Page dernièrement modifiée le 29 Octobre 2008

L'OURSE HVALA, TRAQUEE PAR DES CHIENS LORS D'UNE BATTUE AUX SANGLIERS, BLESSE UN CHASSEUR DANS LE VAL D'ARAN - 22/10/2008

Mercredi 22 octobre 2008, un groupe de 5 chasseurs organise une battue aux sangliers dans le Val d'Aran (Catalogne - Espagne), plus précisément dans la montagne de Portet, au dessus du village de Lès, à 1200 mètres d'altitude.

Vers midi et demi, les chiens dérangent et lèvent un ours, gîté pour la journée sous un rocher. Voici le commentaire d'un des chasseurs : "Il devait être à l’abri sous un rocher où l’on a trouvé des gâteaux de miel. L’herbe y était encore chaude. Ensuite, je crois que ce sont les chiens qui l’ont dérangé et fait lever. D’ailleurs, on en a perdu un." (La Dépêche du Midi du 24/10/2008).

Le plantigrade, qui s'avère être l'ourse Hvala toujours porteuse de son collier émetteur, croise alors à quelques mètres un de deux rabatteurs âgé de 72 ans.

Ce dernier crie pour effrayer l'ourse. Paniquée, elle le griffe à l'épaule et le mord au mollet avant de s'enfuir. Raccompagné à sa voiture puis transporté à l’hôpital de Vielha par ses collègues qui l'ont rejoint, le chasseur s’en tire avec quinze points de suture (sept au bras et huit au mollet).

L'ourse Hvala photographiée dans le Val d'Aran depuis un hélicoptère le 27 octobre 2008.

Photos : © Conselh Generau d'Aran

Les réactions ne se sont évidemment pas faites attendre.

Très rapidement, le président du conseil général d’Aran a réclamé la capture de tous les ours du Val d'Aran et leur retrait du territoire. L'organisation de battues, dont la finalité n'était alors pas précisée, était même annoncée.

La Généralidad de Catalogne a alors appelé au calme et a averti qu'avant de prendre une quelconque décision, il fallait analyser en profondeur les circonstances et les causes de cet accident.

L'émetteur intrababdominal de Hvala étant toujours fonctionnel à ce jour, l'ourse a rapidement été localisée à proximité du lieu de l'accident.

Depuis samedi, une trentaine d'agents de l'Environnement du conseil général d'Aran et de la Généralidad de Catalogne tente d'approcher l'ourse pour la capturer (au moyen de pièges et d'un fusil hypodermique). On précise qu'un biologiste est présent. Un hélicoptère est également mobilisé.

Lundi 27 octobre, une réunion regroupant notamment des représentants du Conseil général d'Aran et de la Généralité de Catalogne (ministère de l'environnement) devrait se tenir afin de discuter de l'avenir de cette ourse en cas de capture.

A la suite de cette réunion, la Généralidad indique qu'elle ne renonce pas au processus de réintroduction de l'ours dans les Pyrénées puisque il ne s'agit que d'un "incident isolé". Elle annonce également qu'une Equipe Technique va se constituer en Catalogne pour suivre au mieux la population. Par contre, le but avoué de cette équipe est aussi irréalisable techniquement que discutable éthiquement puisqu'il s'agit ni plus ni moins que d'équiper tous les ours catalans d'un émetteur afin de les suivre à la trace.

Par contre, le Conseil Général d'Aran (dont les différents groupes politiques ont adopté le 28 octobre une motion demandant le retrait des ours du Val d'Aran et l'arrêt du plan de renforcement de la population) s'engage toujours à capturer cette ourse. Alors qu'on pensait en savoir plus à l'issue de la réunion du 27 octobre, on est encore plus dans l'incertitude puisqu'on ne connait toujours pas les motivations réelles de cette capture, ni ce qu'il adviendra de Hvala une fois capturée.

