Page dernièrement modifiée le Mercredi 21 Juillet 2010

RETOUR DU LOUP DANS LE MASSIF CENTRAL

Depuis quelques années, le loup est de retour dans le Massif Central. La première preuve de présence de l'espèce date de 1997, avec la découverte d'un cadavre de loup percuté par une voiture dans le Cantal ; suivi d'un deuxième dans le Puy-de-Dôme en 1999. Mais il a fallu attendre près de 10 ans pour avoir la certitude de la présence de loups vivants dans le Massif Central, d'abord en Lozère puis dans le Cantal. Depuis, la colonisation semble s'accélérer, tant au nord qu'au sud du msddif. Nous allons essayer d'en savoir un peu plus clair sur le retour en cours du loup gris dans le Massif Central, à travers cinq paragraphes :

 


INTRODUCTION

Après la reconquête de l'Arc alpin par le loup au début des années 1990, celle des Pyrénées à la fin des années 1990 et la réapparition du canidé dans le massif jurassien en 2003 (présence d'un loup certifiée dans le département de l'Ain au cours de l'été 2003), un nouveau massif est concerné par le retour du loup : il s'agit du Massif Central.

Comme pour les Alpes, le suivi de l'espèce est assuré par l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage. Pour plus d'informations, voir la page : Réseau Loup.

Pour mémoire, si l'on admet communément que le loup a disparu de France en tant qu'espèce à population reproductrice identifiée entre 1930 et 1939, les derniers loups du Massif Central furent tués en Lozère, en 1951 sur la commune de Grandrieu (massif de la Margeride) et le 20 juin 1977 sur la commune des Salces (massif de l'Aubrac). Il est malheureusement impossible de savoir si ces loups furent les derniers individus sauvages du Massif Central ou s'il s'agissait de loups échappés de captivité.

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HISTORIQUE DE CE RETOUR

Tout commence à la fin des années 1990, lorsque deux cadavres de loups sont retrouvés dans le nord du Massif Central. Les analyses génétiques prouvent qu'ils sont tous deux d'origine italienne.

Exemple d'une zone écologiquement très favorable au loup, avec de vastes forêts pentues, des zones rocheuses escarpées, de nombreuses proies ... Il s'agit ici du versant sud du Mont Aigoual, entre le Gard et la Lozère

Photo : © Auteur du site randonnee.cevenole.free.fr

Le 10 octobre 1997, un grand loup adulte est tué par une automobile sur la route menant à la station du Lorian, sur la commune de Laveissière (Cantal), dans le massif du Puy Mary. Il s'agit d'un mâle d'origine italienne, de 3-4 ans et pesant 39 kg.

Deux années plus tard, en juillet 1999, un loup est abattu sur la commune d'Apchat (Puy-de-Dôme), par un éleveur qui l'avait confondu avec un chien divaguant. Le cadavre était en décomposition lors de sa découverte, ce qui n'a pas permis de déterminer l'âge ou le poids précisément, mais les échantillons de poils récoltés ont permis de savoir qu'il s'agissait d'un mâle, lui aussi d'origine italienne.

Par ailleurs, on sait également que depuis 1999, plusieurs loups sauvages d'origine italienne sont présents dans les Pyrénées-Orientales (voir le Dossier : Retour du loup dans les Pyrénées). Ces animaux sont forcément passés par le Massif Central (Gard ? Lozère ? Ardèche ? Haute-Loire ?) avant de terminer leur périple. Certains y sont peut-être restés...

Cependant, rien ne disait que des loups s'étaient installés de manière durable dans le Massif Central. Mais comme toujours et comme partout, ce grand prédateur fait parler de lui (même lorsqu'il est absent !) et des rumeurs récentes relataient d'observations hypothétiques. Celles-ci étaient parfois reliées par la presse locale (journal local "La Montagne" par exemple). Cependant, aucun indice de présence du loup n'était suffisamment robuste pour être validé par l'ONCFS jusqu'à l'hiver 2005/2006.

