Page modifiée pour la dernière fois le Mercredi 20 Décembre 2006

DOSSIER : LES POPULATIONS D'OURS DES ALPES CENTRALES ET ORIENTALES

Nous parlerons donc des populations d'ours bruns des Alpes centrales et orientales, à travers trois paragraphes :

 


POPULATION DES ALPES DINARIQUES

Avant de parler du retour de populations d'ours dans l'est des Alpes, parlons de la population d'ours des Alpes Dinariques (ex-Yougoslavie), car elle est à l'origine de la recolonisation des Alpes proprement dite.

Après avoir atteint un effectif critique de 30 à 40 individus, avant la première guerre mondiale, la population d'ours de Slovénie a augmenté peu à peu. Du fait de la généralisation de plans de chasse sur l'ensemble du territoire et de l'interdiction d'appâts empoisonnés, la population s'élève entre 300 et 400 individus aujourd'hui.

Durant la seconde moitié du XXème siècle, les autres pays de l'ex-Yougoslavie ont connu une évolution similaire, au point d'atteindre 3000 individus sur l'ensemble des Balkans (Slovénie : 400 ; Croatie : 400 ; Bosnie-Herzégovine : 1 200 ; Serbie : 430 ; Macédoine : 90 ; Albanie : 250 ; Grèce : une centaine).

Dès lors, des ours, généralement des subadultes mâles, migrent de Slovénie vers les Alpes de l'est (Italie et Autriche). Naturellement, des ours se sont installés en Styrie (c'est le cas du légendaire ours de "Otscher", dont la trace a été relevée pour la première fois en octobre 1973 dans cette région, c'est à dire à 250 km de son lieu de naissance !), dans les Alpes Juliennes (entre la Slovénie, l'Italie et l'Autriche) et dans les Dolomites (Italie).

Ces recolonisations sont facilitées par la décision prise en 1991, selon laquelle les ours migrant en direction des Alpes doivent être protégés toute l'année.

Ces migrations ont été les initiatrices du projet de réintroduction de l'ours en l'Autriche, avec le lâcher de quelques ours.

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POPULATIONS AUTRICHIENNES

Comme nous l'avons vu plus haut, un ours s'est installé en 1972 au centre de l'Autriche, dans la région d'Ötscher, entre la Basse-Autriche et la Styrie. Il y sera observé pendant une vingtaine d'année, jusqu'en 1994. Un an plus tôt, un premier ours avait déjà effectué ce retour depuis la Slovénie mais avait été tué. Le WWF autrichien décide alors de relâcher 10 ours, notamment des femelles, pour faciliter la création d'une population d'ours dans cette région. Finalement, en raison d'oppositions locales, 3 ours seulement ont été relâchés :

En 1999, on comptait 12 ours dans cette population.

Depuis 1991, un minimum de 34 oursons sont nés dans la zone de réintroduction, centrée sur le massif d'Ötscher-Hochschwab. 9 d'entre eux sont morts, ainsi qu'un adulte en 1994. Alors qu'aucune naissance n'a été recensée en 2004 et 2005, une ourse accompagnée de 3 oursons a plusieurs fois été observée en 2006, mais la petite famille a disparu... Depuis 2000, le WWF réalise un monitoring génétique. Jusqu’en 2004, 7 à 8 ours sont comptés tous les ans. En 2004, l'effectif de cette population était (sur)estimée à 15-20 individus. En fait, il était très largement sur-estimé puis qu'il n'était en fait que de 7 à 12 en 2006 .En 2005, 5 ours seulement sont individualisés par la génétique et seulement 2 en 2006. La présence d’un troisième ours est certaine en 2006 : le mâle Djuro. Même si quelques ours ont pu échappé aux comptages, cette baisse est très inquiétante.

En Haute-Autriche, l'ours a fait sa réapparition en 2004, dans la région du Parc National des Kalkalps. Il s'agit probablement d'individus de la population de Basse-Autriche-Styrie.

Une deuxième population est installée au sud de l'Autriche, près des frontières italiennes et slovènes, en Carinthie et dans les Alpes juliennes. Elle est issue de la migration naturelle de quelques ours depuis la Slovénie. Cette population s'étend dans les Alpes italiennes (Alpes juliennes) et bien sûr slovènes. Si 3 à 7 ours étaient présents en Carinthie en 1992, cette population comprendrait 10 à 12 individus en 2004. En fait, comme la population précédente, l'effectif a été surestimé puisque la population ne compte que 5 à 8 ours en 2006. Un ours solitaire est présent à Lungau, près de la Salzbourg. Il est sans doute issu de la Carinthie.