Il semblerait que la Généralidad de Catalogne parle une capture pour un placement provisoire au Centre de la Faune Sauvage de Vallcalent, en Lleida afin de l'examiner et de l'équiper d'un nouveau collier émetteur, avant de la relâcher dans la nature ; au contraire le Conseil Général d'Aran envisagerait une capture pour un retrait définitif du milieu naturel... On est en droit d'être très inquiet.

Dans le même temps, depuis cet accident, des battues spontanées de chasseurs (certains armés) ont eu lieu. Ce sont d'ailleurs ces battues qui ont repoussé Hvala vers la frontière française, qu'elle a peut-être déjà franchi à l'heure qu'il est...

Enfin, d'après un article de La Vanguardia du 25/10/2008, un porte-parole de la secrétaire d'Etat française à l'Ecologie assure que la France n'a demandé "aucune garantie particulière" à l'Espagne concernant l'avenir de cette ourse, bien qu'elle rappelle que les ours jouissent de "la même protection légale de deux côtés des Pyrénées".

Avant de continuer sur ce sujet avec les réactions des associations environnementales, voici quelques éléments sur lesquels j'ai envie d'insister :

Suite au déchaînement médiatique qui s'en est suivi, les associations de protection de la nature et de l'ours ont réagi, tant sur le versant français qu'espagnol.

Plusieurs associations catalanes ont décidé de réagir fortement et de porter plainte si Hvala était capturée.

Communiqué de presse de FERUS du 24/10/2008 - " Un chasseur blessé par un ours : la réaction de Ferus "

Ce mercredi 22 octobre, un ours aurait attaqué un chasseur lors d’une battue au sanglier dans le Val d’Aran (Espagne). Nous attendons de plus amples informations.

Dans un premier temps, Ferus s’estime heureux que le chasseur n’ait pas été grièvement blessé et qu’il ait eu le bon réflexe de tirer en l’air pour éloigner l’ours.

Par ailleurs, nous pouvons d’ores et déjà signaler que l’ours, comme la très grande majorité des espèces animales sauvages, peut blesser un humain, notamment lorsqu’il est traqué. Des chasseurs blessés par des cerfs, des sangliers et même des chevreuils, il y en a pas mal chaque année ! En règle générale l’animal fait tout pour s’enfuir, d’ailleurs même l’ours malgré sa force ne s’en est pas réellement pris au chasseur, il l’a légèrement blessé et s’est enfui.

La chasse en battue est très perturbatrice pour l’ours ; les chiens des chasseurs peuvent déranger et être agressifs vis-à-vis des ours, notamment des oursons, ce qui entraîne une réaction de défense de la part des ours. Le chasseur attaqué il y a 2 jours le dit d’ailleurs lui-même : « je crois que ce sont les chiens qui l’ont dérangé et fait lever » (Source : La Dépêche du Midi du 24 10 08). Après la mort de Cannelle et l’ours Balou blessé, des zones de tranquillité sans battue sont décidément nécessaires.

C’est déjà arrivé par le passé avec les « anciens ours pyrénéens »

L’ours, même s’il peut vivre tranquillement près des villages, reste un animal craintif qui évite le contact avec l’homme. Il serait abusif d’utiliser cette attaque défensive pour agiter le spectre de la peur de l’ours. Ce n’est pas aussi une raison pour annoncer qu’on le tuera à la première occasion, ni qu’il faut enlever les ours de la montagne. Ou alors interdisons immédiatement le ski, l’alpinisme et la chasse qui tuent et blessent tellement de gens.

Non, l’ours fait partie de la nature, qui est belle mais n’est pas un jardin public, c’est pour cela que nous l’aimons.

L’ours a définitivement sa place dans les Pyrénées.

Rappelons que dans les Pyrénées, l’ours n’a jamais agressé sans raison un homme !

Ce qui ne signifie pas que l’ours ne puisse pas devenir menaçant dans des circonstances très particulières : une ourse défendant ses oursons, un ours acculé ou surpris à courte distance par exemple. Mais c’est également le cas de nombreuses autres espèces domestiques ou sauvages (chiens, taureaux, cerfs, sangliers…).