 

A partir de cette date, des indices de présence potentiels se font plus nombreux. Ainsi, voic un bref historique du retour du loup dans le Massif Central depuis 2005/2006, secteur par secteur :

Au cours de l'hiver 2005/2006, plusieurs indices de présence possible du loups (observations visuelles, carcasses de chevreuils, excréments...) sont recueillis dans le massif de l'Aubrac, au nord-ouest du département de la Lozère, au sud du Massif Central. Les échantillons de crottes récoltés ont pu être analysés rapidement. Les analyses génétiques ont révélé que ces échantillons appartiennent à l'espèce Canis lupus, à la lignée italienne (Canis lupus italicus) et plus précisément à deux individus différents - un mâle et une femelle. Si le mâle est un jeune non identifié jusque là, la femelle est beaucoup plus âgée et a déjà été identifié génétiquement dans les Alpes, plus précisément au sein de la meute du Queyras (Hautes-Alpes), en 2001/2002 et 2002/2003. Pour plus d'informations sur ce retour en Lozère, voir l'Actualité : Un couple de loups est identifié au nord du département de la Lozère

Landes et sapinières montagnardes préservées et sauvages de la partie orientale du Massif Central.

Photo : © Mathieu Krammer - juillet 2004 - Haute-Loire.

Lors de l'hiver suivant (2006/2007), des traces de loups auraient été découvertes dans plusieurs secteurs du sud du Massif Central : dans le massif de l'Aubrac (nord-ouest de la Lozère), dans la Margeride (nord de la Lozère) et dans les Cévennes (Gard et Lozère). Seule la trace d'un individu sur le massif de l'Aubrac, plus précisément sur la commune des Salces, a été jugée probable par le Réseau. Les informations provenant des autres secteurs n'ont pas été confirmées par l'ONCFS. Toutefois, plusieurs échantillons de crottes sont en cours d'analyse génétique. Pour plus d'informations, voir l'Actualité : Rumeurs sur la présence du loup dans le sud du Massif Central

Depuis 2007, seules quelques rumeurs non confirmées font état d'observations possibles dans ce vaste plateau sauvage.

Le 31 juillet 2006, deux pattes d'un même loup mâle d'origine italienne ont été déposées devant les gendarmeries de Trèves (Gard) et Rivière-sur-Tarn (Aveyron). Ce loup, encore jamais identifié par la génétique (donc différent du loup présent en Lozère lors de l'hiver 2005/2006), a probablement été braconné sur le Causse Noir. Pour plus d'informations, voir l'Actualité : Deux pattes de loup déposées devant deux gendarmeries du Gard et de l'Aveyron en juillet 2006

En fin d'hiver 2007/2008, plusieurs carcasses de chevreuils ont été retrouvées dans la Montagne Noire (Tarn), dans le Haut-Languedoc, à l'extrême sud du Massif Central. La responsabilité du loup est quasiment certaine. Une crotte recueillie a été envoyée pour analyses génétiques au laboratoire de Grenoble, mais n'a rien donné. Après les deux loups de Lozère en 2006 et le loup du Cantal en 2008, il s'agirait d'une nouvelle preuve d'un loup vivant dans le Massif Central. Pour plus d'informations, voir l'Actualité : Un loup présent dans la Montagne Noire

Le 20 janvier 2008, un loup a été observé et photographié mais bien plus au nord, dans les Monts du Cantal cette fois, sur la commune de Lavigerie (Cantal). Les analyses génétiques d'une crotte prélevée sur le terrain ont confirmé qu'il s'agissait d'un loup mâle, jamais identifié jusque là. Il s'agit de la première mention d'un loup vivant dans la partie nord du Massif Central, depuis le retour de l'espèce en France au début des années 1990. Pour plus d'informations, voir : Un loup dans le Cantal !

Tout au long de l'année, des indices vont être régulièrement recueillis :

L'hiver suivant (2008/2009), un suivi hivernal a été mis en place par le Service Départemental de l'ONCFS :

La présence confirmée d'un loup deux hivers consécutifs, avec confirmation génétique, font passer les Monts du Cantal en Zone de Présence Permanente (ZPP) du loup lors de l'hiver 2008/2009, première ZPP du Massif Central.

Le plus intéressant, c'est que cet individu a été identifié en janvier 2009... sur le Mont Lozère ! Pour plus d'informations, voir l'Actualité : Un loup suivi et observé dans le Parc national des Cévennes. Si les indices collectés en février et avril 2009 s'avère être du même individu (ce qui est probable), on peut penser qu'il a réalisé une incursion extra-territoriale jusqu'en Lozère, sans doute dans l'espoir de trouver un partenaire (on est alors en période de rut), avant de retourner sur ses pas. Enfin, à noter qu'en février 2009, une piste et une observation visuelle jugées "probables" ont été renseignées plus au nord, dans le Puy-de-Dôme, sur la commune d'Anzat-le-Luguet. On peut penser qu'il s'agit toujours du même individu.

