Page dernièrement modifiée le Mercredi 10 Septembre 2008

MENACES ET MESURES DE CONSERVATION

Nous parlerons donc des menaces qui pèsent sur l'ours brun des Pyrénées et des solutions mises en oeuvre pour lutter contre, à travers deux paragraphes :


"A la chasse à l'ours prends un compagnon avec toi, à la chasse au sanglier emmène un prêtre." Dicton slovène (à méditer...)


MENACES

Actuellement en France, l'ours brun est le mammifère le plus gravement menacé de disparition. Ceci pour plusieurs raisons : la faible taille de sa population, sa faiblesse génétique et sanitaire ; la destruction directe d'individus ; la diminution de son habitat.

La faiblesse des effectifs, notamment la présence insuffisante de femelles, constitue la menace la plus objective. Actuellement, la taille de la population pyrénéenne ne lui permet pas de se maintenir de façon spontanée. Dans les Pyrénées occidentales comme les Pyrénées centrales, l'effectif est très faible et ne permet plus un renouvellement de la population. Si rien n'est fait, elles disparaîtront dans quelques dizaines d'années.

La destruction d'individus a alors un impact très important sur la dynamique de la population. Dans les Pyrénées occidentales par exemple, la chute des effectifs est consécutive à la perte de trois femelles en vallée d'Aspe, en 1983, en 1994 et en 2004. Le noyau occidental, ne comprenant aujourd'hui plus que des mâles, est condamné, sans renforcement par des femelles, à disparaître.

Génétique

Plusieurs études sur la génétique des populations montrent que le taux élevé d'hétérozygotie au sein d'une population accroît la valeur adaptative des individus (Source : Allendorf et Leary, 1986) et que l'hétérozygotie est corrélée positivement avec la taille des populations.

Dans le cas du dernier noyau autochtone d'ours bruns des Pyrénées, la perte de la variabilité génétique des individus peut résulter à la fois d'un phénomène de dérive génétique, d'une forte réduction de l'effectif depuis plusieurs décennies et de reproductions consanguines. Selon les espèces animales, cette perte de variabilité génétique peut entraîner une diminution de la fécondité, de la taille et de la croissance de la progéniture, de la survie, des modifications de l'âge de maturité ou des malformations physiques. La population autochtone d'ours bruns des Pyrénées était la plus homozygote du monde, ce qui pouvait en partie expliquer son faible taux de renouvellement (avant la disparition des dernières femelles).

Mais dans les Pyrénées centrales, au sein de la population issue de la réintroduction de 3 slovènes en 1996-1997, des cas de reproductions consanguines ont d'ores et déjà été observés.

Etat sanitaire des ours

Les pathologies de l'ours brun sont peu connues ainsi que leurs impacts sur la dynamique des populations. Comme tous les animaux, l'ours est sensible à certaines affections virales, bactériennes ou parasitaires qui affectent également les autres carnivores (Sources : Arquillère, 1995 ; Arquillère et Guichard, 1995).

Dans les Pyrénées, le fort taux d'infestation par certains parasites a été mis en évidence sur plusieurs individus autochtones, en particulier une femelle et son jeune de 10 mois (il s'agissait de Cannelle et de son ourson né en 1998). On a noté la présence préjudiciable pour le jeune de ténia et de petite douve (Source : Camarra, 1999).

Dans les Pyrénées, le braconnage a été une des causes principales de la régression de cette espèce au cours du XXème siècle (Source : Couturier, 1954). L'autodéfense des bergers vis à vis des ours prédateurs se traduisait par des actes de destructions. Actuellement, avec les indemnisations des dégâts et les aides à un meilleur gardiennage, ces risques sont considérablement réduits mais il peut toujours exister des actions de destructions illicites d'un spécimen.

En 1957, la chasse à l'ours est suspendue. En 1962, elle est interdite mais des battues administratives peuvent toujours être ordonnées. En 1967 eut lieu la dernière battue administrative. Enfin, le 15 décembre 1972, la chasse à l'ours est totalement interdite par décret paru au Journal Officiel. Enfin, en 1981, l'espèce est strictement protégée.

Mais bien que sa chasse soit interdite depuis 1972, une trentaine d'ours ont tout de même été braconnés de 1976 à 2004... (voir : Causes et historique de la régression de l'ours dans les Pyrénées). Ces quatorzes dernières années, 3 ours (tous des femelles) ont été tirés dans les Pyrénées :

  1. en 1994, en haute vallée d'Aspe, l'ourse Claude fut tuée par deux chasseurs sur les hauteurs de Borce ;
  2. en 1997, en Haute-Garonne, l'ourse Mellba, suitée de deux oursons de l'année, fut abattue par un jeune chasseur sur la commune de Bézins-Garraux ;
  3. en 2004, en haute vallée d'Aspe, l'ourse suitée Cannelle, suitée d'un ourson de l'année, fut abattue à Urdos.