Enfin, les indices sporadiques relevés dans le Tyrol pourraient provenir de Vida, ourse lâchée en 2001 dans les Alpes centrales italiennes. Elle fut localisée pour la dernière fois dans le massif des Hohe Tauern en 2002.

Pour résumer, on compte 8 à 20 ours en Autriche en 2006, répartis en deux noyaux principaux :

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POPULATION DES ALPES DU TRENTIN (ITALIE)

Dans le Trentin, les ours ont toujours existé, mais leur nombre n'a fait que chuter au cours de années principalement du fait d'une chasse intensive puis du braconnage. 192 ours ont ainsi été abattus dans le Trentin au cours des 150 dernières années, dont 84 pour le seul massif de Brenta. La population atteint le seuil critique de 15 ours dans les années 1970. En 1997, des analyses génétiques revélèrent la présence de seulement 3 ours mâles, au nord-est du Trentin, notamment dans le Val di Non. Le dernier individu autochtone est retrouvé mort en 2002. De plus, aucune naissance n'a été enregistrée depuis 1989. L'ours était alors voué à l'extinction dans cette région sans réintroduction massive.

Une étude de faisabilité effectuée pour la réintroduction de l'ours dans les Alpes Centrales a donc été effectuée par l'Istituto Nazionale per la Fauna Selvatica (INFS), la Province du Trentin et le Parc Naturel Ademello-Brenta, avec l'aide du Programme Européen "LIFE". Les analyses ont été effectuées sur une zone de 6495 km², dans le Trentin, centrée sur le Parc Naturel. Les résultats de cette enquête ont montré que la surface adéquate pour l'ours était de 1700 km², qui pourraient abriter une quarantaine d'ours, jusqu'à une centaine si on compte les territoires périphériques moins adaptés. On décide donc de relâcher des ours slovènes dans le Parc Naturel Adamello Brenta, pour sauver cette population relictuelle. A terme, la population devrait s'étendre sur toute la partie centrale de la chaîne alpine italienne, entre le Trentin, le Haut-Adige, la Lombardie et la Vénétie, jusqu'en Suisse au nord.

10 ours slovènes, venant plus précisément de la réserve de Medved-Kocevje (là où Mellba, Ziva et Pyros furent capturés) ont été lâchés dans le Trentin en quatre ans.

Depuis 2002, plusieurs cas de reproductions sont constatés chaque année :

* Au printemps 2002, les premières naissances ont été constatées, après plus de 13 ans sans reproduction : Kirka a été observée le 26 mars 2002 en compagnie de 2 oursons. Les analyses génétiques ont révélées que ce sont deux femelles, KJ1 et KJ2, toujours présentes en 2006.

* En 2003, c'est au tour de la femelle Maja de mettre bas. Deux jeunes oursons (un mâle et une femelle) sont nés mais un jeune mâle a rapidement été victime... d'un aigle ! A l'heure actuelle (2005), la jeune femelle (MJ2) est toujours présente d'après les analyses génétiques.

* En 2004, au moins 5 oursons sont nés. Daniza est observée en compagnie de 3 oursons de l'année (mâle DJ2 et femelles DJ1 et DJ3). A l'heure actuelle (2005), seule la femelle DJ1 n'a pas été décelée par les analyses génétiques. Jurka et de deux oursons ont été vues dès la fin avril. Il s'agit de deux mâles (JJ1 et JJ2) qui ont d'ailleurs défiés la chronique les années suivantes (voir plus bas).

* En 2005, Maja donne naissance à 3 jeunes : deux mâles (MJ3 et MJ4) et une femelle (MJ5).

* En 2006, pas moins de 4 portées sont enregistrés, pour un total de 9 oursons ! Jurka donne naissance à 3 oursons. Daniza donne naissance à 3 oursons, dont un mâle est retrouvé mort début juin. Enfin, et pour la première fois, des femelles nées sur place donnent naissance à leurs premiers petits : les filles de Kirka nées en 2002, KJ1 et KJ2, donnent naissance respectivement à 1 et 2 oursons. Enfin, les analyses génétiques effectuées en 2006 ont révélé la présence d'un jeune mâle jusque là inconnu, fils de Brenta (retrouvée morte en 2006). Ce jeune est né en 2003 ou 2004.

