Page mise en ligne le 7 Juin 2008 - Page dernièrement modifiée le Samedi 7 Juin 2008

POPULATION DE GYPAETES BARBUS DE L'ATLAS (Maroc)

Au XIXème siècle, le gypaète était largement répandu dans les massifs montagneux de la Méditerranée au Sahara, du Maroc à la Tunisie.

Comme toutes les populations du pourtour méditerranéen, ses populations ont rapidement décliné.

L'espèce a d'abord disparu de Tunisie. Le déclin s'est accéléré à partir de 1925. La dernière preuve de nidification date de 1939.

En Algérie, le gypaète est très probablement éteint actuellement. La dernière preuve de reproduction connue date de 1978, avec l'observation d'une aire habitée dans le massif de Petite Kabylie, par Philippe Desmond.

Massif d'Azourki dans le Haut-Atlas central (Maroc).

Photo : © Namous - http://namous.canalblog.com

A l'heure actuelle, le gypaète ne survit plus en Afrique du Nord qu'au Maroc, sans qu'on soit certain toutefois si la population est encore viable.

L'espèce a disparu dans les années 1970 du Rif, du Moyen-Atlas et du plateau central (Thévenot et al. 2003). Il ne subsiste plus que dans le Haut-Atlas occidental (Parc national du Toubkal), le Haut-Atlas central (massif du Mgoun) et peut-être aussi dans l'Anti-Atlas (Thévenot et al. 2003 ; Godino et al. 2004 ; Cherkaoui 2005).

Selon Bergier (1987), il s'agit au maximum de quelques dizaines de couples ; pas plus de 10 à 20 couples pour Franchimont et Sayand (1994). En septembre 1999, BirdLife International évaluait la population marocaine à 5 couples au total. (Cherkaoui et al. 2006).

Un groupe de 5 oiseaux (3 adultes et deux juvéniles) a été observé dans le Parc National du Toubkal en 2003 par un groupe d'ornithologues espagnols, ce qui constitue une des dernières preuves récentes de la nidification du gypaète barbu au Maroc (donc à fortiori en Afrique du Nord). (Godino et al. 2003 et Godino et al. 2004). Tout récemment, en 2007, une aire occupée a été découverte par Alfonso Godino dans le Haut-Atlas (sans plus de précisions sur la localisation).

Enfin, en décembre 2005, un immature de 2 ans a été observé à 2000 mètres d'altitude dans le massif du Jbel Ayachi (Haut-Atlas oriental). S'agit-il d'un jeune oiseau venu du noyau de population du Haut-Atlas central ou occidental ? Ou alors s'agit-il d'un gypaète né dans ce massif très sauvage et très montagneux (plus de 3700 mètres d'altitude) du Haut-Atlas oriental, ce qui signifierait qu'au moins un couple reproducteur subsiste dans cette région où l'on croyait l'espèce disparue ? Les données précédentes dans le Haut Atlas Oriental dataient de 1968, avec 2 oiseaux observés (Vernon 1973) ; puis de 1972, 1973 et 1979, avec des oiseaux solitaires observés (Vernon inéd. fide M. Thévenot).

A l'heure actuelle, la population marocaine serait inférieure à 10 couples. Elle est au seuil d'extinction (Thévenot et al. 2003). Les causes sont multiples : destructions directes (bien que l'espèce soit protégée par un arrêté permanent de chasse) par manque de sensibilisation et de connaissances de l'espèce des populations locales, mais surtout usage du poison contre les chacals et les renards, utilisation de pesticides (rodenticides comme le sulfate de thallium, anticoagulants...) et diminution des ressources alimentaires. De plus, il y a encore 30 ans, la population d'Afrique du Nord était liée à la population andalouse au sud de l'Espagne, ce qui facilitait les échanges d'individus et la dynamique des deux populations. Depuis, la population andalouse a disparu (bien qu'en cours de réintroduction depuis 2006).

Toutefois, il est possible que la population soit en fait plus importante, mais que par manque de prospections (notamment dans les montagnes de l'est du Maroc), nous ne le savons pas.

Sources :

  • Cherkaoui I., Essabbani A. & Rguibi Idrissi H. 2006. Observation d’un Gypaète barbu juvénile Gypaetus barbatus dans le massif du Jbel Ayachi (Haut-Atlas Oriental, Maroc). Go-South Bull. (2006) 3, 4-5.
  • Circulaire n°48 – Réseau Casseur d’os – M. Razin / 09 – 2007.
  • Le Gypaète barbu de Jean-François Terrasse (2001) - Info.
  • Site internet du Groupe d'Etude et de Recherches des Ecologistes Sahariens.

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