Malheureusement, aucun indice n'a pu être validé lors de l'hiver 2009/2010, bien que des observations d'un individu aient de nouveau été réalisées en juin, laissant penser que l'espèce est toujours présente dans le massif.

Depuis le milieu des années 2000, des informations ou rumeurs sur des observations potentielles de loups sont de plus en plus souvent rapportées des Cévennes,. Toutefois, jusqu'en 2009, aucun indice n'était suffisamment robuste scientifiquement pour être validé par l'ONCFS. Pour plus d'informations, voir l'Actualité : Rumeurs sur la présence du loup dans le sud du Massif Central

Mais le 22 janvier 2009, une piste de loup est suivie, puis un loup est observé visuellement, sur le versant sud-ouest du Mont Lozère, dans le Parc national des Cévennes. Une crotte prélevée sur place a permis d'affirmer qu'il s'agit du même loup que celui identifié en janvier, mars et octobre 2008 dans les Monts du Cantal, et qui y est probablement retourné depuis. Pour plus d'informations, voir l'Actualité : Un loup suivi et observé dans le Parc national des Cévennes

Curieusement, il n'y a aucune donnée sérieuse de présence du loup dans les départements de l'Ardèche et de Haute-Loire, alors qu'ils se trouvent en première ligne dans la colonisation du massif. Il est en fait probable que les loups y aient déjà été ou y soient déjà, mais seulement de passage, avant de poursuivre leur chemin plus à l'est, en Lozère ou dans le Cantal.

Toutefois, en juillet 2006, voilà qu'on reparle du loup dans le sud du Massif Central, mais dans le département voisin de l'Ardèche cette fois. A la fin du mois, des brebis ont été tuées dans le massif de Tanargue. Pour plus d'informations, voir l'Actualité : Le loup de retour dans le département de l'Ardèche ? L'hypothèse du loup n'est pas exclue, même si rien ne la confirme.

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ORIGINE DES LOUPS ET FRANCHISSEMENT DE LA VALLEE DU RHONE

Toutes les analyses génétiques effectuées sur les loups (morts ou vivants) à l'ouest du Rhône - tant dans les Pyrénées que le Massif Central - ont montré que ces animaux étaient de la même lignée que ceux présents dans les Alpes, c'est-à-dire italienne (Canis lupus italicus).

D'ailleurs, le loup mâle identifié dans l'Aubrac en 2006 avait déjà été identifié auparavant dans les Alpes (plus précisément dans le Queyras (Hautes-Alpes) en 2001/2002 et 2002/2003) ; et dans les Pyrénées, 3 individus identifiés depuis 2000 étaient présents, quelques années plus tôt, dans les Alpes (Mercantour et Queyras).

Enfin, en décembre dernier, un loup a bien été retrouvé mort dans la vallée du Rhône, percuté par une voiture. Pour plus d'informations, voir l'Actualité : Un loup tué par une voiture dans la vallée du Rhône

Ce retour s'est effectué depuis l'arc alpin et ces individus ont donc dû franchir la vallée du Rhône. Le franchissement du couloir rhôdanien (avec son fleuve, son autoroute, sa ligne de TGV...) peut paraître irréalisable à première vue pour un animal sauvage, mais plusieurs observations nous montrent que c'est tout à fait possible. Ainsi une étude de J.-C. Blanco (biologiste espagnol) a montré que des loups utilisaient régulièrement des territoires de part et d'autres d'autoroutes en Castille (Espagne), en emprunant tout bêtement ... les ponts au dessus des voies !

Par ailleurs, d'autres animaux sauvages franchissent la vallée du Rhône et parfois ceux dont on s'y attend le moins. Ainsi, depuis plusieurs années, des chamois colonisent le Massif Central (départements de la Lozère, de l'Ardèche et de la Loire) depuis les Alpes (département de la Drôme) et des traversées du fleuve ont même été observées.

