Page mise en ligne le Lundi 19 Janvier 2009 - Page dernièrement modifiée le Lundi 19 Janvier 2009

ENTRE BRAME DU CERF ET ROUCOULEMENT DU TETRAS-LYRE DANS LES HAUTS PLATEAUX DU VERCORS

1er octobre 2008

La montagne et le grand air me manquant, je profitais de cette semaine sans cours pour faire une petite randonnée sur les hauts plateaux du Vercors en ce premier jour du mois d'octobre. Avec Carole, nous partons de Grenoble, encore sous la nuit, à 5h15.

Après une bonne heure et demi de route, nous garons la voiture au bord de la route, sur les hauteurs de Saint-Agnan-en-Vercors. Sur la route forestière que nous avons emprunté sur quelques kilomètres (ouverte aux véhicules, je tiens à le préciser !), une pancarte indiquait quelques centaines de mètres plus bas que nous entrions sur le territoire de la Réserve Naturelle des Hauts Plateaux du Vercors.

Il est 7h00 quand nous commençons à marcher. Le sentier que nous empruntons démarre dans une pessière assez ouverte au sous-bois fourni vers 1350 mètres d'altitude. Les cinquantes premiers mètres à peine parcourus, un moment magique va s'offrir à nous...

A cette période de l'année et en ce lieu particulier, je murmure à Carole : "avec un peu de chance, nous entendrons le brame du cerf...". Elle me répond qu'elle ne l'a jamais entendu. Le sudiste que je suis ne l'a encore jamais entendu non plus. Peut-être cinq secondes après qu'elle ait fini sa phrase, un puissant cri guttural raisonne au milieu de la forêt !!! A quelques centaines de mètres de nous, un cerf (Cervus elaphus) brame. Le sentier s'approche de l'endroit d'où le cri a été émis et soudain, un nouveau raire se fait entendre, plus près encore, rapidement suivi d'un autre, puis d'un troisième ! Pas de doute, nous approchons d'une place de brame.

A pas feutrés, en faisant attention à ne faire aucun bruit, nous nous approchons d'une petite clairière, à peine visible en contrebas du sentier. Les brames continuent et se font plus forts. Nous sommes de plus en plus proches des protagonistes. Soudain, nous aperçevons à travers les épicéas, dans la dépression ouverte et dégagée sous le sentier, un cerf qui détalle pour se réfugier dans les bois. Pas le temps de voir grand chose, si ce n'est sa taille (ce n'est pas un chevreuil !!) et son miroir pâle. Il me semble avoir vu une biche ou un hère. Je n'ai pas vu les bois en tout cas.

Le sentier contourne la clairière par le haut ; les raires continuent, toujours aussi proches. Soudain, Carole me crie : "Mathieu, devant !", car j'avais les yeux rivés dans la clairière en contrebas. A 100 mètres, un beau cerf adulte traverse le sentier et rejoint, en bramant, une zone de taillis à l'entrée de la clairière. L'observation n'a duré que quelques secondes, mais quel bonheur d'avoir entrevu ce beau mâle, dans la pénombre matinale. A ce moment là, deux chasseurs nous dépassent, fusil sur l'épaule, sans un mot...

Deux chevrettes en lisière de forêt : "Deux chevreuils sortent précipitamment du bois, en courant. Il s'agit de deux chevrettes : une adulte encore avec son pelage roux estival et d'une d'environ 2 ans qui a déjà son pelage brun hivernal."

Photo : © Mathieu Krammer

Nous continuons tranquillement notre chemin dans une forêt claire, composée pour l'essentiel de grands épicéas, tous "enguirlandés" de lichens fruticuleux. C'est au coeur de cette pessière éclaircie que les premiers roucoulements de tétras-lyres (Tetrao tetrix) se font entendre, de plus en plus forts et de plus en plus nombreux. Plusieurs mâles chantent à proximité, mais complètement invisibles malgré mes recherches attentives au sommet des épicéas alentours. Parfois, les roucoulements sont accompagnés de chuitements caractéristiques ("Tchiou-ouîîch"), qui expriment l'excitation des mâles. En effet, le tétras-lyre connaît un regain d'activité à l'automne. Les mâles chantent et paradent comme au printemps, mais sans qu'il y ait d'accouplements avec les femelles.

