| POPULATION
PYRENEENNE DE GYPAETES BARBUS |
Nous parlerons de la population pyrénéenne de gypaètes barbus à travers 3 paragraphes :
| EFFECTIFS ET TERRITOIRES FREQUENTES |
La plus importante population européenne se situe dans les Pyrénées franco-espagnoles, avec 118 couples reproducteurs (2006) et près de 500 individus.
Territoires
occupés par des couples cantonnés ou en formation | Nombre
de couples reproducteurs contrôlés | Nombre
de jeunes à l'envol | ||||||||||
France | Espagne | Andorre | TOTAL | France | Espagne | Andorre | TOTAL | France | Espagne | Andorre | TOTAL | |
2000 | 23 | 82 | 0 | 105 | 19 | 72 | 0 | 91 | 11 | ? | ? | ? |
2001 | 25 | 85 | 0 | 110 | 22 | 77 | 0 | 99 | ? | ? | ? | ? |
2002 | 27 | 93 | 0 | 120 | 20 | 80 | 0 | 100 | 10 | ? | ? | ? |
2003 | ? | 93 | 0 | ? | ? | 84 | 0 | ? | ? | ? | ? | ? |
2004 | 24 | 106 | 0 | 130 | 21 | ? | 0 | 110 | 10 | ? | ? | ? |
2005 | 25 | 102 | 1 | 128 | 22 | 89 | 1 | 112 | 9 | 36 | 0 | 45 |
2006 | 27 | 102 | 1 | 130 | 25 | 92 | 1 | 118 | 15 | 26 | 1 | 42 |
2007 | 31 | 97 | 1 | 129 | 26 | 85 | 1 | 112 | 8 | 25 | 0 | 33 |
2008 | 29 | ? | ? | 125 | 24 | ? | ? | ? | 10 | 38 | 1 | 49 |
Territoires
occupés | Nombre
de couples et trio(s) cantonnés | Nombre
de pontes | Nombre
de jeunes à l'envol | |||||||||||||||||||
64 | 65 | 31 | 09 | 66 | 11 | TOTAL | 64 | 65 | 31 | 09 | 66 | 11 | TOTAL | 64 | 65 | 31 | 09 | 66 | 11 | TOTAL | ||
2005 | 7 | 11 | 1 | 5 | 1 | 0 | 25 | ? | ? | ? | ? | ? | ? | ? | 3 | 4 | 0 | 1 | 1 | 0 | 9 | |
2006 | 8 | 11 | 1 | 6 | 1 | 0 | 27 | 7 | 11 | 1 | 5 | 1 | 0 | 25 | ? | ? | ? | ? | ? | ? | 15 | |
2007 | 8 | 12 | 1 | 6 | 1 | 0 | 28 | 4 | 10 | 1 | 5 | 1 | 0 | 21 | 1 | 5 | 0 | 1 | 1 | 0 | 8 | |
2008 | 31 | 7 | 12 | 1 | 8 | 1 | 0 | 29 | 5 | 12 | 1 | 5 | 1 | 0 | 24 | 3 | 6 | 0 | 0 | 1 | 0 | 10 |
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| Paysage de haute montagne dans les Pyrénées (ici en Ariège) : le royaume du gypaète barbu ! Photo : © Olivier Guix - pyreneisme.free.fr |
En France, l'espèce est surtout présente dans la partie ouest de la chaîne, dans les départements des Pyrénées-Atlantiques et des Hautes-Pyrénées (où se situent le Parc National des Pyrénées). Le gypaète niche dans des zones encore fortement pastoralisées (vallées d'Aspe, d'Ossau, Pays Basque...) et où vivent de nombreuses espèces d'autres rapaces (vautour percnoptère, vautour fauve, aigle royal ...). La zone centrale du Parc National des Pyrénées, notamment les vallées de Luz et d'Aure, avec sa forte densité en isards, est une zone de refuge importante en été pour les jeunes gypètes barbus espagnols. Les Hautes-Pyrénées ont des conditions idéales (nombreuses proies aussi bien sauvages que domestiques, nombreux sites de nidification en haute-montagne peu perturbés) et une productivité qui s'approche des 1 jeune/couple/an.
Au contraire, dans les deux extrémités de la chaîne, la densite en couple est plus faible et leur productivité généralement plus faible également.
