Page mise en ligne le 12 Février 2005 - Page dernièrement modifiée le Dimanche 20 Novembre 2005
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VIE ET BIOLOGIE DE LA MARTRE |
Nous parlerons donc de la vie et de la biologie de la martre, à travers plusieurs paragraphes :
| DESCRIPTION |
La martre fait partie de la famille des mustélidés. De taille moyenne, elle présente un corps étroit et allongé, qui se termine par une longue queue touffue. La longueure de la tête et le corps de l'animal varie entre 42 à 48 cm de longueur, tandis que la queue mesure 19 à 26 cm de longueur. Le poids varie entre 800 et 1600 grammes. Par ailleurs, le mâle est légèrement plus grand et plus lourd que la femelle et sa tête est plus développée. Digitigrade, la martre possède 5 doigts avec griffes semi-retractiles, à chaque patte. Elle évolue en bonds en s'arrêtant régulièrement et se dresse alors sur ses pattes arrières
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Martre en pleine forêt. Photo : © Vincent Munier - www.vincentmunier.com |
En fonction de la saison et du biotope, le pelage de la martre varie du brun clair roussâtre, au brun foncé. En été, la martre est plus claire qu'en hiver. Mais d'une manière générale, les pattes et la queue sont noirâtres, tandis que les oreilles sont bordées d'un liseré clair. La martre possède une bavette se terminant généralement en pointe, de couleur jaune-crème à jaune-orangé.
La martre et la fouine sont deux espèces voisines extrêmement proches. Habituellement, on différencie morphologiquement ces deux espèces par leur bavette : celle de la fouine est blanche et se termine par une "fourche" descendant sur les membres antérieurs. Cependant, ce critère n'est pas fiable puisque des matres aux plastrons très pâles existent, tandis que des fouines peuvent présenter un jaunissement passager de leur bavette. Les critères morphologiques externes les plus fiables restent la couleur de la truffe (brun-noir chez la martre, rose chez la fouine), la taille des oreilles (beaucoup plus longues et plus larges chez la martre) et le dessous des pattes (longs poils sous la plante des pieds chez la martre). Par ailleurs, son pelage est beaucoup plus dense et épais, car mieux adapté aux rigueurs de l'hiver. La martre est enfin plus légère et plus haute sur patte que la fouine (elle paraît donc moins trappue que la fouine). Mais les principales différences sont d'ordre ostéologique (os pénien, plus court chez la martre) et dentaire (détails de la mâchoire inférieure et des 3ème et 4ème prémolaires supérieures).
La longévité maximale de la martre est de l'ordre d'une quinzaine d'années, mais la majorité des individus ne dépasse pas l'âge de 3-4 ans selon une étude écossaise. Ses principaux prédateurs naturels sont le lynx boréal, l'aigle royal et le hibou-grand-duc.
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| MODE DE VIE |
La martre établit son refuge dans des gîtes qui se situent soit en hauteur, généralement dans les arbres mais parfois aussi dans des falaises, soit au niveau du sol. Ces deux types d'abris sont alternativement utilisés selon le climat et la saison. Très importants dans la vie d'une martre, les gîtes sont des lieux de repos, de reproduction et d'élevage, qui doivent protéger la martre des intempéries, des prédateurs mais aussi des concurrents.
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Martre surprise en Forêt d'Orléans. Photo : © Patrick Lenté - www.chassephoto.com |
Généralement, lors de l'élevage des jeunes et à la belle saison, elle préfère s'établir dans les arbres, à plus de 4 mètres du sol, dans d'anciens nids d'oiseaux (rapaces ou corvidés), d'écureuil, dans des trous de pic vert ou de pic noir (peut se faufiler dans des trous de 8 cm de diamètre !), dans des cavités d'arbres creux voire dans un nichoir à chouettes. Au contraire, en hiver, notamment lorsque la neige est présente au sol, la martre trouve refuge sous des arbustes, un arbre allongé au sol ou une souche, dans un amas de branches, un lapiaz sur terrain calcaire, un pierrier ou un terrier (renard, blaireau, marmotte).
Habituellement, l'animal adopte un gîte préexistant, abondonné par une autre espèce. Ces gîtes provisoires sont peu aménagés, précaires et sporadiques. L'animal en change très souvent : une même martre a par exemple utilisé une trentaine de gîtes en 6 mois. S'il existe des abris de passage, utilisés qu'une seule fois, d'autres sont utilisés plus régulièrement. C'est ici que la martre y élèvera ses jeunes et y stocke sa nourriture.
