Page dernièrement modifiée le 15 Mars 2002

ELEVAGE EXPERIMENTAL D'UN JEUNE LYNX - Fin Juin 2001

Le 28 Juin 2001, en fin d'après-midi, un "vététiste" découvre un jeune lynx de 3 semaines environ (pesant 1 kg) sur un chemin de la commune de Chaux-du-Dombief (Jura). La personne l'a récupéré et transporté chez le vétérinaire, en pensant bien faire. Le service départemental de l'ONCFS, immédiatement prévenu, a transféré l'animal au centre de sauvegarde de Franche-Comté Athénas (spécialisé dans l'accueil des félidés). Le jeune félin, ne souffrant d'aucun traumatisme, a été replacé sur le lieu de sa découverte la nuit suivante (avec piège photo), dans l'espoir que sa mère le récupère. Malheureusement, ce ne fut pas le cas, et le lynx a été ramené au centre Athénas.

Cette jeune femelle, appelée FETA, fait l'objet d'un programme expérimental réalisé entre le centre Athénas, l'ONCFS (CNERA Prédateurs) et la DDAF Jura, visant à élever cet animal non sevré en vue de son éventuel retour à le vie sauvage. Ce protocole est financé par le Ministère de l'Ecologie, le Centre Athénas, le Conseil Général du Jura et l'Union Nationale des Centres de Sauvegarde de la Faune Sauvage. En effet, avec l'augmentation de la pression touristique, on peut penser que de tels "ramassages" seront de plus en plus nombreux et la question de leur réinsertion sera donc posée. Le jeune lynx a été placé dans des conditions optimales pour suppléer l'absence de sa mère et permettre l'acquisition de comportements de prédation, de méfiance vis-à-vis de l'homme, ainsi qu'une croissance et un développement normaux. La difficulté de ce travail a donc été de limiter au maximum les contacts avec les humains, tout en essayant de stimuler cet animal privé de contacts maternels. Déjà, une seule personne a été autorisée à entrer en contact avec le jeune lynx : il s'agissait en effet d'obtenir une imprégnation à une seule personne et non à l'espèce humaine. De même, tout au long du processus d'élevage et lors de chaque contact, il portait les mêmes vêtements, imprégnés des marquages labiaux et anaux du félin. Le rôle du soigneur fut ceux d'alimenter le lynx, de nettoyer sa cage et de le stimuler. Ce dernier point est essentiel car il fallait renouer un comportement social (stimuli physiques, jeux...) en l'absence de sa mère. Cependant, le temps de présence du soigneur a peu à peu diminué, passant de 3 heures par jour en juillet, à 15 minutes début janvier, puis 5 minutes en mars.

L'alimentation, uniquement à base de lait en juillet, est devenue mixte à partir de début août avec l'introduction de viandes dans son régime alimentaire. Le 20 Août 2001, il était définitivement sevré. Mais il faut également stimulé son instinct de prédateur : après des souris mortes puis vivantes (elle a tué les premières souris à l'âge de 4 mois), la jeune femelle a consommé des pigeons puis des lapins (à l'âge de 6 mois), des chevreuils (8 mois) et des chamois. Pour ajouter des difficultés, les personnes du centre ont ajouté des caches permettant aux proies de se cacher et nécessitant donc, de la part du lynx, des stratégies d'affût et de capture par surprise. Même si la capture et la mise à mort en espace confiné n'ont pas beaucoup de rapport avec la prédation en nature (toute la phase de recherche et du choix de la proie étant absente), ces résultats restent tout de même encourageant.

Actuellement, elle se porte bien : son poids est passé de 4 kg fin Juin, à 14 kg fin Février 2002, pour une hauteur de 50 cm au garrot. D'un point de vue comportemental maintenant, FETA considère le soigneur comme sa mère et a donc, vis-à-vis de lui, des comportements "normaux" : jeux, soumission, marquages de reconnaissance et absence totale d'agressivité. On ne peut pas dire si ce lynx sera relâché un jour. La décision sera prise avec les partenaires concernés si son comportement est jugé compatible avec une réadaptation en milieu naturel.

Sources :

  • La Voie du Loup n°12 (2002).
  • Bulletin d'Information n°7 (1er semestre 2001) et 8 (2ème semestre 2001) du Réseau Lynx - ONCFS.

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