Page mise en ligne le 14 Juin 2008 - Page dernièrement modifiée le Samedi 14 Juin 2008

LE GYPAETE BARBU DANS LES BALKANS (Ex-Yougoslavie, Albanie, Macédoine, Grèce et Bulgarie)

Le nord des Alpes dinariques (Slovénie, Croatie, Bosnie et Serbie), dans les Balkans de l'ouest, offre un habitat très favorable au gypaète barbu qui y nichait d'ailleurs régulièrement jusqu'à la fin du XIXème siècle.

Puis, avec l'usage massif voire récurrent de la strychnine pour lutter contre les loups, les populations se sont effondrées. Par exemple, Reiser signale plusieurs cadavres de vautours fauves et de gypaètes, retrouvés autour d'une carcasse de cerf bourré de strychnine, en 1891, en Bosnie-Herzégovine. Le dernier gypaète de Bosnie sera abattu en 1893. En Serbie, la dernière nidification date de 1954-55. Dès le milieu du XXème siècle, le gypaète avait déjà disparu du nord des Alpes dinariques. Encore que quelques observations éparses et sporadiques aient été enregistrées jusqu'à la fin du XXème siècle.

En Bulgarie, à l'est des Balkans, l'espèce était commune dans les montagnes du Balkan (centre du pays) et les Rhodopes (sud-ouest du pays, sur la frontière avec le Grèce). Le dernier couple connu fut empoisonné en 1955 (Hiraldo, 1979). En 1972, un gypaète est retrouvé mort et l'espèce est alors considérée comme éteinte du pays. Mais un jeune oiseau est abattu en 1980, preuve que l'espèce survit et se reproduit tant bien que mal en Bulgarie. Au cours des années 1990, deux immatures différents sont observés en 1994 près d'un site de nourrissage, puis un adulte en 1995 (Hristov et Hristova, 1998) et un subadulte en 1999 (Stoinov, FCBV, 1999). Ces observations récentes prouvent que quelques individus, voir quelques couples, sont toujours présents dans les Rhodopes orientales.

Au sud des Alpes dinariques (Albanie, Macédoine et nord de la Grèce), l'espèce a résisté plus longtemps.

Si l'espèce a disparu d'Albanie au cours du XXème siècle, un oiseau est encore observé en 1985, à la frontière avec le sud-ouest de la Macédoine. Plus récemment, quelques indices anecdotiques de la présence récente du gypaète auraient encore été trouvés dans la montagne de Korab, à la frontière avec la Macédoine. En Macédoine justement, 3 couples subsistaient et se reproduisaient jusqu'en 1985, deux au sud et un au nord-ouest du pays (B. Grubac). Mais ils ont été empoisonnés les uns après les autres et ont aujourd'hui totalement disparu. En 2005, la présence d'un seul individu était prouvée dans la zone frontalière entre la Macédoine et la Grèce.

La Grèce justement était encore - jusqu'au début du XXème siècle - un des bastions de l'espèce en Europe, avec l'Espagne. Bien que le gypaète ait disparu très tôt du Péloponnèse (1905), il a subsisté beaucoup plus longtemps dans les massifs montagneux du Parnasse (centre du pays), du Pinde (ouest du pays), de Macédoine (nord du pays) et de Thrace (nord-est du pays). En 1985, la population était estimée à 20 couples par Handrinos. Mais là encore, le poison les a décimé...

Actuellement, dans les Balkans, il ne resterait plus qu'un à quelques individus erratiques (mais aucun couple formé) dans les montagnes entre le sud de la Macédoine et le nord de la Grèce, ainsi que peut-être aussi au sud de la Bulgarie, dans les Rhodopes orientales.

Dans les Balkans, on peut parler d'une véritable extermination du gypaète barbu. C'est principalement l'emploi du poison contre les canidés (loups, chacals et renards) qui a mené l'espèce à l'extinction. D'ailleurs, l'empoisonnement de carcasses se poursuit (illégalement) jusqu'à nos jours en Grèce et dans les pays de l'ex-Yougoslavie.

Actuellement, un projet de réintroduction existe en Bulgarie, dans les montagnes du Rhodopes orientales. Il est soutenu par le Balkan Vulture Action Plan, organisation qui agit pour la conservation et le rétablissement des populations des 4 espèces de vautours dans neuf pays des Balkans (Bulgarie, Macédoine, Albanie, Serbie, Croatie, Monténégro, Bosnie-Herzegovine et Grèce).

Mais la condition sine qua non avant toute réintroduction de vautours dans cette région (et surtout du gypaète dans les effectifs, dans la nature et en captivité, sont encore faibles au regard de ceux des autres espèces de vautours) sera la lutte contre l'empoisonnement des canidés. Car si l'empoisonnement persiste, toute tentative de réintroduction se soldera invariablement par un échec et ne servirait donc à rien...

Toutefois, ce projet pourrait voir le jour à moyen terme. Outre le retour de l'espèce dans une région (les Balkans) où d'importantes populations étaient encore présentes il n'y a pas si longtemps, ce projet est stratégiquement très intéressant. En effet, la présence d'une population viable de gypaètes barbus dans les Rhodopes et la péninsule balkanique en général constituera un "pont" entre la population alpine et la population turque (quelques centaines de couples présents en Anatolie), elle-même en contact avec les fortes populations du Moyen-Orient et d'Asie Centrale.

Sources :

  • 2° rencontre sur le Plan d'action pour le rétablissement et la conservation des vautours dans le péninsule des Balkans et les régions adjacentes, par le BVAP (Balkan Vulture Action Plan), 27-30/06/2005, Macedonia.
  • Site internet de la Fondation pour la Conservation du Gypaète Barbu (FCBV en anglais).
  • Le Gypaète barbu de Jean-François Terrasse (2001) - Info.

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