Page dernièrement modifiée le Lundi 4 Août 2008
| STATUT
ET EFFECTIFS DU LYNX DANS LES ALPES FRANCAISES |
On ne peut pas vraiment parler de population dans les Alpes, puisque le lynx n'occupe pas une aire de présence continue, mais seulement une dizaine d'îlots répartis sur l'ensemble du massif.
En clair, depuis le début des années 2000, il semble que de petits noyaux de population fonctionnels démographiquement se soient formés dans les grands massifs forestiers des Préalpes du Nord (montagne de l'Epine, Chartreuse, Bauges...) en connexion avec la population du Jura, ainsi qu'en vallée de la Maurienne. Pour la période 2005-2007, un autre noyau est peut-être en cours de formation dans le massif du Vercors.
Le reste du massif alpin (Alpes internes du Nord, Alpes et Préalpes du Sud) est fréquenté de manière beaucoup plus discontinue. Très rares sont les secteurs où des indices sont retrouvés une année sur l'autre (voir : Territoires concernés dans les Alpes).
Avant de parler du statut de la population, parlons un peu de l'origine de ces lynx ou, au moins, des pionniers. Actuellement, on pense que cette population est issue de la population jurassienne, avec qui il existe une connexion démographique très probable, mais peut-être aussi de la population des Alpes suisses (canton du Valais limitrophe au département de la Haute-Savoie).
Depuis quelques années, on constate que l'aire de présence du lynx est quasi-continue du Jura au massif de la Chartreuse, par l'intermédiaire de plusieurs massifs forestiers situés entre l'Ain et la Savoie (Montagne de l'Epine, Mont du Chat et Montagne de Charvaz, Grand Colombier...). Plusieurs observations en témoignent. De même, il existe surêment un deuxième corridor naturel de circulation, entre les Hauts Plateaux du Jura (Grand Crêt d'Eau) et le nord-ouest de la Haute-Savoie, par l'intermédiaire de la montagne du Vuache. Deux observations en témoignent également. Ces informations confirment aussi le fait que le Rhône et les autoroutes ne semblent pas être un obstacle à la colonisation du lynx, du Jura vers les Alpes.
D'après la Note d'information sur le suivi de la population de lynx en France et le statut de conservation de l'espèce en 2003, réalisée par l'ONCFS - CNERA PAD - Equipe Loup & Lynx, l'effectif alpin français était estimé à une trentaine d'animaux en 2003.
Pour estimer les effectifs de lynx dans les Alpes françaises, on a retenu l'ordre de grandeur des études suisses sur la densité de lynx comme valeur minimale, à savoir 1 adulte sédentarisé par 100 km² et 1,4 lynx (adulte + jeunes) par 100 km². La plus forte valeur (1,4 / 100 km²) est appliquée aux zones de présence régulière de l'espèce depuis 1993, où la reproduction est supposable. Ailleurs (zones de présence irrégulière depuis 1993 ou nouvelles zones de présence depuis 1999), sans preuve de présence régulière, la reproduction n'est pas envisagée et on retient seulement le chiffre 1 / 100 km².
3 estimations sont envisagées par les scientifiques de l'ONCFS :
Essai d'estimation de l'ordre de grandeur de l'effectif de lynx dans les Alpes françaises en 2003 (Source : Note d'information sur le suivi de la population de lynx en France et le statut de conservation de l'espèce en 2003 - ONCFS - CNERA PAD - Equipe Loup & Lynx) :
| Superficie de l'aire de présence | Nombre de lynx estimés (arrondi à l'unité inférieure) | |
|---|---|---|
| Aire de présence constatée régulièrement depuis 1993 |
243 |
3 |
| Aire de présence constatée irrégulièrement depuis 1993 | 2619 |
26 |
| Aire de présence constatée seulement depuis 1999 |
2817 |
28 |
| Total |
5679 |
57 |
En 2007, une nouvelle estimation de la population a eu lieu. Le principe consiste à combiner les surfaces de présence mesurées avec une densité théorique de référence. Les valeurs de densités utilisées sont issues de Breintenmoser-Würsten et al. (2007), qui indiquent qu'en zone de présence régulière, des adultes, des jeunes de l’année et des sub-adultes sont présents. Ces auteurs ont mesurés dans le massif jurassien une densité de 1,1 à 1,6 pour 100 km². Appliquées aux superficies régulières détectées, on obtient pour le massif alpin français un ordre de grandeur d’effectifs de 15 à 22 animaux.
