Page mise en ligne le 10 Septembre 2008 - Page dernièrement modifiée le Mercredi 8 Octobre 2008

L'OURS BALOU TIRE ET BLESSE LORS D'UNE BATTUE AUX SANGLIERS EN HAUTE-ARIEGE - 07/09/2008

Dimanche 7 septembre 2008, vers 10h15, un ours a été tiré par un chasseur lors d'une battue aux sangliers, sur la commune de Prades (Ariège). La battue se déroulait au dessus du village, dans le massif de l'Ourza, en limite avec le département de l'Aude.

Balou photographié le 28 septembre 2008 (3 semaines après sa blessure) grâce à un appareil photo à déclenchement automatique.

Photo : © ONCFS / Equipe Technique Ours

Le chasseur a réalisé "un tir d'instinct" avant de se rendre compte qu'il avait en visé un ours et non un sanglier. Aussitôt, la battue a été stoppée et il a prévenu les gendarmes qui se sont rendus sur les lieux avec des agents de l'Equipe Technique Ours.

Les traces de sang trouvées au sol prouvent bien que l'animal a été blessé par le tir. L’examen des poils prélevés sur les lieux de l’accident ont par ailleurs confirmé qu’il s’agissait bien d’un ours. Concernant l'identité de l'animal blessé, les indications de télémétrie montraient la présence de l’ours Balou, mâle de 5 ans relâché en 2006 dans les Pyrénées, aux alentours du lieu du tir le matin même.

Dans un premier temps, une grande incertitude existait sur l'état de santé de cet ours. En effet, les traces de sang ne permettaient pas de connaître la gravité des blessures ni si la balle avait touché ou non un organe vital.

Heureusement, grâce à son émetteur, l'ours a été repéré lundi après-midi dans une forêt de la commune voisine de Comus (Aude), à une dizaine de kilomètres de Prades. Concernant la gravité de la blessure, Balou aurait été touché à la patte avant droite, qu'il ne peut pas poser au sol (via les relevés d'empreintes effectués sur place), mais qui ne l'empêche pas de se déplacer de plusieurs kilomètres.

Pour plus de précisions sur le suivi en cours de cet ours blessé lors des premiers jours, voici le communiqué de presse du 10 septembre de la Préfecture de Région Midi-Pyrénées :

" Suite au tir par balle sur un ours par un chasseur dimanche 7 septembre lors d’une battue au sanglier sur la commune de Prades en Ariège, d’importants moyens ont été mobilisés pour retrouver l’ours, déterminer la gravité de ses blessures et intervenir si nécessaire. Dès dimanche, l’examen des poils prélevés sur les lieux de l’accident confirmait qu’il s’agissait d’un ours et les indications de télémétrie montraient la présence de l’ours Balou aux alentours.

Lundi 8 septembre, une équipe de 10 personnes était sur la commune de Comus dans l’Aude où l’ours Balou avait été localisé à proximité de son gîte : des membres de l’Équipe Technique Ours et des services départementaux ariégeois et audois de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, accompagnés par deux vétérinaires. L’objectif était de localiser précisément l’animal à l’aide de l’émetteur dont il est équipé, de tenter de l’apercevoir afin de diagnostiquer son état et éventuellement d’effectuer une intervention vétérinaire pour le soigner. Dans l’après-midi, alors que l’ours avait été localisé précisément, l’équipe a tenté une approche : l’animal détectant cette présence humaine a quitté son gîte avant d’avoir pu être vu. L'observation de la zone n’a pas montré de traces de sang ou d’autres signes manifestes de blessure. Le suivi effectué grâce à son émetteur a indiqué qu’il a effectué alors un déplacement sur un à deux kilomètres. Compte tenu de ses éléments et après avis des experts présents, il a alors été décidé de ne pas prendre le risque d’une nouvelle approche.

