Page mise en ligne le 29 Août 2005 - Page dernièrement modifiée le Lundi 29 Août 2005

CAUSES ET HISTORIQUE DE SA DISPARITION OU RAREFACTION EN FRANCE

Nous parlerons donc de l'historique de la raréfaction de la loutre d'Europe en France et de sa disparition de nombreuses régions du pays, à travers deux paragraphes :

 


CAUSES DE SA DISPARITION

Trois causes principales et une cause secondaire semblent expliquer le dramatique déclin de l'espèce en France : la chasse, la destruction de son habitat et la pollution. Le dérangement serait une autre cause de déclin de l'espèce, mais classée secondaire par rapport aux trois premières.

Avant 1972 et la protection officielle de l'espèce en France, la chasse, par piégeage notamment, était la principale cause de raréfaction et de disparition de l'espèce (Lodé, 1993). Entre 1880 et 1930, 3 à 400 loutes étaient abattues annuellement en France. Jusqu'en 1950, 2000 étaient encore tuées tous les ans (Bouchardy, 1986).

Les causes étaient nombreuses : la nuisibilité supposée de l'espèce et sa fourrure. La première mention "d'animaux nuisibles" date de 1844 et la loutre est classée dans cette catégorie. Les sociétés de pisciculture et les départements lancent de vastes campagnes contre la loutre à la fin du XIXème siècle. En 1926, le Ministre de l'agriculture, Chéron, déclarait que "pour mettre fin aux déprédations des loutres, il faut évidemment les détruire" (Broyer, 1986). Mais elle était aussi chassée pour sa fourrure. Un fourreur breton de Quimper vendait ainsi près de 400 peaux par ans (plus qu'il existe actuellement de loutres en Bretagne !).

Bien que l'espèce ait été classée parmi les espèces protégées en 1972, le piégeage continua pendant de nombreuses encore (Michelot, 1992).

La destruction de son habitat a beaucoup nuit au mustélidé. Si cette menace n'apparaît pas comme responsable d'un déclin brutal, elle limite le développement des populations et donc leur survie.

Les destructions sont multiples : aménagements hydrauliques, aménagements des berges...

Parmi les aménagements hydrauliques, les barrages sont très nocifs. Lors de largage de l'eau, les loutres peuvent se noyer dans leurs abris inondés (Weber, 1990). Au contraire, les cours d'eau peuvent subir de graves réductions au point d'être complètement asséchés en été. De ce fait, la répartition des loutres ne se fait qu'en amont des barrages, ce qui limite énormément l'aire de répartition de l'espèce (Bouchardy, 1986). De même, certains poissons ne peuvent plus remonter les rivières, ce qui diminue le nombre de proies disponibles. Les retenues, autres aménagements hydrauliques, créent des lacs artificiels de grande superficie, appauvris en oxygène, donc en poissons. Pour conclure sur ce point, nous pouvons dire que les aménagements hydrauliques font reculer l'aire de répartition de la loutre vers l'amont et limitent fortement le nombre de proies disponibles.

De nombreux aménagements sont également effectués sur les berges des cours d'eau. Les berges sont souvent taillées au buldozer, bétonnés et leurs végétations arrachées. Ls racines immergées et les vieux arbres n'existant plus, ce sont des refuges en moins pour l'espèce. Les poissons souffrant aussi de la perte de la végétation, ce sont autant de nourriture en moins pour la loutre.

Les routes et les voies de chemins de fer constituent des barrières géographiques artificiels, difficilement franchissables pour la loutre.

La pollution - notamment celle due au PCB, aux métaux lourds ou aux hydrocarbures - serait la principale cause de déclin de l'espèce en France et en Europe, au cours de ces 40 dernières années. A l'image des grands carnivores terrestres ou des rapaces, le loutre se trouve en bout de chaîne alimentaire et concentre donc les toxiques qu'elles trouvent dans son alimentation. Il s'agirait d'un facteur limitant le développement des populations car les pesticides ont des effets néfastes sur la reproduction (diminution des capacités reproductrices de l'espèce).

Les quelques zones sauvages restantes sont souvent investies par l'homme, notamment par les pêcheurs. Lorsqu'elle est affectée par les dérangements des pêcheurs, la loutre peut déserter le secteur et revenir après la saison de pêche ; mais elle peut aussi modifier son comportement territorial (Bouchardy, 1986).

Le tourisme nautique de masse, qui a pris beaucoup d'ampleur à partir des années 1950, perturbe énormément les populations de loutres, déjà affaiblies et isolées. Il s'agit des constructions au bord de l'eau, des campings... Les bateaux, les kayaks ou le rafting dérangent également fortement l'animal (Mason, 1976).

Cependant, la loutre tolère un minimum de dérangements du moment qu'elle peut trouver des zones "refuges" où se cacher. Les femelles semblent plus sensibles aux dérangements.

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HISTORIQUE DE SA DISPARITION OU RAREFACTION

A la fin du XIXème siècle, la loutre était encore abondante partout en France. Elle était ainsi encore présente sur la Seine et dans la région lyonnaise. A cette époque là, 3000 individus étaient capturés en Bretagne chaque année (Beaufort, 1983).

Au début du XXème siècle, l'espèce était encore présente partout en France avec 30 à 50 000 individus. Elle commençait déjà à se raréfier dans certains départements comme le département actuel du Var et celui du Bas-Rhin.

Le déclin de l'espèce débuta dans les années 1930 à 1945 (Beaufort, 1983). A cette époque là, l'espèce - encore abondante dans une large aire de répartition englobant le Massif Central, la Bretagne, le Poitou, les Ardennes, le nord des Alpes, la Saintonge et l'Aunis (Boyer, 1986) - disparut de l'ensemble du Nord-Ouest du pays, ainsi que de quelques secteurs du Nord-Est.

Mais la disparition des loutres s'est surtout accentuée dans les années 1960 à 1980. L'espèce disparait alors de l'ensemble du Nord-Est, de l'Est et du Sud de la France, ne laissant plus que quelques noyaux de populations dans l'Ouest (Bretagne) et le Centre (Limousin) du pays. En 1986, la population au plus bas était estimée entre 500 et 1000 individus seulement.

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Source :

  • Thèse de Fabrice Capber - "La loutre européenne Lutra lutra : reproduction et réintroduction" - Ecole Nationale Vétérinaire de Lyon - Année 1997.

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