Notons que le 18 août dernier, un enfant de 10 ans a été grièvement blessé à la cuisse droite par une vache sur le plateau de Beille en Ariège et a du être transporté à l’hôpital par hélicoptère (source La Dépêche du Midi 19 août 08). Idem le 27 juillet à l’étang de Quérigut où un enfant de 3 ans a été piétiné par une vache qui a préalablement chargé la maman (source La Dépêche du Midi 28 juillet 08).

L’ours a généralement peur de l’homme et cherchera à vous éviter. En cas de rencontre, quelques recommandations :

  • ne cherchez pas à vous approcher de l’ours,
  • manifestez-vous calmement (bougez, parlez) pour l’aider à vous identifier,
  • éloignez-vous progressivement sans courir.

 

Réaction de Pays de l'Ours-Adet le 25/10/2008 sur son site internet - " Un ours blesse un chasseur dans les Pyrénées espagnoles : quelles leçons en tirer ? "

Comme à chaque accident homme – ours dans les Pyrénées depuis plus de dix ans, cela s’est produit avec un chasseur, lors d’une battue aux sangliers.

Jeudi 23 octobre, un ours a blessé un chasseur lors d’une battue au sanglier en Val d’Aran.

Comme à chaque accident homme – ours dans les Pyrénées depuis plus de dix ans, cela s’est produit avec un chasseur, lors d’une battue aux sangliers. Tous les chasseurs le savent, ce mode de chasse est accidentogène, pour la faune (y compris protégée), comme pour l’homme. Des chasseurs sont très régulièrement blessés, ou même tués, par des sangliers, des cerfs, voire même des chevreuils.

Ce jeudi 23 octobre, rien ne devait se passer, si ce n’est une rencontre homme-ours dans les Pyrénées, lors de laquelle chacun a pris soin de fuir l’autre. Une rencontre certes impressionnante, mais sans problème si ce n’est une belle peur.

Le témoignage du chasseur est formel : l’ours était passé, l’avait dépassé sans se soucier de lui, quand le chasseur a cru devoir l’effrayer pour qu’il parte plus vite … L’ours a interprété cette attitude comme une agression ; il s’est défendu, fort heureusement en ne blessant qu’assez légèrement l’imprudent.

Il est donc clair que l’ours n’a pas spontanément attaqué l’homme.

Il est important de rappeler ici les consignes en cas de rencontre avec tout grand mammifère :

  • Ne pas avoir de comportement agressif, ne pas chercher à approcher l’animal
  • Se signaler à l’animal, en l’interpelant calmement s’il n’a pas détecté votre présence
  • Quitter calmement le secteur en ménageant à l’animal une possibilité de fuite.

L’ours brun reste un animal craintif, fuyant l’homme, ne présentant donc pas plus de danger que tout grand mammifère sauvage (sanglier, cerf …) ou domestique (taureau, vache, cheval).

En cas de rencontre à courte distance, un comportement calme et respectueux permet d’en rester à une peur ... réciproque.

 

Réaction de l'association catalane "DEPANA" sur son site internet le 24/10/2008 - "DEPANA vol que els óssos continuïn al Pirineu"

Voici la réaction de l'association DEPANA (en catalan) : http://www.depana.org/noticiari/noticia104.html

 

Communiqué de presse de l'association espagnole "IPCENA" du 24/10/2008 - "Ecologistes de Catalunya denuncia públicament les mesures del Consell General d’Aran pel que fa a l’ordre de captura de l’ossa Hvala per part de la seva guarderia de medi ambient"

Voici le communiqué de presse de l'association catalane "IPCENA" (en catalan) : http://www.ipcena.org/noticies/?p=800

 

Réaction de l'association espagnole "Ecologistas en accion" sur son site internet le 26/10/2008 : "Contra la captura de la osa Hvala y por la limitación de la caza"

Voici la réaction de l'association "Ecologistas en accion" (en espagnol) : http://www.ecologistasenaccion.org/spip.php?article12580

 

Sources :

 

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