Page mise en ligne le 19 Juin 2005 - Page dernièrement modifiée le Mardi 21 Juin 2005

PROTOCOLE TECHNIQUE D'INTERVENTION SUR LES LOUPS EN 2005 - 17/06/2005

Deux semaines après son arrivée au ministère de l'Ecologie et du Développement Durable, la ministre de l'Ecologie (Nelly Olin) vient de divulguer son Protocole technique d'intervention sur les loups en 2005, sous forme d'un arrêté interministériel (Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable et Ministère de l'Agriculture) paru dans le Journal Officiel du 18 juin 2005. Ce protocole entre en application à compter de ce jour et jusqu'au 31 mars 2006. Il est déjà très critiqué par les associations écologistes et pour cause : outre l'augmentation du nombre de loups à abattre, il autorise le tir de loup par les éleveurs (!!!).

 


LES DETAILS DU PROTOCOLE

Selon le ministère de l'Ecologie, ces "prélèvements" touchent moins de 10% d'une population estimée entre 70 et 90 individus, qui serait constituée de deux sous-groupes d'une quarantaine d'individus chacun. Un premier sous-ensemble est constitué de loups sédentaires installés dans des zones de présence permanente, et un deuxième sous-ensemble d'animaux beaucoup plus dispersés, qui partent à la conquête de territoires pour fonder des meutes. L'espèce a été observée dans 16 zones de présence permanente, au lieu de 13 zones de présence permanente au cours de l'hiver 2003/2004, soit une progression géographique de 20% et démographique de 15 à 20% depuis l'an dernier, selon le ministère. S'il n'y a pas d'autre solution satisfaisante, le "prélèvement" s'impose, en essayant de le répartir entre les populations bien installées et sédentarisées à hauteur de 10% et celles en phase de colonisation, plus fragiles (5%), selon cette même source. Ainsi, pas pluq de 4 loups pourront être prélevés dans les zones de présence permanente.

"J'ai voulu prendre le dossier à bras le corps, sans tarder", a commenté la ministre. "Laisser la situation en l'état, cela ne serait pas gérable (...)", a-t-elle ajouté, faisant état d'une augmentation de 15% des attaques contre les troupeaux entre 2003 et 2004.

Même si les conditions dans lesquelles les bergers pourront effectuer ces tirs sont strictement encadrées (permis de chasse, autorisation du préfet, plus de trois attaques successives en trois semaines), on est légitimement en droit d'être inquiet face aux éventuelles dérives.

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LES REACTIONS DES ANTI-LOUPS

La décision du gouvernement a été immédiatement saluée par l'un des plus farouches opposants au loup à l'Assemblée nationale : "passer de quatre à six loups, c'est bien, même si les éleveurs en voulaient sept. C'est ce que nous avons souhaité", a estimé le député UMP des Alpes-de-Haute-Provence, Daniel Spagnou. "C'est la première fois qu'un ministre de l'Ecologie a le courage d'aller aussi loin. J'espère qu'à présent tout le monde va s'apaiser et que la polémique va retomber", ajoute-t-il. M. Spagnou, qui se "félicite" du pouvoir donné au préfet "d'autoriser les éléveurs à se défendre", avait été reçu mercredi 15 juin par Mme Olin pour la convaincre d'autoriser les éleveurs de moutons "à tirer sur le prédateur". Il accueille également avec "satisfaction l'aide financière multipliée par deux, un fonds qui va subventionner 500 éleveurs au lieu de 250". "Je ne suis pas pour l'éradication du loup, a-t-il encore indiqué. Mais l'homme doit pouvoir se défendre face à ce prédateur qui, à part l'homme, n'a pas d'ennemi".

Christian Estrosi, ministre délégué à l'Aménagement du territoire et président du conseil général des Alpes-Maritimes, a salué samedi "la décision courageuse" de la ministre de l'Ecologie Nelly Olin d'augmenter le nombre de loups pouvant être abattus.

