Page dernièrement modifiée le Samedi 9 Avril 2005

DISPARITION DE L'OURS BRUN DES ALPES FRANCAISES

Nous parlerons donc de l'historique de la disparition de l'ours brun dans les Alpes et des causes de ce déclin à travers trois paragraphes :

 


CAUSES DE SA DISPARITION

La principale cause de disparition de l'ours des Alpes françaises fut la chasse.

Avec les guerres de l'Empire et la Révolution Industrielle, les armes à feu se généralisèrent et la chasse augmenta. Pire, en 1844, le législateur déclara l'ours comme un animal "nuisible". Dès lors, les préfets peuvent ordonner des battues : "les ours pourront être détruits partout, en tous temps et par tous moyens et en tous lieux...". Des battues furent donc entreprises chaque année entre 1860 et 1904, en Vercors et dans les Bauges notamment, mais très certainement ailleurs aussi. De toute façon, dès 1860, l'espèce est condamnée et les battues restent le plus souvent sans succès.

Mais l'environnement de l'ours fut aussi touché. Plusieurs facteurs ont entraîné l'isolation de petites populations (sans contact entre elles) qui furent éliminées peu à peu :

Ainsi, à la fin du XIX° siècle, le massif alpin français réunissait tous les éléments pour que la disparition de l'ours survienne, même si elle ne fut effective qu'en 1940 (au moins).

Les ours des Alpes de cette époque sont vagabonds, marcheurs et solitaires. L'absence de grands massifs forestiers les obligent à parcourir de grandes distances à la recherche de nourritures, de partenaires et de cachettes. A l'image de l'ours des Pyrénées, il est plutôt petit (125 - 150 kg en moyenne).

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HISTORIQUE DE SA DISPARITION DANS LES ALPES FRANCAISES

Sauf indication contraire, tous ses chiffres proviennent d'une recherche très précise effectuée par Bernard Prêtre et contenue dans son ouvrage : Les derniers ours de Savoie et du Dauphiné.

Selon Bernard Prêtre, il y avait près de 300 ours en 1800 dans toutes les Alpes françaises. Ceci est peu mais l'ours ne fut, semble-t-il, jamais très abondant dans les Alpes. En effet, ce massif est naturellement moins forestier et plus humanisé que le massif pyrénéen. Voici comment seraient répartis les ours à cette époque :

Mais attention, ce ne sont pas des chiffres exhaustifs. Ces chiffres sont ceux donnés par un auteur particulier, même s'ils semblent très proches de la réalité. En Haute-Savoie par exemple, Bernard Prêtre n'a pu donner de chiffres sur le nombre d'ours dans ce département car les plantigrades furent très dispersés et isolés. On sait cependant qu'ils ont vécu jusque dans les années 1880.

Ours brun d'Europe.

Photo : © Vincent Munier - www.vincentmunier.com

Selon l'auteur, l'ours devait avoir disparu des Alpes du Sud (Alpes-de-Haute-Provence et des Alpes Maritimes) entre 1790 et 1800. La chasse, le poison déposé par les bergers et le déboisement intensif ont eu raison des "ours du Midi".

Ceci est confirmé A. Rosso qui dit (en 1826) que "l'apparition des ours dans les Alpes-Maritimes est si rare, les moyens qu'on emploie pour les chasser si prompts qu'ils ne peuvent plus s'y propager". Dans les Basses-Alpes (actuelles Alpes-de-Haute-Provence), sa disparition remonte donc vers 1800 même si un noyau "intéressant" a survécu jusqu'en 1840 à Saint-Paul-sur-Ubaye. Dans les Alpes-Martimes, l'ours a disparu de Vésubie en 1730 (selon Jean-Jacques Camarra), même si la dernière signalisation dans le comté de Nice remonte au 17 novembre 1780, avec la capture d'un ours à Saint-Martin-Vésubie. (Source : Les Parcs nationaux - Guides Gallimard - 1998)

Soixante ans plus tard (date charnière marquant le véritable déclin de l'ours des Alpes), les ours sont toujours présents dans les massifs évoqués précédemment mais en moins grand nombre : il serait 70 au maximum. Leur répartition serait la suivante :

Les noyaux les plus importants furent donc ceux du Vercors, de Belledonne-Hurtières-Basse-Maurienne et de Trièves-Dévoluy-Champsaur (une femelle et deux oursons sont aperçus en 1840 à Saint-Firmin dans la vallée du Valgaudemar). Les populations du Vercors et du Trièves sont encore connectées. Ces massifs sont appréciés et fréquentés par les ours car ils possèdent de vastes forêts primitives très tranquilles et à l'abondante nourriture ; un relief tourmenté avec des vires, des falaises et des cavités pour se cacher (lors des battues par exemple), hiberner et mettre bas en toute quiétude ; un système intéressant de plusieurs vallées reliées par de nombreux cols où les possibilités d'échapper aux chasseurs sont importantes.

En 1900, l'ours a disparu du secteur Tarentaise-Beaufortain-Bauges : le dernier ours (153 kg) fut tué à la montagne du Charbon (commune de Doussard), dans le massif des Bauges (Haute-Savoie), en 1887.

Il resterait un ours erratique en Oisans ; deux ours en Trièves-Dévoluy-Champsaur-Gapençais (le dernier ours de ce secteur fut abattu en 1895 à Prapic, sur la commune d'Orcières) ; un ours en Chartreuse ; deux plantigrades entre Haute Maurienne et Briançonnais ; mais toujours 7 ours en Vercors et 4 en Belledonne-Hurtières-Basse Maurienne. Les 3 derniers noyaux "actifs" sont ceux du Vercors, d'Hurtières et du Trièves.

