Page dernièrement modifiée le 3 Décembre 2004

CANNELLE ABATTUE AU COURS D'UNE BATTUE - 01/11/2004

Adieu Cannelle ... (ici avec Pyren, né en 1995)

Photo : © Jean-Jacques Camarra - Réseau Ours Brun

L'ourse autochtone "Cannelle", seule femelle encore de souche pyrénéenne, a été abattue lundi 1er novembre 2004 par un chasseur, sur la commune d'Urdos, en vallée d'Aspe, au cours d'une battue aux sangliers effectuée par 6 chasseurs et leurs chiens.

Accompagnée d'un ourson de l'année (c'est-à-dire de moins d'un an), la femelle s'est sentie menacée et aurait commencé à attaquer les chiens, mordant l'un d'eux profondément, selon les déclarations des chasseurs rapportées par la préfecture des Pyrénées-Atlantiques. Cannelle se serait alors retournée vers l'un des chasseurs. "Se sentant menacé et pour se défendre, l'homme a fait feu et tué l'animal tandis que l'ourson disparaissait dans la nature", selon la préfecture de Pau.

Se sentant acculée et l'endroit étant particulièrement escarpée, Cannelle "a dû tenter de fuir mais n'a sans doute pas pu s'échapper avec son ourson" selon Gérard Caussimont, président du FIEP - Groupe Ours Pyrénées et l'un des grands spécialistes de cette espèce dans les Pyrénées.

Il explique par ailleurs qu'il avait lui-même repéré la trace de Cannelle et son ourson dans ce secteur et avait fait prévenir la société locale de chasse, via Jean-Jacques Camara (responsable du Réseau Ours Brun) et l'Institution Patrimoniale du Haut-Béarn. (voir plus bas le communiqué de presse du FIEP).

Avec cette mort, il ne reste plus que 2-3 ours en Béarn (un mâle de souche slovène et un ou deux mâles pyrénéens), plus le jeune ourson.

La mort de Cannelle pose bien sûr la question de la survie de l'ourson, probablement "métis" (père d'origine slovène et mère pyrénéenne). Voir l'actualité : La question de la survie de l'ourson

Les six chasseurs qui ont participé à cette battue ont été entendus mardi 2 novembre à la brigade de gendarmerie de Bedous (Pyrénées-Atlantiques), selon l'AFP, mais les chasseurs n'ont pas été mis en garde à vue. Les suites judiciaires à donner à cette affaire seront décidées en fonction des résultats de plusieurs expertises, toujours selon l'AFP.

La dépouille de Cannelle a été transférée à l'école vétérinaire de Toulouse pour qu'une autopsie soit pratiquée tandis qu'une expertise balistique a été confiée au laboratoire de police scientifique de Toulouse.

Jacques Chirac a regretté mercredi en Conseil des ministres cette "grande perte pour la biodiversité en France et en Europe".

Serge Lepeltier a estimé, dans une déclaration à l'AFP, que la mort de Cannelle (dernière ourse de souche pyrénéenne) est "une catastrophe écologique, un évênement d'une extrême gravité en matière de protection de la nature ". "Les chances de conserver une souche française" d'ours "sont quasiment perdues" a-t-il ajouté.

Par ailleurs, il a annoncé que "les services de l'Etat mettent tout en oeuvre pour localiser l'ourson, âgé d'environ 10 mois et quasiment en situation de sevrage". L'ourson "connaît le territoire où il est" et peut survivre si on lui ménage "un espace de très grand tranquillité" tout en complètant sa nourriture "sans imprégnation humaine".

Le ministre a également annoncé que l'Etat se porterait partie civile dans l'enquête judiciaire sur cette affaire.

Concernant les appels à la réintroduction des associations de protection de la nature et de la sénatrice Verts Dominique Voynet, M. Lepeltier a refusé de se prononcer, en rappellant qu' "une réflexion était en cours depuis plusieurs semaines" et qu'il avait recontré "toutes les associations intéressées".

" Le 1er novembre, la femelle Canelle suitée par un ourson, a été abattue par un chasseur lors d'une traque au sanglier accompagné d'un chien de petite taille (fox terrier), sur la commune d'Urdos (64). Le chasseur s'est alors rendu à la gendarmerie pour déclarer les faits et expliquer qu'il s'agissait d'un acte d'auto-défense. L'enquête est entre les mains du Procureur de Pau avec l'aide de la gendarmerie et du service départemental des Pyréénes Atlantiques de l'ONCFS. Le corps de l'animal est transporté aujourd'hui à l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse où il sera autopsié. Il n'y a donc encore aucune version officielle concernant la mort de l'animal, puisque l'enquête est en cours. Actuellement, l'ourson est toujours vivant. D'un point de vue technique, nous préconisons de le laisser dans son milieu naturel puisqu'il a des chances réelles de survivre (exemples des 2 oursons orphelins en septembre 1997 en Haute Garonne ainsi que dans d'autres pays européens) et de disposer dans son entourage des points de nourrissage pour accroître ses chances de survie. "

" L'irréparable s'est produit : aujourd'hui un chasseur a abattu à Urdos (Aspe) la femelle pyrénéenne Cannelle qui avait eu un ourson cette année.