Au total, 22 jeunes ours sont nés dans les Alpes italiennes du Trentin. Enfin, il est important de noter que tous les oursons nés de 2002 à 2005 ont le même père : Jose. Mais en 2006, sur les 5 portées, seule celle de Jurka a Jose comme père. Pour les autres, il s'agit de Gasper.

De 2000 à 2006, 5 cas de mortalité ont été enregistrés. Il s'agit de deux ourses réintroduites : Irma, retrouvée morte en décembre 2000 tuée par une avalanche et Brenta, retrouvée morte en juillet 2006 elle aussi tuée par une avalanche ; du mâle JJ1 né de Jurka en 2004 et abattu en Allemagne en 2006 ; de l'ourson de l'année mâle, MJ1, né de Maja en 2003 et tué par un aigle ; et d'un ourson de l'année mâle né en 2006 de Daniza et retrouvé mort en juin.

Pour résumer, en tenant compte des 5 ours morts ou tués et des ours disparus (non retrouvés après analyses génétiques), il y aurait actuellement 19 à 23 ours dans les Alpes du Trentin occidental.

Lâcher de la femelle Daniza, en mai 2000.

Photo : © Province du Trentin

Actuellement, la population se tient principalement dans la partie occidentale du Parc naturel Adamello-Brenta, du nord au sud. Globalement, des indices sporadiques proviennent de presque tout le Trentin occidental.

Néanmoins, une ourse est installée plus au nord, dans le Parc National du Stelvio. Le 17 juillet 2005, un ours est observé à Prad, dans le Parc National du Stelvio, à quelques kilomètres de la frontière suisse, qu'il franchira quelques jours plus tard.

En effet, de juillet à septembre 2005, un jeune ours mâle fréquente une zone comprise entre la Basse Engadine (canton des Grisons - Suisse) et le Tyrol autrichien. Les analyses génétiques identifient un mâle, nommé JJ2, né de Jurka et Joze au cours de l'hiver 2003/2004.

L'année suivante, c'est son frère - JJ1 - qui est identifié de mai à juin 2006, entre la Bavière (Allemagne) et le Tyrol autrichien. Causant trop de dégâts aux yeux des autorités, Bruno, comme il a été baptisé par la population, a été abattu le 26 juin 2006 par des chasseurs en Bavière.

Parmi les ours relâchés, seule la femelle Vida n'est pas présente dans les Alpes centrales. Après avoir retrouvé la liberté au printemps 2001, elle a voyagé très loin du site de lâcher : durant l'été 2001, elle a traversé l'autoroute de Brenner (où elle a d'ailleurs été renversée par une voiture, sans gravité, et relâchée après avoir bénificié de quelques soins) et s'est installée dans les Alpes de l'est (Dolomites, province de Belluno), à 100 km à vol d'oiseau du massif de Brenta. Cette femelle a hiberné en 2001/2002 entre Balzano et Bressarone. Dès sa sortie d'hibernation, elle a continué son périple vers l'est : elle est partie vers Autriche (au niveau du col de Brenner) le 23 avril 2002. Après un bref séjour dans le Tyrol, elle est retournée en Italie puis, dès la fin du mois de mai, elle est recontactée en Autriche. Sa dernière localisation date de mi-juin 2002, dans la région de Hohe Tauern (Tyrol de l'Est). Depuis, l'émetteur n'émet plus de signaux.

De plus, un jeune individu slovène a fréquenté quelques secteurs du Trentin Oriental, dans les Alpes de l'est, à moins d'une centaine de kilomètres du massif de Brenta (un a d'ailleurs rencontré Vida ...). Si de jeunes individus slovènes réussissent à traverser la périlleuse autoroute de Brenner et à s'intégrer au noyau italien, ce sera au bénéfice de la diversité génétique.

La survie de l'ours dans ces régions des Alpes est très bien partie. Il est même fortement probable que dans les années à venir, dès que la population italienne se sera développée, la migration vers le nord et l'ouest se poursuive.