Président de la commission d'enquête parlementaire sur le loup, lorsqu'il était député, M. Estrosi "se félicite" dans un communiqué d'une décision "courageuse qui ne met nullement en danger la préservation de l'espèce. En revanche, elle est de nature à rassurer et soulager des éleveurs traumatisés par la perte de plus de 2.500 brebis en 2004".

Le ministre "se réjouit de cette bonne nouvelle pour les éleveurs d'un département particulièrement exposé au cours des mois derniers" et dont il a "relayé" la "légitime préoccupation", selon le communiqué.

Les éleveurs de bétail, qui réclament l'éradication du loup dans les zones d'élevage, ont eu samedi des réactions mitigées à l'annonce de nouvelles mesures d'abattage de cet animal protégé, les qualifiants de "démagogique" ou de "pas (fait) dans la bonne direction".

"Porter de 4 à 6 le nombre maximal de loups qui pourront être prélevés, me semble dérisoire par rapport à la vitesse de leur extension dans l'arc alpin. Quant à l'autodéfense, elle a ses limites, on ne peut pas être éleveur de moutons dans la journée, faire ses foins, s'occuper de ses animaux et faire le guet toute la nuit", a déclaré à l'AFP Denis Grosjean, responsable de l'Association européenne contre les prédateurs, président des éleveurs de moutons de l'Ain. "Cette mesure me paraît un peu démagogique, on verra ce que ça donnera. Ce qui n'est pas pris en compte c'est que l'on éradique complètement les loups des zones où il y a des moutons", a-t-il conclu.

"Cet arrêté va dans le bon sens, mais il faut maintenir la pression, même si nous voulons simplement réguler et non pas éradiquer le loup", a déclaré René Jacquin, président de la FDSEA de l'Isère.

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LES REACTIONS DES PRO-LOUPS

Voir le communiqué de presse de FERUS

Les écologistes accusent en revanche la nouvelle ministre de vouloir à tout prix donner des gages aux éleveurs. "Il n'y a rien sur l'obligation de protection des troupeaux, or la clé est là : au lieu d'insister sur la prévention des attaques, on insiste sur les tirs de régulation", a déclaré à l'AFP Jean-David Abel, de France Nature Environnement (FNE), la plus importante association écologiste française. "C'est une solution en dernier recours, pas une solution pour la protection des troupeaux", ajoute-t-il. "Ca reste une population fragile, avec sept meutes reproductrices seulement, dont cinq transfrontalières", précise-t-il. "A ce stade, faciliter les tirs est une erreur", résume la plus importante association écologiste française.

Voir le communiqué de presse de France Nature Environnement

L'Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) a exprimé samedi à Lyon sa "révolte" face à la décision de la ministre de l'Ecologie. "C'est déplorable, c'est un manque de respect de la biodiversité. En tant que protecteurs de la nature, on est révoltés", a déclaré à l'AFP la directrice de l'ASPAS, Madline Rubin, rappelant que le loup était une espèce protégée par la directive "habitats, faune, flore" au niveau européen, mais aussi par la convention de Berne. "La nouvelle ministre commence par tuer une espèce protégée, cela va être difficile de travailler avec elle", a prévenu Mme Rubin, évaluant le nombre de loups en France à "moins d'une cinquantaine".

L'Aspas a jugé que la possibilité donnée aux éleveurs de procéder à des tirs de défense revenait à "légaliser le port d'armes pour les éleveurs". Mme Rubin a estimé que l'augmentation des indemnisations des éleveurs victimes d'attaques pouvait être bénéfique à la protection du loup dans la mesure où cela "calmait les éleveurs et les rendait moins acharnés" contre l'animal. Mais elle a aussi souligné la possibilité d'abus. "Les trois quarts des attaques sont le fait de chiens divagants, le loup va être un prétexte pour se faire indemniser", a-t-elle affirmé.

Mme Lauriane d'Este, vice-présidente de la SPA nationale et responsable de la faune sauvage, s'est déclarée samedi "opposée aux tirs de défense contre les loups par autorisation individuelle aux éleveurs, dans l'état actuel des populations".

