés, selon leur poids, d'un collier émetteur VHS (avec transmission de données par ondes hertziennes) ou GPS (avec transmission des informations par satellite via un téléphone GSM).
L'expérience s'inscrit dans le cadre d'un programme de recherche "prédateurs-proies" lancé en 2001 qui associe le Ministère de l'Ecologie, le Parc national du Mercantour, l'ONCFS et la Fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes. L'étude est destinée à évaluer les conséquences de la présence du loup sur les ongulés sauvages (cerfs, chamois, chevreuils, mouflons). "L'Office national de la chasse et de la faune sauvage, en collaboration avec le Parc national du Mercantour, a décidé de mener une étude scientifique sur le comportement des proies du loup : mouflons, cerfs, chamois, chevreuils" expliquent Bernard Baudin président de l'ONCFS et Gaston Franco président du conseil d'administration du Parc. Les chercheurs souhaitent comprendre "comment les ongulés modifient leur comportement, l'occupation du territoire, en fonction de la présence du loup, et si celle-ci affecte réellement leur démographie sur le long terme". "Pour cela, nous allons comparer le comportement des proies potentielles dans un massif où le loup est absent - les Bauges, en Savoie - et dans notre massif où il est présent depuis 1992" ajoutent-ils. Une quarantaine d'ongulés (cerfs, chevreuils, chamois et mouflons) ont été équipés à l'automne 2004 de colliers émetteurs destinés à renseigner les scientifiques. Le suivi du prédateur apparaît comme un complément indispensable à celui des proies, estime Benoît Lequette : "nous obtenons déjà un certain nombre de données par analyse des traces sur la neige, des crottes ainsi que par le biais de la génétique mais le suivi télémétrique nous permettra d'avoir une idée beaucoup plus précise de la place occupée par le loup dans l'écosystème alpin". "En corrélant leurs déplacements avec ceux des proies, on va pouvoir arriver très vite auprès des carcasses, avant d'autres animaux", espère Christophe Duchamp. L'autre objectif est de savoir si le loup est sélectif avec ses proies, s'il s'attaque plutôt au moins bien portantes comme cela a été observé ailleurs.
Si un tel suivi n'avait jusqu'ici jamais été entrepris en France, contrairement à d'autres pays (comme l'Italie), c'est "parce qu'il y a eu pendant des années une rétention d'information concernant le loup", estime Bernard Baudin, président de l'ONCFS, qui veut voir dans cette opération le signe d'une "décrispation" autour de la question.
Les trois loups seront capturés parmi la vingtaine établie dans les différentes vallées du Parc national du Mercantour. Les captures auront lieu plus précisément en haute vallée de la Tinée. Le Ministère de l'Ecologie a accordé fin août une autorisation de 6 mois pour mener à bien cette opération de capture, soit jusqu'à la fin du mois d'avril 2007. "Nous espérons pouvoir les capturer d'ici fin avril, mais ce n'est pas gagné", reconnaît Benoît Lequette, chef du service étude et gestion du patrimoine au Parc national du Mercantour. "L'être humain est présent jusque dans la zone centrale du Parc du Mercantour : ça rend le loup plus méfiant et le piégeage plus délicat que dans les grands espaces américains déserts", poursuit-il.
Certaines associations de protection de la nature n'ont pas tardé à faire connaître leurs réserves : "est-ce qu'au-delà de la bonne foi des scientifiques, l'opération ne servira pas à marquer des loups pour le jour où il sera décidé d'en éliminer de nouveau ?", craint la fédération France Nature Environnement (FNE).
Il n'y a "aucun risque", pour le Parc national du Mercantour et l'ONCFS, puisque "le cadre de l'étude reste strictement scientifique". D'autant que le Ministère de l'Ecologie a expressément interdit, en cas de décision d'abattage d'un canidé dans le Mercantour, qu'un des trois loups qui porteront un collier soit visé.
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