En Vercors, les deux dernières captures du massif eurent lieu à cette époque : en 1898, un ours est tué au Grand Veymont par un berger ; et en 1901, un ours mâle de 20 mois (33 kg seulement) est tué au col de l'Arc (Villard-de-Lans).

Moins de 20 ours sont donc présents à cette époque dans les Alpes. La fin de l'ours dans les Alpes françaises semble imminente...

En 1920, 5-6 ours sont "encore" présents dans les Alpes françaises : 2-3 dans le Vercors, 2 en Basse Maurienne-Hurtières-Belledonne et 1 en Haute-Maurienne. L'ours disparut des autres massifs dans les années 1910.

En Basse Maurienne-Hurtières-Belledonne, les deux dernières captures furent celle du 2 novembre 1919 aux Hurtières où une femelle de 130 kg fut abattue et celle du 13 août 1921 à Montgelaffrey (Maurienne) où une vieille femelle de 105 kg fut tuée. En Haute Maurienne, la dernière observation rapportée date de 1927 à Bonneval, plus précisément aux Buffettes.

En 1930, l'ours des Alpes n'est plus présent que dans le massif du Vercors avec probablement 2 individus. Il n'y en avait probablement plus qu'un seul en 1940.

La dernière observation fiable des Alpes françaises date de la fin du mois septembre 1937, avec l'observation d'un ours sur la commune de Saint-Martin-en-Vercors, au nord du massif du Vercors.

Plaque commémorative rappelant que dans les Alpes françaises, l'ours a été vu pour la dernière fois sur la commune de Saint-Martin-en-Vercors, en 1937.

" 1937 l'ours disparaît.
1987 se souvient et espère... "

    Photo : © Mathieu Krammer - Saint-Martin-en-Vercors (Drôme) - 7 septembre 2008.

    Il est possible que quelques ours "fantômes" aient encore survécu dans le Vercors, en Basse-Maurienne, voire en Chartreuse ou dans quelques coins reculés des Hautes-Alpes, durant la seconde guerre mondiale. Mais dès 1945, l'ours a totalement disparu des Alpes françaises.

    Néanmoins, après 1937 (date "officielle" de la dispartion de l'ours dans les Alpes françaises), quelques témoignages d'observations d'ours sont rapportés. Aucun n'a pu être confirmé et tous demeurent farfelus et utopiques.

    Ces témoignages durent jusqu'à nos jours : ainsi, en octobre 2000, des chasseurs déclarent avoir aperçu une ourse et son ourson dans la vallée d'Arvieux (Queyras). Le Parc Naturel Régional du Queyras a bien entendu immédiatement démenti l'information, mais celle-ci a ensuite été relayée par les gendarmes qui, sans prendre de précaution, ont averti l'ONF de la présence de plantigrades dans la vallée ! Bien évidemment, cet épisode est resté sans suite car il n'y a bien sûr plus d'ours dans le Queyras comme dans le reste des Alpes françaises ! (Source : Michel Chavrot, com.pers.). Mais cette "observation" est néanmoins très intéressante car elle permet de constater que l'ours reste un animal quasi "mythique", qui fait encore parler de lui plus de 60 ans après sa disparition.

    Le seul témoignage qui pourrait être athentique est celui de Roberd Hainard (naturaliste suisse) qui releva des traces d'ours dans le Chablais (Haute-Savoie), plus précisément le secteur de la Dent d'Oche jusqu'en 1975.

    Toujours est-il que depuis plus de 60 ans, l'ours ne fait plus partie de la faune alpine française.

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    HISTORIQUE DE SA DISPARITION DANS LES AUTRES MASSIFS

    Tous ces chiffres proviennent d'une recherche très précise effectuée par Bernard Prêtre et contenue dans son ouvrage : Les derniers ours de Savoie et du Dauphiné.

    En Corse, l'ours brun disparaît en 1700.

    Dans les Vosges, la dernière capture date de 1786 à Guebwiller et l'avant dernière eut lieu en 1760 à Munster.

    Dans le Salève (Génève), la dernière observation date de 1821.

    Dans la Suisse Vaudoise (partie occidentale de la Suisse), l'ours disparaît en 1840.

    Dans le Massif Central, l'ours disparaît dans les années 1850.

    Dans le Piémont (Alpes occidentales italiennes), le dernier ours est tué en 1856 au Grand-Saint-Bernard.

    Dans le Jura français, l'ours brun disparaît dans les années 1860. La disparition de l'ours du sud du massif jurassien a été spectaculaire. Encore abondant dans la vallée de Valserine (Ain) entre Bellegarde et Lelex (versant ouest du Crêt de la Neige) en 1830, une vingtaine d'ours ont été exterminés en ces lieux, en l'espace de 30 ans, par un seul chasseur.

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    Sources :

    • La Voie du Loup n°4 (1999).
    • Les Parcs Nationaux - Guides Gallimard (1998).
    • Les derniers ours de Savoie et du Dauphiné de Bernard Prêtre (1996) - Info
    • Site internet de la vallée de Ceillac et Michel Chavrol, com.pers.

    Copyright © 2001-2008 - Mathieu Krammer - Tous droits réservés


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