Page dernièrement modifiée le Lundi 29 Août 2005
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VIE
ET BIOLOGIE DU GYPAETE BARBU
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Nous parlerons donc de la vie et de la biologie du gypaète barbu, à travers plusieurs paragraphes :
| DESCRIPTION |
Ce vautour est, après le vautour moine, le plus grand oiseau européen : son envergure varie de 2,50 à 2,80 m (dans les Alpes, un spécimen tué avait une envergure de 2,90 m), pour une taille de 1,10 à 1,50 m et un poids de 5 à 7 kg (en Eurasie).
Il possède une grande queue (47 à 52 cm) cunéiforme et ses ailes sont de grandes tailles, droites et étroites.
Le dimorphisme sexuel est peu marqué, cependant la femelle est un peu plus grande que le mâle.
En captivité, le record de longévité fut de 44 ans. Dans la nature cependant, la longévité est de l'ordre de 20 ou 30 ans.
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Gypaète barbu adulte, photographié à Nancroix, dans le Parc National de la Vanoise. Photo : © Yvon Toupin |
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| MODE DE VIE |
Le gypaète barbu est un excellent voilier qui peut passer jusqu'à 80 % de son temps en vol.
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Gypaète adulte savoyard chassant un aigle royal qui s'est approché trop près de son aire. Photo : © Yvon Toupin |
Contrairement au autres vautours, il peut planer par mauvais temps (neige, brouillard ...). Ce rapace est très élégant en vol car ses battements d'ailes sont très souples ce qui est assez surprenant pour un si grand oiseau. Grâce à sa légéreté, il a une vitesse dans les courants thermiques supérieure à n'importe quel autre rapace, mais le gypaète préfère voler à flanc de coteau, longer les parois et les crêtes à une hauteur de 10 mètres environ.
Strictement diurne, il entreprend dès le matin un vol qui peut durer jusqu'au soir et il emprunte chaque jour un parcours bien défini. Le gypaète vole seul, à une vitesse moyenne de 50 km/h et fait parfois même, des pointes à 130 km/h.
Adulte, le gypaète vit en couple uni pour la vie. Il est sédentaire et utilise un même domaine vital jusqu'à sa mort. Au contraire, le juvénile puis l'immature mène une existence nomade et très dangereuse (un jeune envolé sur deux atteindrait l'âge adulte) jusqu'à 4 - 5 ans (il est alors subadulte), âge auquel le jeune vautour cherche un territoire non occupé pour se sédentariser et établir un couple. Plusieurs exemples de cet erratisme juvénile :
De tels périples permettent d'espérer des échanges entre les différentes populations de gypaètes barbus.
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| BIOTOPE ET DOMAINE VITAL |
Contrairement à beaucoup de croyances, le gypaète n'est pas forcément associé à la haute-montagne et au massif montagneux les plus reculés.
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Les populations de bouquetins des Alpes constituent une importante source de nourritures aux gypaètes alpins. Elles conditionnent souvent l'établissement de nouveaux couples. Photo : © Mathieu Krammer - 13 avril 2005 - massif des Cerces (Hautes-Alpes). |
Seulement, son habitat doit comporter du relief rocheux.
Ce peut donc être : la haute-montagne, les falaises bordant des glaciers ou même les collines arrondies parsemées de rochers inaccessibles (Pays-Basque notamment) et les grands plateaux bordés de falaises. Cependant, le biotope doit toujours être coupé de gorges et de ravins rocheux. L'altitude a peu d'importance : il niche du niveau de la mer (sur les falaises littorales de Crète et anciennement de Corse), jusqu'aux massifs les plus élevés (Everest). La végétation doit être assez basse (garrigues, landes, pelouses d'altitude), mais il peut parfois évoluer au dessus de forêts montagnardes plus ou moins dégradées.