A l'extrémité ouest, 4 couples sont présents dans le Pays Basque, 4 autres dans le Haut-Béarn. Le Pays-Basque, beaucoup moins favorable à la reproduction (région humide et très humanisée (dérangements nombreux), rareté des ongulés sauvages, sites de nidification souvent peu favorables...) connait une productivité extrêmement faible. Ainsi, aucun jeune n’a été élevé entre 2004 et 2007. Pour la première fois depuis 1998, 2 jeunes furent élevés en 2008, ce qui fut un évènement !
Depuis quelques années, des couples se forment dans la partie orientale de la chaîne pyrénéenne française (Haute-Garonne, Ariège et Pyrénées-Orientales), retour en partie lié à l'établissement de site de nourrissage. Si l'Ariège comprend plusieurs couples tant dans sa partie ouest (Haut Couserans) que sa partie est (Haute-Ariège), les Pyrénées-Orientales ne comprenne pour l'heure qu'un seul couple, installé dans le Conflent. En 2008 toutefois, un couple semble en formation à l'est du massif du Canigou, dans une zone pauvre en cavités de nidification favorables.
En 2006, dans les Pyrénées espagnoles, la productivité est la plus basse enregistrée depuis 1984, à cause de la baisse très forte enregistrée en Aragon cette année ; au contraire, la productivité en Catalogne et en Navarre est stable voire en légère augmentation depuis 5 ans. Paradoxalement, la productivité des Pyrénées françaises en 2006 est la plus forte enregistrée depuis 1989.
En 2007, la productivité s’est légèrement améliorée en Aragon bien qu’elle reste médiocre (+ 0,3), mais elle a chuté en Catalogne, a baissé en France et reste faible en Navarre.
Les menaces qui pèsent sur la population pyrénéenne sont essentiellement d'origine humaine.
Depuis 2005, une mortalité sans précédent affecte l’espèce dans les Pyrénées. Entre 2005 et 2008, pas moins de 26 gypaètes ont été retrouvés morts dans les Pyrénées.
Le bilan de 2009 est encore inconnue mais d'ores et déjà, un adulte des Hautes-Pyrénées retrouvé blessé en avril est mort en juillet 2009.
Voici les principales menaces qui pèsent sur la population de gypaètes barbus des Pyrénées :
L'empoisonnement est la principale cause suspectée de cette hausse de la mortalité qu'on observe depuis 2005. Dans les Pyrénées espagnoles, le poison est à l'origine de 45% des cas de mortalité
En 2001 et 2002, le lindane (un insecticide) a causé la mort d'une centaine d'isards dans le massif du Bazès (Hautes-Pyrénées). Le couple de gypaètes établi dans le secteur n'a pas été observé cette année là. Il est probable qu'il ait été empoisonné.
Autre exemple, en mai 2008, un poussin de 2 mois ainsi qu’un adulte ont été découverts en Aragon, respectivement sous et dans une aire sur 2 territoires différents. On suspecte des empoisonnements.
Il s'agit d'une menace importante. Il s'agit de câbles liées aux stations de sport d'hiver (remontées mécaniques...) et de câbles des lignes à haute tension. Dans les Pyrénées espagnoles, les collisions par câbles sont à l'origine de 22% des cas de mortalité.
Les lignes électriques passant passant à proximité des sites de reproduction sont les plus dangereuses. Le dernier cas date du mois d'août 2009 avec la découverte d'un jeune gypaète blessé. (voir l'actualité : Un jeune gypaète blessé suite à une collision avec un câble dans les Hautes-Pyrénées)
Dans les Pyrénées espagnoles, les tirs sont à l'origine de 13% des cas de mortalité. Au moins 10 individus ont été tirés sur l'ensemble de la chaîne (France, Espagne et Andorre) entre 1987 et 1998.
Alors qu'on croyait cette menace révolue, un nouveau cas eut lieu en janvier 2008 en Haut-Béarn, preuve que des gypaètes se font encore lâchement abattre dans les Pyrénées.
Les dérangements lors de la reproduction, qu'il s'agisse de pratiques d'activités de plein air (randonnée, chasse, survols, escalade...) ou de projets d'aménagement et d'équipement (création de pistes...), dans un rayon inférieur à 1200 mètres autour des nids, perturbent gravement le bon déroulement de la reproduction de l'espèce, de période d'installation (automne) à l'envol des jeunes (été). Cette menace est particulièrement grave dans le Pays Basque et en Béarn, où l'on constate l'abandon de plus en plus marqué des aires les plus basses. Dans les Pyrénées orientales, les survols quotidiens des hélicoptères militaires de l’école internationale de pilotage, pourraient freiner la recolonisation de ce département.