Dans le même temps, nous nous trouvons vraisemblablement entre plusieurs cerfs dominants qui brament de part et d'autre du sentier, tout près de nous vu l'intensité des raires, mais que nous n'avons pu voir. Quel magnifique moment en tout cas que celui de se retrouver en pleine forêt au petit matin, avant les premiers rayons du soleil, au milieu des roucoulements de tétras-lyres et des brames de cerfs !

Après quelques dizaines de minutes de marche, le sentier débouche sur une clairière puis la quitte très vite. Nous décidons d'abandonner le chemin quelques instants pour nous aventurer un petit peu dans la clairière, en longeant la lisère. A ce moment, rien ne bouge. Par contre, les roucoulements et chuintements de tétras-lyre sont ici à leur paroxisme : ça chante de partout ! Toutefois, malgré de longs jumellages des quelques mamelons et des cimes des épicéas, je n'observe pas la plume d'un gallinacé ! Les brames continuent mais semblent un peu plus loin que tout à l'heure.

Paysages des hauts plateaux du Vercors au lever du jour : "Nous évoluons désormais entre clairières et boisements d'épicéas. Le soleil pointe désormais ses rayons et les brames continuent. Aux sombres épicéas, les érables sycomores rajoutent des touches couleur jaune-or au paysage des hauts plateaux."

Photo : © Mathieu Krammer

Il est à peu près 8 heures lorsque des "aboiements" de chevreuils, rauques et puissants, surgissent de la forêt devant nous. Ils se répètent et augmentent en intensité. On s'immobilise à ce moment car les animaux vont déboucher d'un moment à l'autre dans la clairière. Effectivement : deux chevreuils (Capreolus capreolus) sortent précipitamment du bois, en courant. Il s'agit de deux chevrettes : une adulte encore avec son pelage roux estival et une d'environ 2 ans qui a déjà son pelage brun hivernal. A notre vue, elles s'immobilisent une trentaine de secondes, avant de retourner dans le bois.

Cette belle rencontre terminée, nous rejoignons le sentier. Nous évoluons désormais entre clairières et boisements d'épicéas. Le soleil pointe ses premiers rayons et les brames continuent. Aux sombres épicéas, les érables sycomores rajoutent de vives touches de couleur jaune-or au paysage des hauts plateaux.

Le petit sentier grimpe sur un premier mamelon. Les mésanges s'activent au bout des rameaux d'épicéas, vraisemblablement à la recherche d'insectes à boulotter. Une mésange boréale (Parus montanus), absolument pas farouche comme à son habitude, se laisse photographier de près.

Lorsqu'on débouche sur la petite crête, nous tombons sur une vaste clairière au coeur de laquelle, dans une petite dépression, se trouve une cabane qui peut servir d'abri pour les randonneurs. De la lande, un rapace de taille moyenne s'envole. Il se perche sur la branche d'un épicéa, en lisière de la forêt. Aux jumelles, l'oiseau paraît entièrement gris cendré, de taille intermédiaire entre le faucon crécerelle et la buse variable. Je pense qu'il s'agissait d'un busard Saint-Martin mâle (Circus cyaneus). A ce moment là, le soleil est déjà levé. Il est prêt de 9 heures et demi et... un cerf mâle brame encore, de manière intense, pas loin du tout !! Désormais, les crêtes de la bordure orientale du massif du Vercors sont bien visibles.

Au bout de la clairière, dans un milieu qu'on pourrait qualifier de pré-bois, un pic noir (Dryocopus martius) chante et vole d'arbre en arbre à quelques centaines de mètres du sentier.

Nous continuons sur le chemin. A partir de là, les brames de cerfs ne se font plus entendre. Nous entrons dans une zone de lapiaz au milieu de la pessière. C'est alors qu'un bruit nous fait sursauter : un gros oiseau vient de s'envoler du pied d'un épicéa, probablement une poule ou un coq de tétras-lyre, peut-être une gélinotte...

Paysages des hauts plateaux du Vercors en fin de matinée : "Le paysage s'éclaircit de nouveau : de la pessière, nous passons à des prés-bois puis à de véritables pâturages au centre duquel se trouve une seconde jolie petite cabane. Le paysage se fait beaucoup plus alpin, au pied des crêtes de la bordure orientale du massif du Vercors."

