Page mise en ligne le 21 Juillet 2005 - Page dernièrement modifiée le Samedi 7 Février 2009

EFFECTIFS DE LA POPULATION ALPINE DE LOUPS

 

Nous allons parler de l'effectif de la population de loups des Alpes à travers plusieurs paragraphes :

 


TAILLE DE LA POPULATION

Le suivi de l'expansion de l'espèce et du développement de ses effectifs s'appuie sur plusieurs indicateurs, complémentaires les uns des autres, dont les variations sont plus ou moins corrélées à celles des vrais effectifs que nous ne pouvons connaître. Les trois indicateurs sont :

L'évolution de chacun de ces indices est une représentation partielle de la réalité puisqu'aucun de ces indicateurs n'est exhaustif. Ainsi donc, l'énumération exhaustive du nombre de loups présents dans les Alpes est impossible.

L'indice de niveau d'effectif, basé sur la somme de tailles des groupes identifiées lors du suivi des pistes dans la neige et des observations visuelles récoltées dans les différentes zones de présence permanente du loup, représente une sous-estimation chronique de la vraie taille de la population.

Un de ses rôles est de traduire les variations des effectifs dans le temps :

Pour plus d'informations, voir la page : Les zones de présence permanente du Loup dans les Alpes

Entre 1994 et 2002, 108 génotypes différents de loups ont été identifiés. En 2001, 35 individus différents ont été détectés en France.

Le ratio est légèrement déséquilibré en faveur des mâles : 1,3 mâles pour 1 femelle. Mais l'écart s'estompe selon les années.

Cependant, comme pour l'EMR, cet indicateur sous-estime l'effectif réel puisqu'on ne peut pas retrouver les fécès de tous les loups présents dans les Alpes. Son rôle est également de traduire les variations des effectifs dans le temps.

La méthode internationale de référence, utilisée pour diminuer le biais de sous-estimation, fait appel aux estimations dites par "capture-marquage-recapture" (CMR). Elle s'applique, pour le loup, au suivi dans le temps de la détection des signatures génétiques identifiées dans les excréments récoltés sur le terrain. On s'est aperçu, dans le cadre du loup, que des animaux peuvent être vivants et non détectés, ce qui montre que la probabilité de détection de l'espèce est inférieure à 1 avec ce système de suivi. L'avantage des méthodes de CMR est de pouvoir d'abord estimer les probabilités de survie et de re-capture, puis d'incorporer leurs valeurs dans les équations permettent de calculer les effectifs réels de la population.

Il est tout à fait logique que l'estimation des effectifs par CMR soit supérieure aux effectifs EMR car l'EMR donne le nombre minimum d'individus résidant uniquement dans les Zones de Présence Permanente, tandis que l'estimation CMR prend en compte l'ensemble des signatures génétiques détectées sur toute l'aire de répartition et de plus pondère les données par le fait que la probabilité de détecter un loup est inférieure à 1.

L'estimation des effectifs (par différentes structures de modèles mathématiques), réalisée sur les données récoltées en France, a été calculée par trimestre. La dernière valeur correspond à l'effectif obtenu durant l'automne 2001 est donne une moyenne de 59 loups, avec un intervalle de confiance compris entre 27 et 102.

L'intérêt de la méthode CMR est avant tout de fournir de meilleurs estimations, sur les plans statistique et biologique, des effectifs, mais aussi d'avoir ainsi un indicateur de la tendance d'évolution au cours du temps.

Actuellement, les résultats des typages génétiques individuels des fécès récoltés en 2002 et 2003 sont en cours d'obtention. Ceux de 2004 ne seront pas connus avant fin 2005. Pour les années à venir, il en sera de même : les données de l'année n seraont disponibles seulement à la fin de l'année n+1.

Il n'est donc pas possible par modélisation CMR d'aller actuellement au delà des estimations de l'automne 2001 (59 animaux, intervalle de confiance de 95% d'où 27-102 loups).

On s'aperçoit aussi qu'à l'échelle de l'arc alpin, les variations d'EMR sont, dans une certaine mesure, corrélées à celles de l'effectif total de loups.