La martre est une excellente grimpeuse. Elle évolue dans les arbres avec discrétion, rapidité et virtuosité. Lors de sa chasse à l'écureuil, elle court sur les branches et bondit d'arbre en arbre en faisant des sauts de plusieurs mètres de long (jusqu'à 4 m). Ses pattes peuvent saisir les branches comme une main. Par ailleurs, ses griffes lui permettent de grimper sur des surfaces presque lisses et verticales.
Mais malgré toutes ses facultés, la martre évolue surtout au sol par succession de bonds. Par exemple, une femelle pisté en février par Marchesi a parcouru une distance de 7 km, dont 95% au sol. Les pattes postérieures se posent sur les pattes antérieures, laissant une marque de 4 cm de diamètre dans la boue (dans la neige, les empreintes sont plus grandes que sur la boue à cause de la pilosité des surfaces plantaires). Les empreintes de la martre sont groupées par deux, avec des bonds de 10 cm à 1 m (60 à 80 cm généralement), plus courts dans la neige que sur sol dur. Généralement, au cours de ses déplacements directs, elle va d'arbre en arbre en s'arrêtant souvent à la base de chacun. En chasse, elle évolue par contre en zigzags.
De même, comme tous les autres mustélidés, la martre est une bonne nageuse.
La martre est moins crépusculaire et nocturne que sa proche cousine la fouine. En été, saison où elle est la plus active (excitation du rut et émancipation des jeunes), elle peut même devenir partiellement diurne. En hiver cependant, elle devient strictement nocturne (1% d'activité diurne en hiver, d'après une étude française) et contrairement à la fouine, ne diminue pas ses activités avec l'abaissement de la température : une martre a été suivie par Marchesi, sur plusieurs kilomètres par -40°C. En dehors de la période de reproduction, les martres sont solitaires et semblent plus remuantes lorsque la nourriture est rare.
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| BIOTOPE ET DOMAINE VITAL |
Contrairement à la fouine, la martre n'est pas rupicole et évite le voisinage de l'homme.
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Forêt montagnarde du Massif Central (Haute-Loire), biotope typique de la martre. Photo : © Mathieu Krammer - juillet 2004 - Haute-Loire. |
La martre est un animal uniquement forestier. En effet, la forêt, de préférence âgée, lui procure le gîte (nombreuses cachettes efficaces contre les intempéries) et le couvert. La martre fréquente indifféremment les forêts mixtes que de conifères, mais évitent les forêts pures de feuillues. Elle apprécie la futaie et préfère les bois tendres (sapin, épicéas) aux bois durs (hêtre, érable, bouleau). Enfin, elle fréquente indifféremment les forêts de plaine et les forêts de montagne.
En montagne justement, elle habite les forêts mixtes ou de conifères, jusqu'à leur limite supérieure (très rarement au delà de 2200 mètres).
Très localement, la martre peut s'approcher de zones agricoles et urbanisées, à condition que soient présentes de vastes zones boisées en connexion avec de grands massifs forestiers. De même, il apparaît que la martre utilise aussi les régions de bocages.
Enfin, la martre ne fréquente jamais les milieux ouverts et n'y chasse pas. Si elle effectue quelques déplacements en zones ouvertes, ils sont généralement inférieurs à 50 mètres et ont toujours lieu la nuit.
La martre possède un domaine vital beaucoup plus grand que celui des autres mustélidés. Par radiopistage, on a pu trouver des surfaces de 9 à 20 km² pour les mâles et de 2.5 à 4.5 km² pour les femelles. Par ailleurs, le domaine d'un mâle englobe celui de plusieurs femelles. La martre circule beaucoup, parfois plus de 20 km en une nuit pour un mâle (moyenne de 5-7 km).
Globalement, on a constaté que : seuls les adultes sexuellement matures possèdent un domaine vital fixe ; les limites de ce domaine coïncident souvent avec les barrières naturelles du biotope ; la taille de ce domaine est beaucoup plus faibles dans les régions riches en rougeurs.
Cette espèce semble territoriale, même s'il existe des recouvrements partiels de domaines vitaux d'individus du même sexe. Les martres marquent leur territoire à l'aide d'urine, de crottes et de sécrétions glandulaires, principalement de mars à octobre.
Enfin, en France, la densité moyenne est de 0,77 individu au km², mais peut atteindre 1,9 animaux au km² lors de la sortie des jeunes.
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| NOURRITURE ET TECHNIQUE DE CHASSE |
La martre possède un régime alimentaire très éclectique, dont un quart est composé de végétaux.
Trois grandes catégories d'aliments sont consommés, de manière plus ou moins régulière selon les saisons :
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La forte prédation de la martre sur les populations d'écureuil semble être une légende... Photo : © Fabrice Cahez - www.fabricecahez.com |
La martre commence par dévorer la cervelle et les viscères, puis s'attaque aux muscles. Contrairement à la croyance populaire, elle ne boit pas le sang.