Photo : © Mathieu Krammer

Le reste de la randonnée se déroule tranquillement. Nous rencontrons les deux chasseurs que nous avons croisé ce matin, visiblement bredouilles. Nous discutons quelques instants. Le sentier descend maintenant dans un petit vallon, beaucoup plus frais, comme en témoigne l'omniprésence de mousses au sol et sur les troncs. Les arbres sont ici beaucoup plus hauts, beaucoup plus vieux. En remontant ce petit vallon, plusieurs grattées au sol, au bord du sentier, traduisent le passage récent d'une compagnie de sangliers. Finalement, le paysage s'éclaircit de nouveau : de la pessière, nous passons à un pré-bois puis à de véritables pâturages au centre duquel se trouve une seconde jolie petite cabane. Le paysage se fait beaucoup plus alpin, au pied des crêtes de la bordure orientale du massif du Vercors. Devant nous, trois marmottes (Marmota marmota) s'affairent à l'entrée de leur terrier. Il s'agit d'un adulte et de deux individus plus jeunes. Tous semblent en tout cas bien gras !

Au milieu de la pelouse, le sentier traverse une petite dalle rocheuse d'où nous dérangeons un bel orvet (Anguis fragilis), probablement en train de profiter des derniers jours de grand beau temps avant le début de l'hiver.

Il n'y a pas beaucoup de passereaux des champs et des pelouses, par rapport à ce que l'on peut observer en été. Tout au plus, un rougequeue noir (Phoenicurus ochruros) est observé sur la toiture de la cabane ! Nous pique-niquons au niveau de la cabane, face à la crête sommitale de la bordure orientale des hauts plateaux du Vercors. En jumellant rapidement, j'observe 3 chamois (Rupicapra rupicapra) au niveau des crêtes. A ce moment, un épervier (Accipiter nisus) nous survole rapidement. Un peu plus loin, aux jumelles, j'entrevois à quelques 500 mètres de distance un bouquetin mâle (Capra ibex) au niveau de la zone de combat, entre les derniers résineux et une zone plus ouverte, très en dessous de la ligne sommitale. Je passe les jumelles à Carole qui rectifie : "J'en vois 4 moi...". En fait, ni d'un, ni de quatre, il s'agissait d'un groupe d'une dizaine de gros mâles adultes.

Paysages des hauts plateaux du Vercors en début d'après-midi : "Nous évoluons désormais entre clairières et boisements d'épicéas. Le soleil pointe désormais ses rayons et les brames continuent. Aux sombres épicéas, les érables sycomores rajoutent des touches couleur jaune-or au paysage des hauts plateaux."

Photo : © Mathieu Krammer

En tout début d'après-midi, nous rebroussons chemin mais empruntons un autre itinéraire pour retourner à la voiture. Nous descendons le vallon que nous avons traversé et que j'ai décrit précédemment. Comme évoqué un peu plus haut, il est curieux de voir l'influence des micro-reliefs sur la végétation. Ici, contrairement à la végétation dominante des hauts plateaux (pessières plus ou moins éclaircies, arbres de taille moyenne), les arbres - essentiellement des épicéas - sont vraiment très hauts. Ce petit vallon est bordé en rive droite par des rochers qui forment par moment de toutes petites barres rocheuses ou des éboulis.

En cette saison, les baies sont nombreuses dans la forêt. Plusieurs oiseaux s'en régalent, dont un beau bouvreuil pivoine mâle (Pyrrhula pyrrhula) dérangé durant son festin. Nous récoltons quelques myrtilles, framboises et fraises des bois qui nous servirons à garnir une petite tarte en rentrant !

La randonnée se poursuit agréablement au milieu du karst forestier des hauts plateaux. Nous débouchons alors sur la zone plus clairiérée où nous sommes passés ce matin. Il est près de 13 heures.