Dans beaucoup de secteurs des Pyrénées, le manque de nourriture est un réel problème. En effet, les seules populations d'ongulés sauvages sont celles de l'isard (chamois pyrénéen) et il n'est pas abondant partout. Principalement dans la partie occidentale (Pays-Basque), l'isard est rare. Les troupeaux domestiques ne sont pour l'instant pas assez nombreux pour nourrir une plus importante population.
Ce manque de nourritures entraîne inévitablement une diminution de la productivité.
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| MESURES DE CONSERVATION DE CETTE POPULATION |
Heureusement l'Union Européenne a financé jusqu'en 1994, un programme LIFE Nature dans les Pyrénées, qui a permis un partenariat avec le programme espagnol. Cela a permis :
Depuis 1994, le Programme "Pyrénées Vivantes" s'est mis en place sur l'ensemble des Pyrénées (Espagne, France et Andorre) pour poursuivre l'action du programme LIFE. Ce programme coordonné par la LPO est réalisé par un réseau de partenaires, dans le cadre du Plan de restauration ministériel de l’espèce piloté par la DIREN Aquitaine. Il est soutenu par les collectivités territoriales pyrénéennes, par le Ministère en charge de l’environnement et par l’Union Européenne. Le suivi de la population de Gypaète barbu nord pyrénéenne est réalisé par le réseau « Casseur d’os », composé des organismes suivants :
Voici quelques mesures de conservation actuellement en cours dans le cadre du programme.
Les opérations de soutien alimentaire spécifiques ont débuté dans les deux estrémités de la chaîne : au Pays Basque, en Ariège, dans les Pyrénées orientales et dans l’Aude. Elles devraient débuter bientôt en Haute Garonne. Les opérations de nourrissage tels que réalisées sur le versant français (faibles quantités d’os déposées en dehors de la période de présence des troupeaux), constituent bien un soutien alimentaire qui ne peut rendre les oiseaux dépendants.
Ce nourrissage vise surtout à favoriser la survie des oiseaux inexpérimentés en hiver et à favoriser les conditions de reproduction des couples.
Enfin, le projet de réintroduction du bouquetin ibérique dans les Pyrénées (toujours dans les cartons), aussi bien versant espagnol que français, permettrait d'apporter une nouvelle source de nourriture non négligeable, aux gypaètes.
Le Réseau Casseur d'Os continue de suivre et de surveiller la reproduction des différents couples de gypaètes.
Dès que cela est possible, un soutien peut être apporté à certains couples.
Afin de limiter la tranquilité des sites de reproduction particulièrement sensibles du Pays Basque, des mesures de protection devraient limiter les dérangement : le territoire de l'aire d'un des couples devrait être classé en ZPS et le site de reproduction d'un second couple fait l'objet d'une convention entre la commune et l'ONF 64 (une mesure conservatoire contractuelle garantissant des conditions de tranquillité optimales dès le mois de novembre)
Autre exemple, en 2008, un soutien particulier a été réalisé pour un couple de gypaète du Pays Basque, avec la construction d’un nid artificiel grâce à un financement de la DIREN Aquitaine. Afin de réussir leur reproduction au Pays Basque, les gypaètes doivent pouvoir disposer d’une aire abritée des intempéries et préservée des dérangements. Une cavité a été creusée à titre expérimental sur une paroi exposée à l’est. Le chantier a duré 4 semaines, entre juillet et novembre 2008.
Le Réseau Casseur d'os prend contact avec EDF pour qu'ils équipent de signaux visuels les câbles les plus problèmatiques, sans grand résultat actuellement. Le dernier cas de collision en août 2009 dans les Hautes-Pyrénées le rappelle tristement...(voir l'actualité : Un jeune gypaète blessé suite à une collision avec un câble dans les Hautes-Pyrénées)
Depuis 1994, le Réseau Casseur d'os contrôle tous les territoires de gypaète barbu occupés. De plus, des massifs encore inoccupés sont prospectés en automne et surveillés pendant le reste de l’année à travers les suivis des autres espèces et celui des sites de nourrissage.
Ainsi, on peut dire qu'actuellement, la population territoriale nord pyrénéenne de gypaète peut être considérée comme l’une des mieux suivie en Europe.
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| Sources :
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