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PRESENCE SPORADIQUE DANS LES GRISONS (SUISSE) ET LE TYROL (AUTRICHE)

Début 2005, l'ours du Trentin le plus proche était à quinze kilomètres à vol d'oiseau du Val Paschiavo (canton des Grisons) et une femelle réintroduite s'était installée au nord-ouest du massif de lâcher, dans le Parc National du Stelvio, limitrophe avec le Parc National Suisse. Début 2005 toujours, les résultats d'une étude réalisée par le KORA (en français : Projets de recherches coordonnées pour la conservation et la gestion des carnivores en Suisse) et financée par le WWF Suisse, afin de savoir par quels corridors les ours du Trentin pouvait rejoindre la Suisse et si la Suisse possèdait des biotopes adaptés, ont été publiés. Cette étude repose sur un programme géostatistique s'appuyant sur des données des populations du Trentin (populations originelles et non ours réintroduits). Ainsi, 654 indices ont pu être récoltés entre 1913 et 1970. Ces données ont été cartographiées et concernent un territoire de 1640 km².

Les résultats montrent que des habitats adaptés à l'ours sont toujours présents et qu'ils sont atteignables par des corridors d'immigration tout à fait franchissables. En Suisse, les territoires adaptés se trouvent dans les Alpes méridionales suisses : entre la Basse-Engadine (Sud du canton des Grisons) et le nord du canton du Tessin, en passant par le Munstertal, le Val Poschiavo et le Misox ; ainsi que dans les Alpes septentrionales : nord du canton des Grisons, canton de Glaris et Suisse Centrale. 3 corridors ont de circulation ont pu être identifiés : tous partent de l'ouest du Trentin, mais le premier mène au Val Poschiano (37,5 km), le second dans la région de Zernez dans le Parc National Suisse (74,4 km) et le dernier dans le Val Mustair, via le Parc National Suisse (87 km). Il semble actuellement que l'Engadine et le Parc National Suisse soient les destinations les plus probables, bien qu'ils s'agissent des corridors les plus longs.

Les conclusions de l'étude n'ont pas tardé à être confirmées par les faits ...

Ainsi, le 25 juillet 2005, 3 randonneurs observent un ours dans le Parc National Suisse, dans le secteur du col d'Ofen. Cette observation est confirmée le jeudi 28 juillet, avec l'observation et la photographie de l'animal par un étudiant forestier en stage dans le Parc National. Il s'agirait d'un mâle à la recherche d'un territoire, déjà aperçu mi-juillet en Italie, dans le Parc National du Stelvio. Fin août 2005, l'animal est passé dans le Tyrol autrichien, près de Pfunds. Le 13 septembre 2005, l'animal est repassé en Basse-Engadine, dans la région de Ramosch, où il a causé d'importants dégâts sur des troupeaux d'ovins. Des analyses ADN ont apporté la preuve que l'individu aperçu dans le Tyrol mi-juillet 2005 est bien le même que celui présent depuis fin juillet 2005 en Suisse. Il s'agit d'un jeune mâle, né au cours de l'hiver 2003/2004, dans le Trentin. Sa mère est Jurka, lâchée en 2001 et son père est Joze, lâché en 2000.

L'ours a donc faut un retour en Suisse, 100 après sa disparition. Si ce retour n'est pour l'instant que temporaire puisque ce jour a semble-t-il quitté le pays, il faudra s'attendre à la présence récurrente de quelques individus au cours des prochaines années, puis à la fixation d'ours.

En 2007, deux ours sont de nouveau présents sur le territoire hélvétique : un fils de Jurka né en 2006 et un fils de Maya né en 2005.

Il faudra cependant attendre plusieurs décennies avant d'espérer un retour dans les Alpes françaises.

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Sources :

  • La Voie du Loup n°25 (revue de la Mission Loup de France Nature Environnement) - Novembre 2006.
  • Plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009 - Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable - 2006.
  • Rapport n°28 du KORA : "The return of the Brown bear to Switzerland - Suitable habitat distribution, corridors and potential conflict" - Mars 2005.
  • La Gazette des Grands Prédateurs (revue de FERUS) n°15 - Printemps 2005.
  • KORA Info n°3 de l'année 2004.
  • KORA Info n°2 de l'année 2003.
  • KORA Info n°1 de l'année 2002.
  • KORA Info n°3 de l'année 2001.
  • KORA Info n°2 de l'année 2001.
  • Nouvelles Ours (revue du FIEP - Groupe Ours Pyrénées) n°54 - Novembre 2001.
  • Ours et Nature (revue d'ARTUS) n°19 - Eté 1999.
  • Ours et Nature (revue d'ARTUS) n° 17 - Hiver 1999.
  • Site internet de FERUS.
  • Site internet de la Province du Trentin.

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