Mais outre ces 3 ourses d'autres individus qui ont pu être abattus sans que nous le sachions.

De plus, on sait de manière certaine qu'au moins 3 autres ours ont essuyé des tirs dans les Pyrénées ces dernières années :

Ainsi, que ces tirs aient été mortels ou non, au moins 6 ours ont fait l'objet de tirs dans les Pyrénées en 14 ans.

Actuellement, les principaux risques reposent sur des accidents, notamment lors de rencontres entre chasseurs et ours au cours de battues aux sangliers.

Enfin, depuis au moins une vingtaine d'années, il n'existe pas de cas documenté de mort par empoisonnement volontaire.

Trafic routier

Les collisions avec les véhicules ou les trains constituent une autre source potentielle de mortalité.

Plusieurs cas ont été notés dans les Alpes italiennes ou en Slovénie. Le premier cas pyrénéen est intervenu le 9 août dernier, sur la RN 21 entre Argelès et Lourdes (Hautes-Pyrénées), qui a causé la mort de l'ourse Franska.

Ce risque s'accroît dès lors que la densité de route à trafic élevé est importante dans le domaine vital occupé par un ours. A titre d'exemple, l'ours Boutxy (suivi par télémétrie entre octobre 1999 et mai 2002) a traversé 46 fois la route Nationale 20 en Haute-Ariège. Il s'agit d'un des axes routiers les plus fréquentés des Pyrénées, qui coupe le noyau de population oriental (Source : Bélanger, 2002). Lors des nombreuses traversées de Boutxy, nocturnes ou crépusculaires, une collision avec un camion avait déjà failli se produire.

C'est finalement ce qui s'est sans doute produit en août 2008, au petit matin : un ours a percuté un minibus sur la RN20, au niveau de Mérens-les-Vals. L'ours (encore inconnu) a été blessé lors de l'impact mais a visiblement survécu. Les analyses génétiques d'échantillons de poils et de sangs devraient prouver (ou non) qu'il s'agit de Boutxy.

En 2 ans, deux cas de collisions ont donc été recensés dans les Pyrénées. L'un mortel (2007), l'autre non (2008).

 

- Cas de mortalité ou de disparition officiellement recensés dans les Pyrénées depuis 1982 (Source : Réseau Ours brun et Equipe Technique Ours) :

DATE de la découverte du cadavre
DATE (supposée ou réelle) de la mort
ANIMAL, sexe et âge lors de la mort
LIEU (de la découverte du cadavre)
CAUSE DE LA MORT
Secteur
Commune
Dép
1
Janvier 1982
Janvier 1982
Femelle adulte suitée
Vallon du Bitet, rive gauche de la vallée d'Ossau
Laruns
64
Tir
2
Janvier 1982
Janvier 1982
Ourson de l'année
Vallon du Bitet, rive gauche de la vallée d'Ossau
Laruns
64
Tir
3
Octobre 1983
Octobre 1983
Femelle adulte reproductrice
Vallée d'Aspe, à 950 mètres d'altitude
?
64
Chute accidentelle ?
4
Août 1986
Fin de l'année 1984
Ourson de l'année
Vallée d'Aspe
?
64
?
5
Août 1989
Année 1987 ?
?
Haut-Béarn
?
64
? Restes osseux découverts au pied d'un couloir
6
Début 1997
Septembre 1994
Claude, femelle adulte
Rive gauche de la haute vallée d'Aspe
Borce
64
Tir
7
27 septembre 1997
27 septembre 1997
Mellba, femelle adulte suitée
Massif de Gar-Cagire
Bezins-Garraux
31
Tir
8
27 mai 2001
Av. ou ap. l'hiver 2000/2001
Ourson de l'année ou ourson de un an
Rive gauche de la haute vallée d'Ossau
Laruns
64
Animal trop faible ?
9
23 juin 2001
Printemps 2001
Ourson de l'année
Haut-Couserans
Seix
09
Chute accidentelle
10
9 juillet 2004
7-9 juillet 2004
Ourson de l'année
Haut-Couserans
Couflens
09
Animal blessé incapable de se déplacer - très maigre (5 kg)
11
25 juillet 2004
25 juillet 2004
Papillon, vieux mâle
Vallée de Luz-Saint-Sauveur
Chèze
65
Vieillesse
12
1er novembre 2004
1er novembre 2004
Cannelle, femelle adulte suitée
Rive droite de la haute vallée d'Aspe
Urdos
64
Tir
13
25 août 2006
23-24 août 2006
Palouma, femelle adulte
Haute vallée du Louron
Loudenvielle
65
Chute accidentelle
14
9 août 2007
9 août 2007
Franska, femelle adulte
Vallée de Lourdes
Viger
65
Collision routière

Depuis 1982, 14 cas de mortalité ou de disparition ont officiellement été recensés dans les Pyrénées.