C'est alors que, de loin, je vois une forme claire montée un talus très rapidement, entre les arbres, en lisière de la clairière. Je braque les jumelles dans cette direction mais je ne vois rien. En bougeant un peu, nous changeons d'angle de vue et j'aperçois, à l'oeil nu, une tache très claire qui dépasse des hautes herbes de ce talus, au milieu des épicéas. Et tout à coup, cette tache bouge !!! "Oh p.... ! Carole, les jumelles vite !!!" Un loup ?! Un lynx ?! Il faut dire que ces espèces ont hanté mon esprit tout le long de la randonnée.

Renard roux dans les hauts plateaux du Vercors : "il s'agit d'un très beau renard roux (Vulpes vulpes) ! Assis dans l'herbe, il nous regarde calmement."

Photo : © Mathieu Krammer

Ni l'un, ni l'autre : il s'agit d'un très beau renard roux (Vulpes vulpes) ! Assis dans l'herbe, il nous regarde calmement. Bien qu'à quelques centaines de mètres de nous, je tente de faire quelques clichés de ce bel animal. Puis je m'approche doucement, en m'avançant dans la clairière, complètement à découvert. Il ne bouge pas d'un poil. Finalement, je m'approche encore, trop pour lui. Le renard se lève et quitte calmement la zone, au pas. C'était une très belle observation d'un animal, très commun, mais qu'on n'observe pas non plus très couramment dans nos forêts.

Les têtes bien remplies des observations de la matinée, nous retournons vers la route forestière où la voiture est garée. C'est alors qu'un brame retentit !!! Nous sommes exactement là où les raires étaient les plus intenses ce matin. Il est un peu plus de 13 heures et un cerf continue de bramer, en tout début d'après-midi ! Toutefois, nous ne l'observerons pas lui non plus.

Quelques dizaines de minutes plus tard, la randonnée est terminée. Nous repartons les yeux et la tête bien remplis de superbes rencontres et de paysages magnifiques.

 

Les Oiseaux :

1. Epervier d'Europe (Accipiter nisus) : 1 individu en vol au dessus des pâturages vers 1600 mètres d'altitude.

2. Busard Saint-Martin (Circus cyaneus) ? : 1 mâle probable entre pâturages et pessières vers 1550 mètres.

3. Tétras-lyre (Tetrao tetrix) : très nombreux coqs entendus dans les pessières entre 1400 et 1600 mètres. Un individu probablement levé.

4. Pic noir (Dryocopus martius) : 1 vu et plusieurs entendus dans un pré-bois d'épicéas vers 1550 mètres d'altitude.

5. Rougequeue noir (Phoenicurus ochruros) : 1 individu sur le toit d'une cabane dans un pâturage à 1600 mètres.

6. Grives sp. (Turdus sp.), dont au moins une grive draine (Turdus viscivorus) : un peu de partout !

7. Merles sp. (Turdus sp.) : un peu de partout !

8. Mésange boréale (Parus montanus) : un peu de partout !

9. Mésange charbonnière (Parus major) : une dans une pessière à 1500 mètres.

10. Geai des chênes (Garrulus glandarius) : un peu de partout !

11. Pinson des arbres (Fringulla coelebs) : un peu de partout !

12. Bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula) : 1 individu dans une pessière à 1500 mètres se nourrissant de baies.

Les Mammifères :

1. Renard roux (Vulpes vulpes) : 1 adulte dans une clairière à 1450 mètres.

2. Marmotte des Alpes (Marmota marmota) : 1 adulte et 2 jeunes dans un pâturage vers 1650 mètres.

3. Bouquetin des Alpes (Capra ibex) : une dizaine de gros mâles adultes en limites entre alpages et forêts vers 1700-1800 mètres.

4. Chamois (Rupicapra rupicapra) : au moins 3 sur les crêtes à 1900-2000 mètres.

5. Chevreuil (Capreolus capreolus) : 2 chevrettes (une adulte au pelage d'été et une de 2 ans au pelage d'hiver) dans une clairière à 1450 mètres.

6. Cerf (Cervus elaphus) : 1 mâle bramant et 1 hère ou biche dans une petite clairière vers 1400 mètres.

Les Reptiles :

1. Orvet (Anguis fragilis) : 1 adulte dans un pâturage vers 1650 mètres.

 

Voici ici uniquement les photos de la randonnée (cliquez sur les images et laissez vous guider !!!)

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