Depuis, une équipe de cinq personnes reste sur le terrain et est chargée d’observer l’évolution de son comportement ; cette équipe de garde suit l’animal avec attention par télémétrie de proximité en évitant toute perturbation qui pourrait le mettre en danger. Pendant la nuit de lundi à mardi, son émetteur a montré qu’il était actif. Dans la nuit de mardi à mercredi, l’ours a effectué un circuit d’environ deux kilomètres. Son passage sur une zone de terrain plus meuble a permis de relever ses traces et de confirmer qu'il se déplace en ne posant pas la patte avant-droite. Ces dernières informations confirment que c'est bien l’ours Balou qui a été touché par un tir et qu'il serait blessé à une patte avant sans que cela ne l'empêche de se mouvoir. [...] "

En ce qui concerne le chasseur et les suites judiciaires de cette affaire, le procureur de la République de Foix a précisé que le chasseur avait été entendu par les gendarmes dans la journée "au titre de renseignement" mais qu’aucune enquête judiciaire n’avait encore été ouverte. "Tant que l’on ne sait rien sur l’état de santé de l’ours, il est difficile de parler d’infraction pénale. Si l’on découvrait l’animal mort, une enquête judiciaire pourrait être ouverte pour destruction d’espèce protégée", a poursuivi le procureur de la République le 7 septembre.

Actuellement, au 26 septembre 2008, Balou est toujours en vie. Aucun contact visuel n'a encore pu être établi depuis sa blessure, mais il est toujours suivi télémétriquement. Malgré sa blessure à la patte avant droite, il a un comportement normal, à la seule différence que ses déplacements nocturnes à la recherche de nourriture ont une amplitude plus faible qu'à l'acoutumé. Dans la journée, Balou vit retiré dans un secteur très escarpé des gorges et du massif de la Frau, entre les communes de Prades, de Montségur (Ariège), de Comus et de Belcaire (Aude), où son approche est impossible. Le 28 septembre, un appareil photo à déclenchement automatique installé sur la commune de Belcaire par l'Equipe Technique Ours a permis de prendre une photographie de Balou. Cette dernière confirme la blessure à la patte avant droite puisqu'elle est levée. La photo ne permet par contre pas d'évaluer l'état et la gravité de la blessure. Balou semble toutefois être en bon état.

Depuis sa blessure, l'Equipe Technique Ours cherche à capturer Balou pour connaître l'état de sa blessure et éventuellement lui prodiguer des soins. Toutefois, vu le secteur escarpé dans lequel il se trouve, la capture directe de l'ours (au fusil télé-anesthésique) est impossible pour sa propre sécurité. Balou pourrait en effet chuter gravement lors de la phase d'endormissement et mourrir. Pour le capturer, des pièges inoffensifs constitués d’appâts et de câbles en acier reliés à une alarme et attachés à un arbre ont été déposés dans des zones moins escarpées où l’animal risque de venir chercher de la nourriture.

Finalement, Balou n'ayant visité aucun des appâts disposés à son intention et se déplaçant chaque nuit, l'opération de capture a été provisoirement suspendue le 1er octobre 2008. Son suivi est toutefois maintenu en continu. Pour plus d'informations, voir l'actualité : Suspension de l'opération de capture de Balou.

Communiqué de presse de Pays de l'Ours-Adet du 7 septembre 2008 - " Pays de l'Ours – Adet portera plainte contre le chasseur qui a tiré sur l’ours Balou "

Tirer avant identification de la cible est une faute grave

Selon l’AFP, citant la Préfecture de l’Ariège, « vers 10H15 ce dimanche 7 septembre, lors d'une battue au sanglier sur la commune de Prades, un chasseur, voyant un animal passer, a fait "un tir d'instinct" et a réalisé ensuite qu'il s'agissait d'un ours ».

Il pourrait s’agir de Balou, un jeune mâle lâché le 2 juin 2006 à Arbas (Haute Garonne).

Si ce déroulement des faits est confirmé, c’est un acte d’une extrême gravité.