Sur ces 14 cas : 8 ont eu lieu dans les Pyrénées-Atlantiques (soit plus de la moitié), 3 dans les Hautes-Pyrénées, 2 en Ariège et un en Haute-Garonne. A noter qu'aucun cas n'a encore été enregistré durant cette période en Espagne (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en a pas eu), ni dans l'Aude ou les Pyrénées-Orientales.

Sur ces 14 cas : 6 sont d'origine humaine (5 tirs et une collision avec un véhicule), 3 d'origine naturelle (2 chutes et une mort de vieillesse) et 5 d'origine inconnue.

Disponibilité alimentaire

La sylviculture actuellement pratiquée dans les Pyrénées, essentiellement en futaie jardinée, n'a pas d'impact préjudiciable sur les capacités d'accueil des habitats dans la mesure où elle ne conduit pas à une trop grande homogénéisation des peuplements. Au contraire, elle concourt habituellement à l'accroissement de la disponibilité en baies charnues (Vaccinium m., Rubus sp.). Par contre, la pratique courante d'élimination de vieux arbres (entraînant la disparition d'insectes xylophages...) demeure sans nul doute préjudiciable.

En Haut Béarn, les peuplements de châtaignier (Castanea sativa) sont rares. Les ours sont alors tributaires des fluctuations des cycles de fructification du hêtre (Fagus sylvatica) et surtout du chêne (Quercus sessiliflora, Q. pedunculata). Les taux de reproduction et de survie des jeunes en sont affectés. De ce point de vue là, la situation est plus favorable dans les Pyrénées centrales.

Certaines pratiques pastorales, en particulier l'écobuage, provoque des feux courants incontrôlés et contribuent à la disparition de certaines zones de sécurité à buis (Buxus sempervirens) et d'alimentation (Vaccinium myrtillus, Quercus sp.). Ainsi, plusieurs sites vitaux (zones d'hibernation, de repos diurne, d'élevage des jeunes et d'alimentation) de la vallée d'Aspe ont été gravement endommagés, parfois de manière irréversible, au cours des grands feux de février 2002 (Source : Camarra, 2002).

Enfin, les grands ongulés sauvages (cerf élaphe, surtout) dont les carcasses intéressent habituellement les ours, sont en phase de croissance d'effectifs. Mais si leur population devenait en situation de surdensité, ces derniers pourraient contribuer à la régression (surpâturage) d'espèces végétales consommées par l'ours.

Perturbation

Diverses activités humaines peuvent engendrer des nuisances susceptibles de perturber le comportement et la physiologie des ours. Ces derniers sont d'autant plus sensibles qu'ils fréquentent des zones sauvages (Source : McLellan et Mace, 1985), où tout dérangement est par nature inhabituel.

L'intensité de la nuisance, le type de topographie, la densité du couvert végétal et le type d'individus influent sur le niveau de perturbation. La distance de sensibilité de l'ours est estimée jusqu'à 8 km (Source : Aune et al., 1984). L'impact négatif d'une route est très variable (0 à 1,5 km) selon l'intensité du trafic. Par ailleurs, l'ours semble plus sensible aux hélicoptères que les grands ongulés (Source : Harding et Nagy, 1980). Cet impact est particulièrement préjudiciable dans les zones refuges et d'élevage des jeunes utilisées par les ours.

Dans les Pyrénées centrales, une étude préliminaire montre que les ours peuvent, dans une certaine mesure, s'accommoder de la présence de l'homme à moyenne distance, dès lors qu'ils sont en milieu boisé (Source : Quenette, 2000). Mais on ne sait rien de l'impact, à moyen terme, des différentes activités humaines sur les ours (survie, fécondité, etc.). Les dérangements humains ont un effet différentiel selon la saison, l'âge et le statut reproducteur de l'animal. Ainsi, si un dérangement occasionnel (randonneurs, chasseurs) semble peu préjudiciable pour un mâle ou une femelle adulte, il peut avoir des conséquences beaucoup plus importantes sur une femelle accompagnée d'oursons : Mellba accompagnée de ses oursons effectue un grand déplacement de plus de 15 kilomètres en juin 1997 suite à un dérangement ; en avril 1998, la femelle Ziva et ses oursons quittent leur secteur habituel suite à un dérangement (Source : Équipe Technique Ours).

Quelles activités sont susceptibles de provoquer des dérangements ? Elles sont nombreuses.