Loin d'être la chasseresse volontier décrite, la martre ne consomme que 150 grammes de nourriture par jour.
Son régime alimentaire varie beaucoup selon les saisons.
A l'occasion, la martre se nourrit de lombrics et de charognes.
Alors que la martre est considérée par de nombreux auteurs comme le principal prédateur de l'écureuil, il semble que ce ne soit plus le cas en France à l'heure actuelle. En effet, il ne représente que 2% du menu de la martre dans le Jura et la Bourgogne. Il est même totalement délaissé par la martre, dans de nombreuses régions où il est pourtant bien présent. La prédation exercée sur l'écureuil ne peut donc le faire disparaître. Au contraire, la martre assure la bonne santé de l'espèce en éliminant surtout des animaux affaiblis pour diverses raisons (maladies, accidents). Elle joue donc un précieux rôle sanitaire en prévenant les épizooties (au milieu du XXème siècle, lorsque la destruction de martres devint très importante, une épidémie se propagea et réduisit considérablement les populations d'écureuils ...).
Concernant les zones de chasse, les femelles recherchent leur nourriture en explorant les terrains riches en proies de manière intensive. Ce parcours est très variable d'un jour à l'autre. Au contraire, les mâles n'ont pas de zone de chasse bien précises et parcourent donc de grandes distances au sein de leur domaine.
Les techniques de chasse de la martre sont nombreuses : repérage et traque des proies en suivant leurs traces, affût près des gîtes des petits mammifères, attaque des oeufs, des poussins voire des adultes dans leur nid...
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| REPRODUCTION |
Le rut a lieu en été, entre la mi-juin et la fin-août suivant les individus, même si la majorité des accouplements ont lieu vers la mi-juillet. Il dure 4 à 6 semaines. Le mâle est polygame et la femelle peut s'accoupler avec plusieurs mâles différents. Les parades sont accompagniées de quelques luttes et poursuites, avec des manifestations vocales des animaux communiquant entre eux : feulements, grognements, couinements, caquettements... La femelle est en chaleur plusieurs fois, pendant un à deux jours, tous les 3 à 17 jours.
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Jeune martre orpheline rencontrée par un groupe de randonneurs dans une forêt des Alpes-de-Haute-Provence, en mai 2004. Photo : © Dominique et Alain Bon - adbon.free.fr |
Tout comme le blaireau, la martre présente une ovoimplantation retardée, c'est-à-dire qu'après la fécondation, le développement de l'ovule est stoppé (au stade de blastocyte). L'implantation dans la muqueuse utérine se fait 220 à 240 jours après l'accouplement et après la nidation, la croissance de l'embryon est très rapide : 27 à 45 jours seulement.
La femelle met au monde deux à sept jeunes, généralement en avril, parfois dès la mi-mars, dans son gîte (voir : Mode de vie). Ce gîte sera, pour l'occasion, aménager par la femelle qui y apportera de la mousse ou des feuilles afin de le rendre plus confortable. Aveugles et partiellement poilus, les petits peuvent peser jusqu'à 30 g à la naissance, 200 g au bout d'un mois de vie (les mâles sont déjà 15% plus gros que les femelles). Ils ouvrent les yeux vers 30 jours et sont allaités pendant 45 jours environ.
Le mâle ne s'occupe pas de la portée et c'est la femelle qui déplace ses petits d'un gîte à l'autre en cas de dérangements ou de perturbations lors des deux premiers mois.
Quand les jeunes sont âgés de 6 semaines, la mère commence à leur amener de la nourriture solide. Commencant à sortir de leur gîte un peu avant 2 mois, ils ne sont vraiment actifs qu'à plus de 3 mois.
Les jeunes martres se dispersent à la fin de l'été, parfois loin de leur lieu de naissance (40 km). Ils ont déjà leur taille adulte à cette période, mais ne seront mâtures qu'à la fin de leur deuxième année ou dans leur troisième. Dans une population de martre, les jeunes de moins d'un an représentent 45 à 60% de l'effectif, tandis que les adultes sexuellement mâtures ne forment que 28% de cet effectif en moyenne. Enfin, le sex-ratio est à l'avantage des femelles en période de nourriture abondante, alors qu'il est à l'avantage des mâles en période de disette. Lors de la regression des micro-mammifères, le sex-ratio initialement de 1/1 peut passer à 11 mâles pour 3 femelles ! Cependant, la martre, de part son eclectisme, est beaucoup moins sensible aux regressions des effectifs de rongeurs qu'un prédateur spécialiste tel que l'hermine par exemple.
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Sources :
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Copyright © 2001-2007 - Mathieu Krammer - Tous droits réservés