Commentant auprès de l'AFP la décision de la ministre de l'Ecologie Nelly Olin d'augmenter le nombre de loups pouvant être abattus, Mme d'Este a affirmé que la SPA était "pour des méthodes d'effarouchement uniquement" et a évalué à "45 au maximum" la population actuelle de loups. Mme Olin a évalué cette population entre 70 et 90 individus.

La vice-présidente de la SPA a souligné que son association avait demandé une "cartographie des élevages protégés dans les zones de présence permanente du loup".

Le député UMP de la Moselle, François Grosdidier, a "déploré" samedi la décision de la ministre de l'Ecologie, de faire passer de quatre à six le nombre de loups pouvant être abattus en cas d'attaques contre des troupeaux.

"Je déplore la décision de Nelly Olin d'augmenter de 50% le quota d'abattage des loups en France. C'est une mauvaise entrée en matière pour la nouvelle ministre", estime, dans un communiqué diffusé à Strasbourg, M. Grosdidier, également président de l'association Ecologie responsable.

"Les 40 loups français poseraient plus de problème que les 800 congénères italiens et les 2.000 espagnols", commente le député. "L'immense paradoxe est que les méthodes pastorales françaises, avec lesquelles ont renoué les soixante-huitard revenus à la nature, exigent aujourd'hui l'extermination d'une espèce qui cohabite pourtant avec l'élevage chez nos voisins européens", poursuit-il. "Les pouvoirs publics doivent accompagner les éleveurs mais non céder aux partisans de l'élimination des espèces", ajoute-t-il.

"Plus fondamentalement, sur la scène internationale, comment la France peut-elle exiger des peuples du Tiers-Monde la préservation des grands prédateurs (lion, tigre ou grand requin blanc), autrement dangereux pour l'homme, et ce en exterminant chez elle le loup ?", conclut-il.

" Les Verts 05 réagissent au Plan Loup 2005 : "Mieux vaut prévenir que réguler !"

Les Verts des Hautes-Alpes ont pris connaissance avec intérêt des récentes décisions de Mme Nelly Olin, Ministre de l'Ecologie, en ce qui concerne le Loup.

Comme ils l'avaient fait l'année dernière à l'occasion des précédentes annonces ministérielles, les Verts accueillent avec satisfaction les mesures qui permettent concrètement aux éleveurs de trouver des conditions satisfaisantes de "cohabitation" avec cette espèce protégée, importante pour la biodiversité : aides aux dispositifs de protection, revalorisation du barème des indemnisations, simplifications et raccourcissements des démarches administratives...

Mais - sans être formellement opposés aux tirs de défense, dès lors que toutes les mesures de protections et d'effarouchements ont été effectivement mises en oeuvre sans succès - les Verts 05 regrettent l'élargissement des possibilités de tirs qui résulte des nouvelles dispositions. Le tir mortel doit être le dernier recours et autoriser les tirs par les éleveurs eux-mêmes, ou par des personnes désignées par eux, est une décision dangereuse, qui ouvre la porte à tous les dérapages et tous les excés.

Les Verts 05 rappellent à cette occasion leur attachement à un véritable soutien de la filière ovine en zone de montagne, activité essentielle au développement local et au maintien de la vie agricole et rurale. Il refusent de croire qu'avec 6 loups en moins tout ira mieux pour les éleveurs : cela relève d'une forme d'hypocrisie, ou d'irresponsabilité, utilisée par certains pour masquer les carences et abandons de la politique agricole française. Les réponses à apporter sont forcément beaucoup moins simplistes et, bien plus que du battage médiatique, ou des déclarations populistes, elles nécessitent un authentique dialogue entre tous les acteurs d'un territoire (agriculteurs, protecteurs de la nature, habitants, élus locaux...) ainsi qu'avec l'ensemble de la société.

Rechercher - et assumer - des choix clairs et responsables en matière agricole, écologique et sociale est un défi que notre société se doit de relever. Les Verts entendent apporter à ce débat leurs analyses et propositions, dans le respect des intérêts et de la dignité de chacun.

Hervé Cazajous Porte-Parole - Les Verts 05. "

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Sources :

  • Dépêches de l'AFP du 18-19-20/06/2005.
  • Site internet de FERUS.

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