Il s'agit principalement de la création, puis de l'utilisation, de routes, de pistes forestières et pastorales en pleine zone à ours. En fait, ce n'est pas la piste en elle-même qui est néfaste mais sa construction et son utilisation ultérieure. La piste, généralement créée par les forestiers pour accéder à une coupe forestière, va entraîner ensuite quantité de personnes (randonneurs, chasseurs, ramasseurs de champignons), de 4X4, de VTT, de motos qui pourront déranger l'ours.

Il y a également les battues aux sangliers au chien courant constituent une menace non négligeable pour la population d'ours des Pyrénées. En fait, si elles ne semblent pas avoir de conséquences particulièrement néfastes sur des ours adultes, elles sont très risquées pour les femelles suitées. Beaucoup moins mobiles, moins rapides et moins endurants que les adultes, les oursons ne peuvent s'échapper rapidement. Souvent, les chiens arrivent à rattraper la femelle et ses petits. Si le risque est faible qu'un chien tue un ourson en présence de l'ourse, le risque est beaucoup plus grand que la femelle, voulant défendre sa progéniture, se retourne contre les chiens. Ces derniers, apeurés, se réfugient la plupart du temps derrière leur maître. C'est alors que des ours sont tués par des chasseurs apeurés, "en légitime défense". Pourtant, il suffit de tirer plusieurs coups de feu en l'air pour faire fuir les animaux. En Béarn, on constate parfois des battues aux sangliers dans des Réserves de Chasse où cette pratique est interdite.

En Europe, ce sont les activités humaines (routes, habitations permanentes, zones agricoles) qui conduisent à la fragmentation des habitats.

Ce phénomène, principalement observé dans les fonds de vallées fortement humanisées, est une des principales menaces à moyen terme, puisqu'il conduit au cloisonnement des massifs montagneux et donc à la formation de sous-populations isolées. C'est le cas des Monts Cantabriques (Espagne), où les deux populations sont séparées par une autoroute et diverses activités humaines.

Depuis 1981, dans les Pyrénées occidentales, le suivi individuel grâce aux dimensions d'empreintes de pattes montre que certains ours (surtout des femelles) ne traversent pratiquement jamais le fond des vallées principales fortement humanisées (Aspe, Ossau). En outre, plusieurs observations de descente vers le fond de vallées et retour immédiat ont été notées (haute vallée d'Aspe). L'intensification du trafic routier, principalements dans les vallées d'Aspe (Pyrénées-Atlantiques), de la Garonne (Haute-Garonne), de l'Ariège (Ariège), est de nature à renforcer le cloisonnement des habitats. De plus, le confinement de certaines femelles sur un habitat a des incidences sur la probabilité de rencontre entre les mâles et les femelles, d'où une réduction du flux génétique.

Les résultats du suivi télémétrique dans les Pyrénées centrales montrent que les ours évitent, durant la phase diurne, les habitats situés dans une zone tampon (de l'ordre de 400 m) localisée de part et d'autre des axes routiers à fort ou faible trafic. Cependant, ce résultat ne permet pas de savoir si cet évitement résulte directement de la route en tant que telle ou de la présence d'autres infrastructures humaines (villages, campings, petites ou moyennes entreprises, etc.). Les axes routiers ne constituent pas un obstacle infranchissable pour les ours puisqu'ils les traversent régulièrement durant leurs déplacements nocturnes (Source : Bélanger, 2002). Ainsi, l'aménagement d'infrastructures routières peut avoir divers impacts sur la population d'ours : mortalité directe par collision, disparition de secteurs écologiquement importants sur l'emprise de la zone aménagée, coupure des domaines vitaux individuels, déplacements d'animaux et perturbations comportementales.

La zone d'influence dépend de plusieurs facteurs : le trafic, le couvert végétal, la période de la journée, la pression démographique ursine ... L'impact d'une route est d'autant plus fort que :

Retour vers le haut de la page


MESURES DE CONSERVATION

La population française est très menacée. Pour que l’ours puisse survivre à long terme, il faut :

Retour vers le haut de la page

Sources :

  • Plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009 - Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable - 2006.
  • Opérations de capture, de transport et de relâcher d'ours bruns dans le cadre du projet de restauration de la population ursine pyrénéenne - Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable (dossier présenté au CNPN) - Juin 2005.
  • Avec le naturaliste, sur les pas de L'OURS BRUN DES PYRENEES - Gérard Caussimont - FIEP et Loubatières - 1996.
  • L'ours brun dans les Alpes françaises - Faisabilité de sa réintroduction - Georges Erome et Jean-Louis Michelot - 1990.
  • Nouvelles ours du FIEP - Groupe Ours Pyrénées.

Copyright © 2001-2008 - Mathieu Krammer - Tous droits réservés


Retour vers l'index

Retour vers la page d'accueil