  • D’une part la disparition probable de cet animal fragilise le programme de sauvegarde de l’ours dans les Pyrénées, qui, bien qu’encore insuffisant, est par ailleurs un succès. En effet, le nombre d’ours est passé de 5-6 en 1995 à une vingtaine aujourd’hui ;
  • Mais surtout, le tir avant identification est un manquement grave aux règles éthiques et de sécurité les plus élémentaires pour un chasseur; il aurait pu tirer sur n’importe quoi, et même sur n’importe qui ! Il s’agit d’une faute inadmissible et inexcusable.

Nous déposerons une plainte contre ce chasseur pour destruction d’espèce protégée.

Une fois de plus, cet évènement met en évidence la fragilité de la population d’ours dans les Pyrénées. Nous renouvelons notre demande de relance d’un vrai plan de restauration d’une population d’ours dans les Pyrénées, incluant le lâcher d’un ou deux ours chaque année, jusqu’à ce que la population soit considérée comme viable par les scientifiques.

 

Communiqué de presse de FERUS du 8 septembre 2008 - " Balou : Ferus avait mis en garde les autorités ! "

L’ours Balou a été blessé par un chasseur, nous espérons bien sûr qu’il s’en remettra. Qu’on ne s’y trompe pas, ce triste événement est tout sauf un malheureux concours de circonstances.

Après la mort de Cannelle, puis celle de Franska, Ferus avait averti solennellement les pouvoirs publics : puisque les forêts pyrénéennes ne disposent pas de parcs nationaux ou de réserves dignes de ce nom, il convient au minimum d’encadrer les activités les plus perturbantes pour les ours, dont la chasse en battue, et de sanctionner ceux qui les tuent ou même les dérangent volontairement.

Ferus renouvelle toutes ses demandes, que l’affaire Balou rend encore plus pressantes. Il faut d’abord voter une loi qui réprime les tentatives de destruction d’espèce protégée, et qui de plus sanctionne sévèrement les perturbations intentionnelles. Nous allons porter plainte dans cette affaire mais, et c’est un comble, le tireur ne semble pas risquer gros si l’ours n’est que blessé.

Il faut ensuite cesser d’absoudre ceux qui tuent des ours et qui s’en sortent devant des tribunaux peu au fait des réalités de la nature et du monde de la chasse. Nous avions dit au gouvernement que renoncer à faire appel de l’acquittement du tueur de Cannelle, c’était délivrer un permis de chasse à l’ours. Cela n’a pas traîné, et peu importent les détails que nous ne connaissons pas tous à ce jour. Que les chasseurs aient organisé une battue alors que la présence de l’ours était connue serait une circonstance aggravante mais les chasseurs ne sont pas censés être avertis de la présence de chaque représentant de toutes les espèces protégées de France. Leurs dirigeants disent partout que les chasseurs doivent identifier avant de tirer, et dans le doute s’abstenir. L’expression "tir d’instinct" est scandaleuse, elle fait froid dans le dos si l’on songe aux risques d’accident avec des promeneurs. La seule attitude correcte pour un chasseur surpris, c’est de ne pas tirer.

Il faut enfin rétablir des espaces de tranquillité là où les femelles ont l’habitude d’élever leurs jeunes et de passer l’hiver, en interdisant dans ces espaces la chasse en battue avec des chiens courants en automne, avant l’entrée dans les tanières.

Si par malheur Balou ne devait pas survivre, Ferus réclamerait, conformément au programme qu’il a adopté avec ses partenaires associatifs et remis à Nathalie Kosciuzko-Morizet, son remplacement par deux animaux reproducteurs. Et de toute manière Ferus confirme sa demande d’un programme de soutien régulier des populations d’ours pendant des années, jusqu’à ce qu’elles aient atteint le seuil critique qui leur permettra de surmonter ces aléas malheureux.

 

Sources :

  • Edition régionale 19-20h de France 3 Midi-Pyrénées du 22/09/2008.
  • Communiqué de presse de la préfecture Midi-Pyrénées du 10/09/2008.
  • La Dépêche du Midi des 08-09-10/09/2008.
  • La Gazette ariégeoise du 08/09/2008.
  • Dépêches AFP des 07, 08 et 23/09/2008.
  • Site internet de FERUS.
  • Site internet de Pays de l'Ours-Adet.

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