Page dernièrement modifiée le 11 Décembre 2006

RECUEIL, ELEVAGE ET LACHER D'UN JEUNE LYNX RETROUVE ORPHELIN DANS LE JURA - 13/07/2006

Tout commence dans la nuit du 24 au 25 juillet 2005. Un jeune lynx mâle de 8 semaines a été découvert affaibli et couvert d'oeufs de mouches par des automobilistes sur la route entre Matafelon et Thoirette (Ain). Il était apparamment séparé de sa mère depuis plus de 48 heures. Il aurait tout à fait pu être victime d’une collision routière ou mourir de faiblesse. Heureusement, les découvreurs ont eu la bonne idée de le récupérer et de le confier à un vétérinaire qui a pu prodiguer les premiers soins d’urgence et a contacté le centre Athénas dès le lendemain matin pour la prise en charge.

Dans un premier temps, il a été placé en observation durant 5 jours dans l'infirmerie du centre. Sous couverture antibiotique, il y a été vermifugé et adapté sous surveillance à sa nouvelle alimentation : consommant déjà de la nourriture carnée, il a été d'emblée alimenté uniquement avec des proies mortes de petite taille, afin d’éviter une familiarisation.

Quelques photos de ce jeune lynx de 2 mois lors de son arrivée au centre Athénas.

Photos : © Centre Athénas - trouvées sur le site http://www.protectiondesoiseaux.be/content/view/484/84/

Il s'agit du huitième individu de l'espèce récupéré par le centre (le seul en France à être habilité et à disposer d’un tel équipement). Il a donc pu bénéficier de la somme d'expériences recueillies en la matière et notamment du protocole d'élevage élaboré lors de l’arrivée de Féta (jeune lynx non sevré) en 2001 en collaboration avec l’ONCFS et mis en place à cette occasion. Il a été baptisé Mataf, en raison de sa localité d’origine

Cependant, il existe des différences notables entre ces deux individus, qui ont permis de rendre le pronostic de relâcher de Mataf plus favorable que pour Féta. Premièrement, Mataf est arrivé sevré. Ensuite, il a pu évoluer à partir du mois de septembre et jusqu’en mars dans un box de grande taille (200 m3) en compagnie d'un autre lynx dénommé Ludmilla. Cette femelle lynx non relâchable et vraisemblablement originaire de Russie avait été saisie en région parisienne. Mataf a été présenté à Ludmilla par crottes et odeurs interposées, afin qu'ils se familiarisent l'un à l'autre progressivement. Dès le départ en contact vocal, chacun disposait ainsi avant la confrontation de la carte d’identité sonore et olfactive de l’autre.

Ce jeune lynx a donc pu développer un comportement social intraspécifique avec cette femelle qui, sans être un réel substitut maternel, lui a permis de conserver un comportement équilibré et de conserver un crainte et une inhibition importante en présence de l’homme. Ainsi, lors de chaque entrée dans son box, l’animal fuit s’il est au sol, se tapit en hauteur, essaie de passer inaperçu et, au final, feule lorsque la proximité est trop grande (moins de 3 m).

Son alimentation a été composée principalement d'animaux morts : rats, ragondins piégés et chevreuils victimes de collisions routières. Mais des lapins de garenne vivants lui ont également été proposés entre janvier et avril. Bien que cette proie ne constitue pas l’ordinaire du lynx en France, sa vélocité et ses fréquents changements de direction constituent en revanche un bon entraînement pour le maintien de la forme physique et la rapidité de capture par anticipation des mouvements d’une proie. Il est bien entendu que cet entraînement ne prétend pas remplacer l’expérience acquise dans la nature pour la recherche de proies, mais il peut contribuer à y pallier partiellement en développant certains aspects du comportement de prédation (réactivité, rapidité).

Le centre Athénas a sollicité des services de l’Etat, le 20 janvier 2006, pour une réunion de concertation devant définir collégialement les modalités de remise en liberté de Mataf. Le 20 février, la DIREN lui répondait en lui demandant de présenter une projet de lâcher (site, modalités, suivi, opérateurs). Athenas a donc proposé de relâcher l’animal sur un site déjà occupé par l’espèce, exempt d’élevage ovin et ou une femelle adulte a été victime cet hiver de collision routière (Massifs de la Joux Devant et du Mont Noir), et de l’équiper d’un collier Argos-GPS permettant de suivre ses déplacements durant 12 mois et le cas échéant de le recapturer en cas de problème quelle qu'en soit la nature. Ce projet, soumis aux services de l’Etat le 23 mars (un mois a été nécessaire pour réunir les différents éléments techniques, et obtenir l'agrément du centre Argos pour le suivi) est actuellement toujours à l’étude au Ministère de l’Ecologie qui a déclaré devoir saisir le CNPN (Conseil National de Protection de la Nature, instance consultative regroupant scientifiques et représentants d’associations) dont l'avis est requis, mais ne l'a toujours pas fait.

