Page mise en ligne le 6 Novembre 2005

LA LOI DU SILENCE EN BEARN ? - 02/11/2005

Contrairement à ce qu'on dit ou veut faire croire trop souvent, les béarnais sont très loin d'être en totalité opposés à l'ours. Y compris parmi les bergers et les élus ...

"Parler de l'ours ? J'ai envie de pouvoir louer des estives l'année prochaine", explique un berger de la vallée d'Aspe. En effet, chez les bergers, être favorable à sa présence est devenu tabou. Pourtant, il existe une partie de ces acteurs de la montagne qui considére que la cohabitation avec le plantigrade possible, mais qui préfère ne pas dévoiler leur identité. "On ne sait jamais", expliquent-ils.

"Je travaille dans un milieu naturel, au milieu de nombreuses espèces : sangliers, vautours, ours ... Cela fait partie intégrante de la vie pastorale", souligne un autre. " Je suis déçu, depuis dix ans, rien n'a été fait pour renforcer la population ursine. Il va disparaître. L'ours est un garde-fou pour éviter l'emprise humaine sur la montagne, les Pyrénées ne doivent pas devenir comme les Alpes ", explique un berger qui a travaillé vingt ans en zone à ours et subi plusieurs attaques. Il poursuit : " Dans les Pyrénées, on a longtemps travaillé en bon gardien. La montagne ne doit pas être la porte ouverte de sa bergerie. Les montagnes doivent être occupées par les bergers, comme les pêcheurs doivent aller en mer. Le bon sens, c'est de rester l'été avec ses brebis ".

Entre pro et anti-ours apparaît une conception différente de la vie pastorale : " La prime à l'herbe a pour effet d'agrandir le cheptel sans gardiennage sur toujours plus d'espace. C'est une désertification de nos montagnes. Pas étonnant que les anti s'opposent à l'ours, ils sont dans un schéma productiviste, sans égard pour la biodiversité ". Une interrogation pointe toujours sur l'avenir de l'économie pastorale ? "Il faut choisir le développement que nous voulons pour nos montagnes. On ne peut pas préempter la montagne pour servir ses propres intérêts. Elle ne nous appartient pas, elle est à tout le monde".

Malgré l'omerta qui règne depuis plusieurs mois dans le Béarn, quelques maires du Haut-Béarn osent affirmer leur acceptation de l'ours et du renforcement.

Ainsi, Jean Pierre Cazaux, maire d'Accous et Marcel Minvielle, maire d'Etsaut, se disent favorable à l'ours et à la réintroduction.

" Les chasseurs et les bergers sont des véritables réservoirs de voix. On assiste à un bel exercice de démagogie électorale. Dans cette affaire, l'IPHB a voulu le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière. On peut pas avoir deux discours. Les crédits ont servi à mettre les cabanes aux normes à amener l'eau chaude à developper les vallées. Mais il y avait une contre partie: la protection de l'ours. Maintenant qu'ils ont tout ,ils n'en veulent plus. Il faut être cohérent et courageux ", explique Marcel Minvielle, qui rajoute : "Je sais que je vais perdre 30% des voix,mais je ne change pas de ligne".

Jean-Pierre Cazaux glisse : "Dans deux ans, il y a des échéances électorales. Alors allez contre l'avis des électeurs, c'est quelque part se condamner".

Ce sera l'occasion, pour ceux qui n'osent pas parler, de se regrouper et de commencer à bouger.

Sources :

  • Sud-Ouest du 02/11/2005.
  • Site internet de La Buvette des Alpages.

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