Page dernièrement modifiée le Sameid 30 Mai 2009

CAUSES ET HISTORIQUE DE SA DISPARITION DE FRANCE

Nous parlerons donc de l'historique de la disparition du loup gris de France (avant son retour naturel) et des causes de ce déclin à travers deux paragraphes :

 


CAUSES DE SA DISPARITION

De tout temps, le loup a été l'ennemi de l'homme. Déjà, au Néolithique, les hommes et les loups s'affrontaient lors de la domestication des ongulés qui étaient des proies faciles pour le prédateur. Ensuite, avec la montée du Christiannisme, le loup est devenu l'objet d'une haine viscérale : il représente l'Ennemi opposé au Bon Pasteur et à ses Agneaux de Dieu. Dans le même temps, les croyances les plus folles se sont répandues dans les campagnes : histoires de loups-garous, de loups enragés, de bêtes sanguinaires....

Ainsi, tous les moyens étaient bons pour éradiquer le loup : chasses à courre, battues, pièges, empoisonnements, massacres de louveteaux à la tanière ...

Jusqu'au début du XIXème siècle, les armes à feu étaient peu performantes et à courte portée. Mais dès 1830, elles deviennent de plus en plus efficaces et accessibles. Les loups peuvent alors être tués à plus de 100 mètres de distance. De plus, le nombre de permis de chasse délivrés n'a fait que croître.

Dans le même temps, les poisons sont variés et terriblement efficaces : aconit tue-loup, éponges frites et bulbes de colchique, lichen de mélèze, ciguë aquatique, noix vomique, strychnine... Les campagnes d'empoisonnement étaient de plus en plus nombreuses du fait de la disponibilité de ces produits.

La lutte contre les loups débute dès 813 en France, avec la création de la Compagnie de la louveterie par Charlemagne. Supprimée à la Révolution, elle est rétablie par Napoléon en 1804. A cette époque, on offre des primes de destruction allant de 12 francs pour un mâle à 18 francs pour une femelle pleine.

En 1882, les primes allouées sont fortement réhaussées : elles passent de 12 à 100 francs pour un loup mâle adulte et de 18 à 150 francs pour une louve pleine. Elles sonnent definitivement le glas pour le loup en France.

Par ailleurs - outre le poison, le fusil et les primes - la déforestation est une cause importante de l'éradication du loup en France, à l'origine notamment de la disparition de ses proies potentielles (ongulés sauvages). A cette époque, les campagnes ne connaissaient pas encore l'exode rural. Les populations rurales augmentaient régulièrement et des défrichements étaient effectués, ce qui diminuaient les territoires des loups et de leurs proies, ainsi que les corridors entre les différentes sous-populations de loups et de leurs proies.

Les battues, de plus en plus nombreuses, eurent raison des derniers loups sauvages de notre pays.

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HISTORIQUE DE SA DISPARITION

Remarque préalable : cette page n'est absolument pas exhaustive. L'historique de la disparition du loup en France est un sujet passionnant mais extrêment vaste. De nombreux ouvrages existent sur le sujet et je n'ai pas pu tous me les procurer. Il s'agit donc ici d'informations parcellaires, qui donnent une idée de l'historique de sa disparition. Si toutefois vous possédez des informations ou des références sur la question, n'hésitez pas à me les transmettre.

 

A la fin du XVIIIème siècle , le loup est présent partout en France avec des abondances maximales dans le Centre-Ouest de la France (Poitou, Limousin...), en Bretagne et dans le Nord-Est de la France (Côte d'Or par exemple). Beaufort (1988) estime que la population française était de l'ordre de 14 000 individus (10 à 20 000 loups). De nombreux loups sont tués chaque année : 5351 loups en 1797 et 6487 en 1798 ...

Au début du XIXème siècle, 5 à 7000 loups sont encore présents dans notre pays, dans près de 90% des départements français. En moyenne, 1400 loups sont encore éliminés chaque année, mais avec de fortes fluctuations annuelles. Ainsi, 2131 loups ont été tués en France en 1823 (Prêtre, 1999).

Jusqu'en 1860, la population bien qu'en régression était encore abondante.

A titre d'exemple, 28 loups ont été abattus en Isère en 1803 ; 23 en 1805 ; 22 en 1810 ; 13 en 1817 ; 11 en 1820.

Mais à la fin du XIXème siècle (date-clef : 1880 avec la forte hausse des primes à la destruction), le déclin semble inéluctable. En quelques dizaines d'années, le loup n'est plus signalé que dans la moitié des départements français. Son aire de répartition est fragmentée entre deux noyaux d'une certaine importance : le Nord-Est et le Centre-Ouest de la France. Les autres régions (Provence, Alpes, Pyrénées, Bretagne, Normandie...) n'ont plus que des populations réduites, isolées et fragmentées.