1° photo : Mataf à 6 mois - 2° photo : Mataf et Ludmilla.

Photos : © Centre Athénas - trouvées sur le site http://www.athenas.fr/article.php3?id_article=48

Le centre Athénas souhaitait qu'en cohérence avec les décisions prises en 2001, et dans leur continuité, afin de valider de manière définitive ce protocole de remise en liberté de jeunes lynx orphelins, les autorités fassent preuve de rapidité et de volontarisme en se prononçant pour la remise en liberté de cet animal protégé issu du massif jurassien dans des délais compatibles avec les impératifs biologiques de l'espèce, c'est à dire prenant une décision avant le 25 mai.

Aux dernières nouvelles, la réunion que la DIREN nous avait demandé d'organiser à sa place (en proposant au centre Athénas la date et l’heure) a été boudée par l’ensemble des services de l’Etat (Préfecture, DIREN, DDAF) qui ne se sont ni excusés ni présentés.

De ce fait, le centre Athénas considère à juste titre que si l’administration n’a pas jugé utile de répondre, c’est que le relâcher d’un animal quelle qu'il soit (lynx, buse ou pinson) ne nécessite pas une autorisation supplémentaire pour un centre de sauvegarde qui, déjà habilité en vertu de l’arrêté du 11 septembre 1992 et de celui du 22 décembre 1999 , est autorisé à détenir des spécimens sauvages uniquement aux fins de réhabilitation et relâcher, et à les transporter dans ce but. Ces autorisations, en ce qui concerne Athénas, ont été délivrées après avis du CNPN, pour le lynx notamment et les 37 autres espèces sensibles pour lesquelles les autorisations sont de la compétence de l’administration centrale. Soumettre ce type de relâcher à une nouvelle autorisation au cas par cas en fonction des pressions de lobbys cynégétiques constituerait un abus de pouvoir et la remise en cause de l’activité et de l’objectif même des centres de sauvegarde.

Le centre Athénas est par ailleurs conforté par de nombreux soutiens locaux (élus et population). Le relâcher aura donc lieu.

Le Centre Athénas a reçu, vendredi 30 juin 2006, l’autorisation du Ministère de l’Ecologie de relâcher le jeune lynx Mataf dans le Jura avant le 31 juillet. Le Centre remercie particuliers, associations et élus pour leur soutien. Mais pour que le jeune lynx ne soit pas exposé à des gestes inconsidérés de chasseurs extrémistes, les date et lieu de lâcher seront tenus secrets, au moins pendant quelques temps. Malheureusement, Mataf ne sera finalement pas équipé pour le suivi Argos (non engagement de l’Etat et de toute autre collectivité dans le financement du suivi). Il sera néanmoins équipé d'un émetteur radio VHF pour pouvoir être suivi télémétriquement. Le suivi avait deux objectifs : surveiller les conditions de la réinsertion, anticiper d’éventuels problèmes en se réservant la possibilité de procéder à une recapture et contribuer à la connaissance de l’espèce par un suivi de long terme.

Le relâcher a eu lieu dans un massif forestier du plateau du Jura, le 13 juillet au soir (dès réception du collier VHF).

Entre le 14 juillet et le 8 août, Mataf s’est déplacé normalement : stationnement durant 4 à 7 jours sur une zone restreinte, puis déplacement de quelques kilomètres, ce qui pouvait être interprété comme des décantonnements successifs après consommation d’une proie. Il a ainsi occupé quatre zones différentes, et a pu être observé de manière furtive à trois reprises pendant cette période. A chacune de ces observations, il a manifesté un comportement normal, à savoir fuite, évitement et dissimulation. La recherche de restes de proies n’a pas donné de résultats probants, compte tenu de la densité ducouvert forestier et de la topographie (terrain très accidenté), mais la découverte d’une crotte présumée de lynx (confirmation ADN à suivre) comportant des poils de mustélidés et/ou de rongeurs avait laissé espérer un comportement de prédation normal. Toutefois, à partir du 9 août, des déplacements linéaires, y compris diurnes ont donné à penser qu’il ne s’alimentait pas normalement. Ceci a été confirmé par des observations directes mettant en évidence un affaiblissement important, ainsi qu’une vigilance et une réactivité réduites.

Il a donc été décidé de procéder à la recapture de Mataf, ce qui a été fait le 17 août par l’ONCFS et Athénas. Après avoir été tranquillisé, il a fait l’objet d’un examen vétérinaire. Mis à part la perte de plus de 6 kg (il est passé de près de 18 à près de 11 kg), une gale auriculaire et une cinquantaine de tiques, il ne présentait pas de dommage irréversible. Une traîtement approprié lui a permis de reprendre une corpulence normale. Il est maintenant en attente de son transfert dans un établissement zoologique.

Sources :

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