En essayant de faire des scénarios de croissance de la population de loups, entre fin 2001 et fin 2004 (qui n'ont bien sûr pas la même robustesse statistique que les estimations CMR), on aurait un effectif pour l'hiver 2004/2005 d'environ :

  • 80 individus avec la même croissance annuelle moyenne des EMR que sur les 3 dernières années (12%).
  • 76 individus avec une croissance de 10% par an.
  • 94 individus avec une croissance de 20% par an.

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TAUX DE CROISSANCE AU FIL DES ANS

A partir des génotypes identifiés et des modèles mathématiques récemment mis au point par la méthode CMR, des essais d'évaluation du taux de croissance annuel donneraient un accroissement moyen de la population compris entre 20 et 30 % pour la période comprise entre les hivers 1995/1996 et 1999/2000 (incluant de manière confondue, les bilans reproduction/mortalité et les bilans immigration/émigration).

Après un ralentissement au cours de la période 1998/1999, l'ensemble des indicateurs du statut de la population de loups a témoigné d'une reprise marquée de la croissance durant les 4 dernières années (EMR, nombre de ZPP et aire de distribution).

Mais tout récemment, on a constaté que l'accroissement des EMR entre l'hiver 2003/2004 et 2004/2005 n'a été que de 10%, soit un taux d'accroissement particulièrement bas.

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VOIES DE COLONISATIONS

Les analyses génétiques individuelles permettent également de suivre la dispersion des individus, donc les différentes voies de colonisation à l'intérieur de l'arc alpin.

Sur ces 10 années de suivi génétique, plusieurs individus ont pu être identifiés à plusieurs endroits différents :

Description des animaux disperseurs de leur lieu de première détection vers leur lieu d'installation, via un secteur de transit le cas échéant (Source : Quoi de Neuf ? n°11 - juin 2004 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS) :

N° du génotype (sexe)
De
Via
Vers
Nom
Année
Nom
Année
Nom
Année
G60 (M)
Haute Tinée
Décembre 1998
Moyenne Tinée
Décembre 1998
Haute Tinée
Décembre 2001
G61 (M)
Vésubie-Tinée
Mars 1996
Haute Tinée + Roya
1997-1998
Haute Tinée
Novembre 1998
G71 (M)
Vésubie-Tinée
Juin 1997
Roya
Mai 1998
Vésubie-Tinée
Mai 1998
G77 (M)
Vésubie-Tinée
1995-1997
Haute Tinée
Mai 1998
Vésubie-Tinée
Mai 1998
G95 (M)
?
?
Béal Traversier + Vésubie-Tinée
Avril 2001
?
?
G122 (M)
?
?
Vanoise
Avril 1999
Belledonne
Novembre 2000
G41 (F)
?
?
Haut Var
1996
Vésubie-Tinée
1997
G4 (F)
Vésubie-Tinée
Avril 1997
-
-
Belledonne
Février 1999-2002
G49 (F)
Moyenne Tinée
2000
Roya
Juin 2001
Haut Var
Juin 2002
G3 (F)
Vésubie-Tinée
Avril 1997
Queyras
1998-1999
Béal Traversier
2000
G21 (F)
Vésubie-Tinée
Mai 1998
-
-
Béal Traversier
2001
G24 (F)
Vésubie-Tinée
Février 1998
Trois-Evéchés
Décembre 1998
Monges
Mars 1999
G51 (F)
Haute Tinée
Février 1997
Moyenne Tinée + Haute Tinée
1998
Moyenne Tinée
Mai 1998

Voici quelques mouvements caractéristiques :

(Source : KORA Info 3/04 - Projets de recherches coordonnés pour la conservation et la gestion des carnivores en Suisse et Quoi de Neuf ? n°11 - juin 2004 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS)

Les mouvements des individus détectés dans les différents secteurs du Mercantour à partir de la Vésubie-Tinée (premier site de colonisation en France) expliquent bien la colonisation par bons de la Vésubie-Roya, puis de la Haute Tinée, de la Moyenne Tinée et enfin du Haut Verdon - Bachelard.