Son territoire est en général une gorge, une falaise, un cirque rocheux où se trouvent ses aires, ses zones de stockage et ses zones de cassage (voir plus bas : Nourriture) et qu'il défend avec ardeur contre tous les intrus, qu'il soit de la même espèce ou une autre (vautours fauves, aigles royaux ou même chocards).
Le domaine vital doit également être riche en ongulés sauvages et domestiques, donc en charognes : un couple de gypaètes a besoin, pour élever son jeune avec succès, d'environ 50 carcasses.
D'un comportement très erratique juvénile, il est au contraire sédentaire à l'âge adulte et il reste toute sa vie sur le même domaine. Dans les Pyrénées, la taille de son domaine vital varie entre 200 km² (pour les régions aux importantes densités : Pyrénées espagnoles par exemple) et 500 km² (partie orientale de Pyrénées françaises).
Cet animal vit en couple et n'est pas aussi grégaire et sociable que les vautours fauves.
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| NOURRITURE |
Le gypaète, comme tous les vautours, est exclusivement nécrophage.
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Gypaète barbu se nourrissant sur une charogne de bouquetin dans le Parc National de la Vanoise, le 3 janvier 2000. Photo : © Eric Langer - www.randolanger.freesurf.fr |
Cependant cette espèce a une spécialité pour les os qui constitue entre 80 et 98% de son régime alimentaire. On peut le voir par sa tête et son cou emplumés qui nous disent que le gypaète ne fouille pas les entrailles des cadavres.
Hormi les os, il peut se nourrir de cadavres entiers (chairs comprises), principalement au printemps, en hiver et dans les régions où les vautours fauves sont absents (Alpes et Corse). Os ou chairs, le gypaète utilise surtout les carcasses d'ongulés sauvages (chamois, isard, bouquetin, mouflon...) et domestiques (mouton, chèvre, vache...). Les petits mammifères, les oiseaux et les reptiles sont peu consommés. En Grèce certains gypaètes prenaient des tortues et les jetaient sur des rochers comme s'il s'agissait d'un os.
Il n'entre nullement en concurrence avec les autres charognards car aucun autre oiseau ne se nourrit d'os. Il attend que les vautours et autres corbeaux viennent disloquer les charognes et il passe en dernier prendre les os. En général, il avale les os sans les mâcher car il a des sucs gastriques très puissants, mais lorsqu'il s'agit de gros os comme ceux de bovins, il transporte l'os dans ses serres et le lâche d'une hauteur de 20 à 80 m sur un terrain rocheux.
Ces zones de cassage (un couple peut en avoir jusqu'à 14 !) sont régulièrement visitées et se situent sur des éboulis ou même sur une pelouse parsemée de blocs rocheux. L'os lâché, il descend en vrille et avale les bouts d'os qui étaient alors trop gros. Il peut recommencer plusieurs fois de suite si l'os n'est pas cassé : dans les Pays-Basque, on a observé un jeune s'acharner plus d'une demi heure à jeter 29 fois son os sans parvenir à le casser. C'est une technique propre à l'espèce.
Le gypaète peut jeûner pendant plus d'une semaine.
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| REPRODUCTION |
Dès le mois d'octobre, le couple (il arrive que, parfois, nous assistions à un trio composé de deux mâles et d'une femelle) cherche des sites de nidification où il établira une aire et commençera à construire le nid.
Le site se situe sur une falaise entre 600 et 2300 m dans les Pyrénées, entre 1050 et 1750 m en Corse et entre 990 et 2640 m (moyenne : 1916 m) dans les Alpes. Le record européen d'altitude a été battu en 2004 par un couple des Hautes-Pyrénées qui a élevé un jeune à 2540 mètres d'altitude, puis en 2005 par un couple haut-savoyard avec une aire occupée à 2640 mètres. Le nid est aménagé dans une grotte ou une corniche protégée des intempéries par un surplomb. Plus l'altitude du nid augmente, plus il est protégé et plus il est orienté vers le sud ou le sud-est. A basse altitude, l'orientation importe peu, même si les falaises recevant les vents dominants (qui amènent donc pluie et neige) sont évitées. Le couple dispose, comme l'aigle, de 3 à 8 aires différentes (exceptionnellement 1) qui sont utilisées alternativement. Ces différentes aires peuvent être très proches (sur la même paroi par exemple) ou très éloignés (vallées différentes). La plate-forme mesure 0,6 à 2 m de large, alors que l'épaisseur peut atteindre 2 mètres. Le nid est principalement composé de branchages qui sont, fait unique chez les vautours, tranportés dans les serres. Au centre, la femelle confectionne une coupe composée de laine de mouton et de peau de mammifères, qui est indispensable pour un oiseau qui niche en plein hiver.