Cependant, 1316 loups sont encore abattus en 1883 ; 1095 en 1884 ; 900 en 1885 ; 760 en 1886 ; 701 en 1887 ; 905 en 1888 ; 915 tués en 1889 ; 461 en 1890 ; 327 en 1892 ... (Prêtre, 1999).

Dans les Alpes du Sud, le loup se maintient jusqu'en 1870-1880 dans les Hautes-Alpes, les Basses-Alpes (départements où une trentaine de loups sont abattus chaque année) et les Alpes-Maritimes. Il est probable que quelques individus se soient maintenus jusqu'au tout début du XXème siècle, comme en témoigne la réalisation d'une battue à Castellane en février 1895 (Orsini, 1995).

Dans les Alpes du Nord, cette époque sonne également le glas du loup d en tant qu'espèce reproductrice : le dernier loup du massif des Bauges (Savoie) est tué en 1856 ; un loup est tué à Thorens (Haute-Savoie) en 1861 ; en 1863 est tué le dernier loup de la Tarentaise (Savoie) à Peisey-Nancroix ; deux loups sont encore empoisonnés dans le Vercors entre 1878 et 1880 respectivement à Méaudre et Autrans. (Prêtre, 1999). Bien que des loups sont encore vus ou tués au tout début du XXème siècle, ils ne forment plus de populations reproductrices viables.

En Provence, le loup était encore abondant jusque dans les années 1860, notamment dans les Alpes-de-Haute-Provence, le Var et les Bouches-du-Rhône. Des 1860, il décline de Provence. Il disparaît des parties forestières du Vaucluse dans les années 1880. Une battue a eu lieu dans la forêt des Morières, à Solliès-Ville (Var), en 1860. Dans les Bouches-du-Rhône, un louveteau est encore tué à La Ciotat en 1888, ainsi qu'un loup adulte à Vauvenargue en 1890 et deux louveteaux à Trets en 1892 (Orsini, 1995). Dans le Var, on note à la fin du XIXième siècle une attaque de chèvres à Brovès, sur le plateau de Canjuers, en 1879.

Le loup disparaît du Jura franco-suisse à la fin du XIXème siècle : dans le Jura suisse, les deux derniers loups sont tués en 1838 et 1842 dans la vallée de la Joux. Quelques années plus tard, une dernière observation visuelle est réalisée en 1869 au Brassus (Prêtre, 1999).

Le dernier loup de l'Orne (Normandie) est capturé en 1882.

Malgré le répis accordé par les guerres de 1870 et de 1914-1918, le loup a quasiment disparu de notre pays au début du XXème siècle.

D'après le Muséum d'Histoire Naturelle de Rennes, le dernier loup breton est tué en 1918.

Dans les Pyrénées, quelques individus auraient encore survécu à la fin du XIXème siècle.

Dans les Alpes, un loup est encore tué à Bouvières (Drôme) en février 1901. Il s'agit très certainement d'un des derniers spécimens des Alpes françaises. Dans les Alpes occidentales suisses, le dernier spécimen est vu au Suchet en 1914. (Prêtre, 1999).

Les derniers loups provençaux se sont éteints au tout début du XXème siècle. Dans le département du Var, une dernière observation visuelle, de 3 loups ensemble, est réalisée à Mons (nord-est du département) en 1900. (Orsini, 1995). Dans le sud de la Sainte-Baume, une dernière battue aux loups fut organisée en 1906 à Solliès-Toucas, preuve de la persistance de l'espèce (Site internet de la commune de Solliès-Toucas). La dernière mention de la présence de l'espèce en Provence date de 1920, avec la découverte d'un cadavre de loup dans le massif des Alpilles (Bouches-du-Rhône) (Cregut-Bonnoure & Orsini, 2008).

Seules quelques petites populations subsistent dans le Poitou (Vienne, Deux-Sèvres et Charente), le Limousin (Haute-Vienne), la Dordogne et la Champagne. Les derniers individus français seront observés ou tués vers 1925-1930, notamment dans les Deux-Sèvres et la Haute-Vienne.

Par contre, 48 individus ont encore été observés ou tués, dans toute la France, entre 1923 et 1992 (retour officiel du loup dans notre pays). Les origines possibles de ces animaux sont fort diverses : jusque dans les années 1950 environ, on peut penser qu'il s'agit encore des derniers loups sauvages de notre pays... Mais il peut aussi s'agir de loups captifs qui se seraient échappés, de chiens ressemblant à des loups ou, dès les années 1980, de loups italiens en voie de colonisation. Voici quelques exemples (Prêtre, 1999). :

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Sources :

  • Cregut-Bonnoure E. & Orsini P. (2008). Sur la présence du loup en Provence aux environs de 1920. Faune de Provence (CEEP), 24-25 : 137-141.
  • Delfour J. (2004). Vivre avec le loup. Editions Hesse. 141p.
  • Orsini P. (1995). Le loup. Association pour le Muséum d'Histoire Naturelle de Toulon.
  • Prêtre B. (1999). Le Grand Retour du Loup. Editions Cébédita. 123p.

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