Page mise en ligne le 3 Octobre 2007 - Page dernièrement modifiée le Samedi 6 Octobre 2007
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MOINS TROIS OURS, EMPOISONNES, RETROUVES MORTS DANS LES ABRUZZES (Italie)
- 06/10/2007
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L'ours Bernard retrouvé mort dans les Abruzzes. Photo : © Parc National des Abruzzes. |
Trois ours ont été retrouvés morts empoisonnés dans le Parc national des Abruzzes, au centre de la péninsule italienne. Deux autres ours auraient peut-être aussi été empoisonnés.
Le 30 septembre 2007, un premier ours, Bernard - un mâle adulte de 9 ans équipé d'un collier émetteur - est retrouvé mort sur la commune de Gioia di Marsi. Le lendemain, à un kilomètre de là, c'est une ourse adulte de 5 ans qui est retrouvée sans vie, puis quelques jours plus tard, toujours dans la même zone, un jeune ours d'un an.
Par ailleurs, selon le maire de la localité de Gioia di Marsi, un quatrième ours adulte aurait été tué et on aurait perdu les traces d’une femelle malgré son collier. Mais le Parc national n'a pas confirmé ces informations. Dans le même temps, deux oursons de l'année ont été retrouvés morts il y a environ un mois, mais d'une cause naturelle selon le Parc national.
Par ailleurs, trois sangliers et deux loups ont également été retrouvés morts début octobre, dans la même zone.
Selon le rapport du Parc, avant toute investigation, l'hypothèse de l'empoisonnement est la plus probable. "La répétition de ces cas de mortalité renforce la thèse d'un empoisonnement même s'il n'est pas exclu que ce soit accidentel et donc pas nécessairement lié à la volonté de supprimer Bernardo, considéré dans le passé comme un ours à problème", a indiqué Livia Mattei, biologiste et fonctionnaire du Parc.
Ces animaux sont morts après s'être nourris sur deux carcasses de chèvres, empoisonnées et jetées dans les bois. Le WWF Italie annonce que "le poison avec lequel les chèvres ont été contaminées pour éliminer les loups et les ours semble être de la strychnine".
Selon Aldo Di Benedetto, directeur du Parc depuis 5 ans, il s'agit d' "un avertissement lourd contre le Parc, une vengeance." Quant à la cause : "Il y a des éleveurs de bovins et ovins qui laissent des bêtes ici et qui empiètent l’espace et que nous sanctionnons. Il y a des chasseurs irrités parce que nous avons demandé et obtenu de réduire le calendrier de chasse dans des aires externes du Parc, justement pour protéger les ours". Le WWF Italie ajoute : "nous sommes convaincus qu’il y a des malfrats sans scrupules capables de se procurer facilement des substances dangereuses, de répandre des poisons sur le territoire, même près des habitations". "C’est de cette manière qu’ont été tués il y a quelques années 6 ours marsicains, des dizaines de loups et d’aigles royaux" commente Fulco Pratesi, président honoraire du WWF italien.
Le Service de Surveillance du Parc, conjointement au CTA du Corps Forestier de l’Etat et à la collaboration technico-scientifique des chercheurs de l’Université "La Sapienza" de Rome, conduisent l’enquête pour individualiser les éventuelles responsabilités. Ainsi, le 4 octobre, dans la localité Acquaventilata, les agents du Corps Forestier et gardes du Parc, plus de 50 hommes en tout, ont commencé l’exploration d’environ 1 200 hectares de forêts. Les opérations ont continué pendant plusieurs jours. "Nous sommes à la recherche, soit d’éventuels autres exemplaires de la faune qui pourraient être morts dans des circonstances analogues, soit d’éléments utiles à l’enquête." Les investigateurs n’excluent pas un recours possible aux analyses génétiques sur d’éventuelles traces humaines. "Même des mégots de cigarette pourraient être utiles à l’enquête s’ils sont trouvés dans un contexte particulier". Le résultat des analyses des premiers prélèvements effectués par le Corps Forestier de l’Etat dans la zone où ont été retrouvés les ours sont négatifs. On recherche des poisons comme la strychnine, ou des fongicides utilisés en agriculture.
Le Président du Parc national des Abruzzes, Giuseppe Rossi, invite les habitants à collaborer en fournissant d’éventuelles informations utiles pour l’enquête.
Ce dernier n'a pas caché sa colère en dénonçant "un fait inacceptable et incroyable. Dramatique et d’une gravité inédite. Un acte de barbarie indigne d’un peuple civilisé." Il poursuit : "la disparition de Bernard et d’une de ses compagnes, revenus dans le territoire montagneux de Goia dei Marsi représente une perte naturelle et culturelle incalculable pour le Parc, pour le pays et l’humanité entière. Un épisode qui doit alarmer et impliquer les Institutions, les populations du Parc et l’opinion publique. Un événement tragique qui survient à un moment crucial pour le Parc qui tente de redémarrer et de projeter son futur".
A l'image de la mort de Cannelle en 2004, cette hécatombe a eu un écho énorme en Italie. Selon le WWF, "ces actes doivent être traités pour ce qu’ils sont : des délits, et l’indignation de tous doit se transformer en action sur le terrain pour que de tels actes ne se reproduisent jamais plus".
Alors que tous les ours européens, de l'Espagne à la Finlande, de la Slovénie à la Roumanie, appartiennent à la même sous-espèce (Ursus arctos arctos), les ours indigènes des Abruzzes appartiennent à une sous-espèce différente (Ursus arctos marsicanus), uniquement représentée dans cette région de la Péninsule italienne. Les derniers ours de cette sous-espèce, qui sont désormais moins d'une cinquantaine, sont considérés comme étant en danger critique d'extinction.
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Sources :
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