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Gypaète barbu immature (plumage à comparer à celui de l'adulte), photographié en Haute-Vésubie le 2 février 2005. Photo : © F. Guigo (fourni par Patrick Orméa - PN du Mercantour) |
En automne (novembre et décembre) arrive la parade nuptiale assez spectaculaire : le couple entreprend une série d'acrobaties (chandelles, vrilles, piqués, prises de serres ...) accompagnées de cris. Cependant, la plupart du temps, les oiseaux se toilettent mutuellement de longues heures et un observateur moyen ne voit rien. L'accouplement proprement dit a lieu en janvier (extrême : début novembre et fin février).
La femelle pond deux oeufs, entre fin-décembre et début-mars, à 3 ou 5 jours d'intervalles.
L'éclosion a lieu en mars ou avril après 55 à 60 jours d'incubation. Comme la femelle couve à partir de la ponte du premier oeuf, il y a un important écart de taille entre l'aîné et le cadet. Celui-ci est donc tué par son frère ou peut même être mangé par sa mère, c'est le phénomène du caïnisme ! L'oiseau naît au début du printemps, une période très favorable car les animaux emportés par les avalanches ou morts de faim se découvrent progressivement de mars à juin, dans les Alpes et les Pyrénées, avec le déneigement. Le poussin voit ainsi le jour à une période où les conditions alimentaires sont optimales. Le poussin a une croissance lente et il reste au nid près de quatre mois. Les deux premiers mois, un des adultes reste au nid avec le jeune et l'autre entreprend la becquée. A trois mois, il atteint la taille adulte et à quatre mois il a le plumage sombre des juvéniles.
Le jeune entreprend son premier vol à l'âge de 110 à 120 jours, c'est-à-dire en Europe de fin juin à début août. Jusqu'à l'automne il reste aux environs des sites de reproduction et il quitte le territoire familial dès que ses parents recommençent un cycle de reproduction. A partir de ce moment le juvénile mêne une vie erratique très dangereuse (voir : Mode de vie).
Subadulte, il se fixe sur un territoire et peut même créé un couple, pas encore reproducteur. Ce n'est qu'à l'âge de 7 ans, qu'il devient adulte et qu'il peut se reproduire.C'est également à cet âge qu'il arbore le superbe plumage adulte.
Malheureusement, le gypaète barbu est une espèce très peu productive : en 2001, sur les 37 couples présents en France, seulement 7 jeunes se sont envolés ! Cependant, cette faible productivité est compensée par une importante longévité qui peut dépasser 30 ans.
Paramètres de la reproduction des trois populations françaises de gypaète barbu (Source : Rapaces nicheurs de France - Distribution, effectifs et conservation - Jean-Marc Thiollay et Vincent Bretagnolle (Résultats de l'Enquête Rapaces 2000)) :
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Région
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Période
étudiée
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Nombre
total de couples cumulés
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dont
trios
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Couples
pondeurs
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Couples
producteurs d'un jeune
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Productivité
/ Couples nicheur
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Corse
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1983-2002
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163
|
23
|
70%
|
30%
|
0,18
|
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Pyrénées
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1960-2002
|
386
|
18
|
76%
|
55%
|
0,43
|
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Alpes
|
1987-2002
|
16
|
4
|
75%
|
50%
|
0,44
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Sources :
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