Cette révision de l'estimatin des effectifs, revue à la baisse par rapport à 2003, semble plus proche de la réalité.
La petite population des Alpes françaises restera vulnérable tant qu'elle n'occupera pas une vaste aire de présence compacte et continue sur l'ensemble du massif. De plus, de nombreuses voies de communication (autoroutes, chemins de fers) isolent de plus en plus les différents massifs forestiers alpins ou préalpins.
Pour l'instant, aucun cas de braconnage avéré n'est connu dans le massif, mais il est probable que des lynx soient déjà tombés sous les balles de braconniers.
Nombre de cas de mortalité et de reproduction détectée dans les Alpes françaises depuis le retour de l'espèce (Source : Bulletin d'Information n°11 - Année 2004 - du Réseau Lynx) :
| Années |
Nombre
de cas de mortalité détectée dans les Alpes |
Nombre
de cas de reproduction détectée dans les Alpes |
| 1976 |
1 |
- |
| 1982 |
1 |
- |
| 1987 |
- |
1 |
| 1988 |
2 |
2 |
| 1989 |
- |
- |
| 1990 |
2 |
3 |
| 1991 |
- |
1 |
| 1992 |
- |
- |
| 1993 |
- |
1 |
| 1994 |
- |
- |
| 1995 |
- |
1 |
| 1996 |
- |
- |
| 1997 |
- |
- |
| 1998 |
- |
1 |
| 1999 |
- |
- |
| 2000 |
- |
- |
| 2001 |
1 |
3 |
| 2002 |
- |
1 |
| 2003 |
- |
3 |
| 2004 |
- |
2 |
| Total |
7 |
18 |
Actuellement, un noyau démographique fonctionnel semble se dessiner dans le nord des Alpes, principalement dans les massifs préalpins.
Cet noyau s'étend sur le massif de la Chartreuse (Isère / Savoie) contigüe avec la montagne de l'Epine (elle-même en connexion directe avec les massifs forestiers jurassiens), le massif des Bauges (Haute-Savoie / Savoie), le massif de Bornes-Aravis (Haute-Savoie), mais aussi la basse et moyenne vallée de la Maurienne (Savoie). Les rares cas de reproduction rapportées par le Réseau lynx sur le massif alpin français proviennent essentiellement des Alpes du Nord (Haute-Savoie, Savoie et Isère).
Pour la période triennale 2005-2007, un autre noyau semble se former dans le massif du Vercors (Isère / Drôme), en tout cas dans sa partie orientale.
Il est fortement probable que ce petit noyau de population ait permis à l'espèce de s'étendre plus au sud.
Justement, l'espèce est également présente dans les Alpes et les Préalpes du Sud, dans les Hautes-Alpes, les Alpes-de-Haute-Provence et le nord du Var. L'espèce est pour l'instant absente des Alpes-Maritimes. Toutefois, à la différence des Alpes du Nord, il n'y a aucune récurrence des indices de présence une année sur l'autre, hormis dans quelques secteurs des Hautes-Alpes (la vallée de la Clarée et le Champsaur principalement). De plus, les indices sont très isolés spatialement dans les Alpes du Sud, si bien qu'aucun noyau de population ne peut être décrit.
Pour plus de renseignements sur les territoires occupés par le lynx dans les Alpes françaises, voir la page : Territoires concernés dans les Alpes.
Pour conclure, s'il semble se dessiner la constitution d'une structure démographique autonome et viable dans certains massifs du nord des Alpes, ceci est sans nul doute permis grâce à l'apport d'individus de l'actif noyau jurassien. Ces immigrations sont facilitées par les nombreux corridors forestiers entre les deux massifs, constitués par les prolongements forestiers du massif jurassien vers les Alpes, comme on l'a vu plus haut. Il convient donc de veiller à la préservation de ces secteurs forestiers et sauvages.
Enfin, la formation (peut-être en cours) d'un petit noyau de population dans le Vercors serait sans doute une excellente chose pour la colonisation de la partie sud des Alpes.
| Sources :
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