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LES POTENTIALITES DU MASSIF

Le Massif Central, avec l'existence de plusieurs zones reculées, très boisées et extrêmement sauvages, est très favorable aux prédateurs. On peut ainsi citer, à titre d'exemples, les Gorges de l'Allier (plus de 5000 ha de forêts non exploitées depuis plus d'un siècle), les Monts du Livradois et du Forez, la bordure orientale au relief très accidenté (Cévennes, Monts du Vivarais, Massif du Mézenc) ou le Haut-Languedoc.

De plus, avec l'exode rural et la raréfaction inquiètante des troupeaux, entamés au début du XXème siècle, les friches et les forêts gagnent du terrain, ce qui ne peut qu'être favorable au prédateur (la forêt est passée de moins de 10% de la surface vers 1815, à près de 30% aujourd'hui et jusqu'à 80% dans certaines régions du Limousin, du Livradois ou du Haut-Languedoc).

Par ailleurs, les populations de ses proies potentielles n'ont jamais été aussi nombreuses dans le massif :

Les chevreuils, les sangliers, les cerfs et même les mouflons (ces derniers sont localisés sur les Volcans d'Auvergne et certains secteurs des Cévennes) n'ont jamais été aussi nombreux dans le massif. Rien que pour le département du Cantal, on compte 400 mouflons et le plan de chasse cerf se situe autour de 1800 attributions actuellement.

Quant au chamois, réintroduit dans le Cantal en 1978, sa population compte une centaine d'individus dans les hauts sommets d'Auvergne et il effectue un retour naturel remarqué dans la bordure orientale du Massif Central (depuis les Alpes), ainsi que dans certaines gorges du nord et de l'est de l'Auvergne (depuis les Monts d'Auvergne). La présence d'un petit noyau sur les pentes orientales du Mont Lozère a été notée durant l'hiver 1999/2000, la présence de quelques individus est constatée en Ardèche (notamment dans la région du Cheylard en 2003) et des incursions timides mais de plus en plus fréquentes sont notées dans les rochers forestiers des Gorges d'Auvergne en provenance des Monts d'Auvergne.

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LES PERSPECTIVES

Comme on l'a vu précédemment, la colonisation en cours du Massif Central semble s'accélérer.

Après les deux premières données de présence, assez isolées dans le temps et dans l'espace (2 cadavres, respectivement en Cantal et Puy-de-Dôme, en 1997 et 1999), les preuves de présence, de loups vivants cette fois, sont désormais régulières : 2 individus en Aubrac (Lozère) en 2005/2006, 1 mâle dans le Cantal depuis janvier 2008, 1 loup encore indéterminé en Montagne Noire (Tarn) en février-mars 2008... sans oublier les informations non prouvées.

Néanmoins, pour l'instant, il n'y a aucune récurrence de la présence du loup dans ces massifs. Désormais, il va falloir suivre de près la situation, tant dans le sud-est (Lozère, Montagne Noire) que dans le nord (Cantal), afin de savoir si des individus se sont bien installés dans la zone ou s'il s'agit d'animaux erratiques susceptibles de disparaître ensuite.

Par ailleurs, l'ensemble du Massif Central devrait être prospecté méthodiquement, afin de savoir si le loup est présent sur d'autres secteurs favorables, notamment de la bordure orientale du massif (Vivarais, Monts d'Ardèche...), ce qui est fort possible.

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Sources :

  • Quoi de Neuf ? n°15 (juin 2006), 17 (juin 2007), 18 (janvier 2008), 20 (janvier 2009), 21 (août 2009) et 23 (juillet 2010) - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS.
  • Communiqué de presse de la préfecture de Lozère - 24/05/2006.
  • Dépêches AFP des 12-20/03/2007, du 25/01/2008 et du 21/03/2008.
  • Site internet de France Bleu - Gard-Lozère.
  • Site internet de Radio France.
  • Midi Libre des 24/05/2006 et 21/03/2007.
  • La Provence du 13/03/2007.
  • La Dépêche du Midi des 14-22/03/2007 et des 20-21-22/03/2008.
  • La Montagne du 18/03/2009.
  • "Rapport final d'activités du programme LIFE - Le retour du loup dans les Alpes Françaises - Juillet 1999-Mars 2004".
  • Articles du journal auvergnat "La Montagne" de novembre 2004.
  • Terre Sauvage n°195 (Juin 2004).
  • Le Grand Retour du Loup de Bernard Prêtre.
  • Site internet de FERUS.

 

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