Cannelle photographiée en haute vallée d'Aspe, au cours du mois d'août 2004.

Photo : © Jean-Jacques Camarra et D. Coreau - ONCFS

Cet acte inqualifiable s'est produit alors que des chasseurs sont allés chasser en battue dans un secteur où la femelle était installée et signalée à leur attention depuis des semaines.

Samedi 30 octobre, des naturalistes du FIEP ont trouvé des indices frais de la femelle et de l'ourson dans le secteur, ils ont immédiatement prévenu JJ.Camarra, coordonnateur du Réseau Ours Brun qui a à son tour prévenu le Directeur de l'Institution Patrimoniale qui a indiqué aux chasseurs la présence de l'ourse et l'ourson afin de préserver leur tranquillité.

Les chasseurs d'Urdos savaient pertinemment que ces ours se trouvaient là et n'auraient jamais dû aller chasser là avec des chiens. Se sentant acculée, la femelle a dû tenter de fuir mais n'a sans doute pu s'échapper avec son ourson.

Ce n'est pas la première fois que des chasseurs abattent un ours dans les Pyrénées : L'ourse Claude à Borce en 1994, l'ourse Mellba elle aussi suitée en 1997 en Haute Garonne. L'ours Papillon avait reçu une cinquantaine de plombs il y a quelques années, sans provoquer sa mort, comme l'a montré son autopsie il y a quelques semaines.

La mort de la seule femelle pyrénéenne connue est une véritable catastrophe écologique à un moment où tous les partenaires étaient en train de procéder à l'estimation de la population afin d'envisager le renforcement s'il n'y avait qu'une femelle reproductrice en 2004. On peut se demander aussi si l'ourson orphelin va survivre.

Cet acte nous rappelle que, contrairement à ce qui a été dit dernièrement, il y a bien besoin de maintenir des zones refuge sans chasse en battue pour les espèces comme l'ours.

Le FIEP-Groupe Ours Pyrénées demande que les pouvoirs publics fassent toute la lumière sur cette affaire et se réservent le droit d'engager les poursuites nécessaires à la manifestation de la vérité sur la destruction d'une espèce protégée, d'une relique vivante : l'ours des Pyrénées autochtone.
"

Voir le communiqué de presse de FERUS

Voir le communiqué de presse de FNE

L'ASPAS annonce dans un communiqué qu'elle "va déposer plainte contre le tueur de Cannelle et contre le président de la société de chasse pour destruction d'espèce protégée". Selon cette association de protection de la nature, les chasseurs d'Urdos "avaient été avertis de la présence" d'un ours "dans ce secteur" et se sont donc livrés à un "braconnage sur une espèce protégée".

De plus, elle rappelle que "ce n'est pas la première fois que des chasseurs tuent des ours dans les Pyrénées : l'ourse Claude en 1994, puis Mellba et 1997, puis l'ours Papillon qui avait reçu une cinquantaine de plombs".

Enfin, elle note que "Cannelle venait d'avoir un petit au printemps dernier, ourson qui a peu de chance de survivre tout seul".

Nicolas Hulot, proche du président Jacques Chirac sur les questions d'environnement, a estimé que la France avait perdu "un patrimoine écologique inestimable".

Se disant consterné, il explique que "la société de chasse d'Urdos avait été prévenue de la présence de l'ourse dans le secteur. Il n'y aurait jamais dû y avoir de battue. C'est une affaire gravissime, un patrimoine biologique qui disparaît".

Mercredi, au cours de la conférence de presse organisée par le préfet à Oloron, le président de la Fédération départementale de la chasse des Pyrénées-Atlantiques, Bernard Placé, a fait part de son sentiment de "gâchis écologique irrémédiable".

"Je sens une certaine culpabilité au fond de moi-même", a-t-il déclaré tout en assurant que le chasseur à l'origine de la mort de Cannelle avait "fait tout ce qui est humainement possible pour éviter le drame, au péril de sa vie".

"Je vais réunir de tout urgence tous les partenaires" explique de son côté Jean Lassalle. Il se dit "déchiré" mais s'il déplore la mort de Cannelle, il ne souhaite pas précipiter une réintroduction : "Si je vivais à Bruxelles ou à Paris, j'aurais sans doute une vision différente. Je ne veux pas faire de provocation. Il faut penser à la survie de nos vallées".

Le Parti socialiste s'est déclaré "scandalisé" et "demande que toute la lumière soit faite sur les conditions de cet abattage et que l'Etat en tire toutes les conséquences". Les socialistes réclament "en tout état de cause, un véritable plan de restauration d'une population viable d'ours (...)".

Sources :

  • Très nombreuses Dépêches AFP du 2/11/2004.
  • La Dépêche du Midi du 03/11/2004.
  • Site internet de FERUS - 02/11/2004.

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