Par ailleurs, comme on peut le lire plus haut, les loups identifiés génétiquement en Suisse, de 1998 à 2002, sont issus du massif du Mercantour (meutes de la Vésubie-Roya et de Moyenne-Tinée) et la région de Cunéo (meute du Valle Pesio). (Voir : Actualité).

Dans les Alpes françaises, le plus long mouvement de dispersion noté a été celui d'un mâle ayant parcouru 157 kilomètres, entre les Alpes-Maritimes et l'Isère. Mais le plus long voyage effectué dans les Alpes occidentales a été celui d'une louve, identifiée dans la région de Cunéo en novembre 2001 et présente depuis l'été 2002 dans le Valais suisse, soit 250 kilomètres.

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NOMBRE DE MEUTES

Ce fameux suivi génétique permet un suivi longitudinal de l'espèce afin d'identifier les unités sociales (les meutes).

Il ne faut pas confondre les ZPP, zones où l'espèce est implantée depuis au moins deux hivers, et les meutes. Au sens biologique, une meute se définit par la présence d'un mâle et d'une femelle mâtures tenant un territoire.

Ainsi, dans les Alpes françaises, il y avait 23 ZPP au cours de l'hiver 2006/2007, mais seulement 17 sont des meutes. Il s'agit des 4 meutes du Parc National du Mercantour, des 3 meutes de la vallée de l'Ubaye, de la meute des Monges, des 2 meutes du Queyras, de la meute de Clarée-Bordanecchia, des 2 meutes du Vercors, de la meute de Belledonne, de la meute du Taillefer (reproduction en 2006) et des 2 meutes de Maurienne. En sont donc exclues les ZPP de Canjuers, du Dévoluy, de Jocou, des Bauges, de Tarentaise et de Bornes. (Source : Quoi de Neuf ? n°17 - juin 2007 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS).

Lors de l'hiver 2007/2008, il y avait 25 ZPP en France (24 dans les Alpes), mais seulement 16 abritaient des meutes (Source : Quoi de Neuf ? n°19 - juin 2008 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS).

Seuls le couple alpha (dominant) de chaque meute peut se reproduire. La connaissance du nombre de meutes est donc primordiale pour connaître l'état de conservation d'une population puisque ce sont les meutes (et non les individus solitaires installés sur un territoire ou les individus erratiques à la recherche d'un territoire) qui assurent l'accroissement de la population et donc la viabilité de celle-ci. Dans le cadre de la LCIE et du plan d’action pour la conservation des loups en Europe, dont le rapporteur est Luigi Boitani, et à la rédaction duquel participaient la majorité des scientifiques experts internationaux du loup, il est mentionné au point 4.6.1 ("aspects biologiques de la restauration") "qu’un minimum de 15 couples reproducteurs, c’est à dire peut être cent loups, pourraient suffire, ce qui dans les meilleures circonstances exigerait une zone continue de 2000 km2 occupée par le loup".

Si l'on recense une quinzaine de meutes dans les Alpes françaises, jamais plus de 10 meutes se sont reproduits dans notre pays au cours d'une année. Avec moins de 10 meutes reproductrices, dont plusieurs sont transfrontalières et font donc parti du patrimoine naturel italien, nous ne pouvons pas affirmer que la population des Alpes françaises soit dans un état de conservation favorable. D'autant plus que les territoires occupés par le loup sont encore très fragmentés et la sécurité procurée par la continuité spatiale qui favorise la survie des petites populations n’est pas assurée.

Evolution du nombre de reproductions contactées chaque année dans les Alpes françaises et transfrontalières :

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Sources :

  • Quoi de Neuf ? n°11 (juin 2004), 12 (décembre 2004), 13 (juin 2005), 14 (décembre 2005), 15 (juin 2006), 16 (décembre 2006), 17 (juin 2007), 18 (janvier 2008), 19 (juin 2008), 20 (janvier 2009) - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS
  • "Rapport final d'activités du programme LIFE - Le retour du loup dans les Alpes Françaises - Juillet 1999-Mars 2004".
  • Site internet de FERUS.

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