Page dernièrement modifiée le Samedi 7 Juin 2008

POPULATION CORSE

La Corse est, avec les Pyrénées, l'un des derniers bastions de l'espèce en Europe. En effet, elle abrite 10 territoires occupés en permanence (8 dans le département de la Haute-Corse, 2 dans le celui de la Corse-du-Sud) par des couples cantonnés. La population était estimée à moins d'une trentaine d'individus en 2006 (23-30).

Le gypaète barbu est présent sur l'ensemble de la chaîne corse, d'Olmi Capella (Haute-Corse) au nord, à Bavella (Corse du Sud) au sud.

En Corse, le principal bastion de l'espèce est le massif du Monte Cinto (Haute-Corse) : ce secteur abrite au moins 3 couples (dont un trio dans la vallée d'Asco) sur les 10 que compte l'île. Ce massif est un des seuls de l'île possédant une importante densité en ongulés (mouflons essentiellement), donc en carcasses. Les secteurs des hautes vallées d'Asco et de Niolo en sont de très bons exemples, avec près de 500 mouflons à elles seules.

A signaler que le couple le plus au sud de l'île se trouve dans les Aiguilles de Bavella et qu'il est relativement isolé du reste de la population : les couples les plus proches se trouvent à 45 km au nord.

Enfin, les aires des couples corses sont toutes localisées entre 700 et 1750 mètres d'altitude.

Tableau de l'évolution de la population corse de 1995 à 2000 (Source : Le Gypaète barbu de Jean-François Terrasse (2001) - Info) :

1995
1996
1997
1998
1999
2000
Couples adultes cantonnés
8
8
8
6
5
10
Couple adulte + immature ou subadulte
0
0
0
2
2
0
Adulte présumé seul
0
0
0
0
1
0
Ponte
6
6
3
3
3
9
Jeune volant
1
2
1
0
0
4
Jeune mort au nid
0
0
0
0
1
0
Adulte mort
0
0
0
0
1
0
Adulte disparu
0
0
2
2
0
0

Evolution de la population corse depuis 2001 :

Bien que le nombre de couples soit resté stable depuis une quinzaine d'années (entre 8 et 10), la productivité a fortement chuté depuis la fin des années 1990.

Jusqu'aux années 1990, la productivité de la population était plutôt "regulière". Puis, elle a progressivement baissé, jusqu'à atteindre "zéro", en 1998 et 1999.

En 2000, les résultats étaient encourageants : 10 couples cantonnés (donc 2 nouveaux, en plus des 7 couples et du trio connus), 9 pontes déposées pour 4 jeunes à l'envol. De plus, un minimum de 4 immatures ont été observés cette année là, dont 2 juvéniles de 1 an (alors qu'aucun jeune volant n'avait été observé en Corse, en 1999), sûrement nés en Corse mais passés inaperçus.

Mais ce "sursaut" ne s'est pas poursuivi les années suivantes, puisque le succès reproducteur est resté extrêmement faible, avec un seul jeune à l'envol entre 2001 et 2003. Pire, une nouvelle chute de la productivité est notée en 2004 et 2005, avec de nouveau aucun jeune à l'envol.

Heureusement, une reprise est constatée en 2006 avec 10 couples cantonnés, 5 pontes déposées et 2 jeunes à l'envol (soit un taux de ponte de 50% et une productivité de 0,2 jeune / couple). Un jeune s'est envolé en 2007 et en 2008, 3 jeunes sont sur le point de s'envoler !

Pour finir sur ce point, cette forte baisse de la productivité a entraîné des changements dans la composition des couples. Dans les années 1970-1980 et au début des 1990, les partenaires de tous les couples étaient toujours des adultes, signe d'une population encore saine et dynamique. Dans une population en bonne santé (productivité normale), le remplacement d'un partenaire disparu dans un couple est effectué par un autre individu adulte, provenant de la population d'individus adultes solitaires. Les individus subadultes et immatures ne participent pas à la formation de ces couples, puisque les adultes disponibles sont suffisamment nombreux.

Au contraire, à partir de 1998 en Corse, la présence, au sein de quelques couples, d'un immature ou d'un subadulte parmi les partenaires signifie que la productivité n'a pas été suffisante.

Haute vallée de l'Asco, dans le massif du Monte Cinto.

Photo : © Mathieu Krammer - 19 août 2006 - Asco (Haute-Corse).

Les facteurs limitant l'accroissement de la population et la productivité sont nombreux :

Lors du colloque Gypaète à Termignon (Vanoise) en octobre 2004, J.-F. Seguin (Parc naturel régional de Corse) a présenté un modèle sur les risques d'extinction de la population. Dans le contexte actuel, ils restent très élevés.

Grâce à un programme européen LIFE Nature (période 1998-2002) et au Parc naturel régional de Corse, plusieurs mesures de conservation de l'espèce sur l'île ont eu lieu ou pourrait avoir lieu. Pour pallier au manque de nourritures, 2 solutions se présentent :

P.S : La réintroduction du cerf dans le sud-est de la Corse ne semble pas apporter plus de solutions, cet animal étant surtout forestier.

Le programme LIFE Nature permet aussi le financement de fermetures de pistes forestières passant trop près de sites de nidification. C'est par exemple le cas en haute vallée d'Asco avec la fermeture de la piste forestière de Mutola.

Par ailleurs, depuis le début des années 1990, la réintroduction du gypaète dans l'Argentera-Mercantour (Alpes-Maritimes) aurait pu faciliter l'arrivée de nouveaux d'individus et éventuellement un brassage de population qui limiterait fortement la consanguinité. Les distances entre les deux sites sont en effet faibles (moins de 200 kilomètres) et, par temps clair, les premiers contreforts alpins sont observables depuis les montagnes du nord de l'île et vice-versa. Toutefois, il semblerait qu'un jeune vautour lâché dans les Alpes-Maritimes ait été vu en Corse depuis la réintroduction dans les Alpes.

Mais tout récemment (mai 2008), la réintroduction du gypaète barbu a débuté sur l'île-soeur de Sardaigne, avec le lâcher de 3 jeunes oiseaux. Pour plus d'informations, voir : Cas de la Sardaigne dans la partie Différentes populations méditerranéennes. De toute évidence, à court terme, la population corse profitera de cette réintroduction, avec l'arrivée de jeunes oiseaux, donc de sang neuf, dans cette population peut-être (vraisemblablement ?) consanguine...

Sources :

  • Circulaire n°48 – Réseau Casseur d’os – M. Razin / 09 – 2007.
  • Compte-rendu des Rencontres internationales des "20 ans de la réintroduction du gypaète barbu dans les Alpes" du 13 au 15 octobre 2006 au Grand Bornand (Haute-Savoie).
  • La Plume du gypaète - Lettre de liaison semestrielle du réseau d'observateurs alpin n°9 (juillet 2005) et 10 (janvier 2006).
  • Colloque Termignon 14-17 Octobre 2004 - Grands rapaces et Gypaète barbu.
  • Rapaces de France n°7 (2005), n°8 (2006) et n°9 (2007) - Revue nature de la LPO.
  • Rapaces nicheurs de France - Distribution, effectifs et conservation - Jean-Marc Thiollay et Vincent Bretagnolle (Résultats de l'Enquête Rapaces 2000).
  • Le Gypaète barbu de Jean-François Terrasse (2001) - Info.
  • Site internet de la Fondation pour la Conservation du Gypaète Barbu (FCBV en anglais).

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